La réussite fragile du partage

Face à l’économie marchande, nombreux sont ceux qui défendent une économie vernaculaire, qui utiliserait de moins en moins, voire qui n’utiliserait plus du tout, d’argent, en tant que valeur d’échange, mais qui fonctionnerait sur le partage, plus ou moins institué. Certains veulent évidement un retour à une économie vernaculaire telle qu’elle existait avant l’apparition de l’agriculture, et au début de celle-ci. Avec différentes méthodes : j’ai déjà parlé de l’anarcho-primitivisme, et on peut parler aussi plus simplement des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs ou de pré-agriculteurs qui tentent de se défendre face à la mondialisation du marché, que notre économie actuelle tente de leur imposer.

D’autres veulent créer une économie vernaculaire du partage qui dépasserait les communautés, en planifiant le partage à grande échelle, mondiale même. Cette planification, le communisme, vise à supprimer le marché et l’argent, et à instaurer une forme de partage, non plus familial ou affectif, mais généralisé, universel, et dont la redistribution, et même la production, sont gérées collectivement, de manière plus ou moins centralisée.

Ces deux idéologies sont basées toutes deux sur un fonctionnement communautaire, sur une propriété commune. Et elles ont aussi en commun qu’elles s’opposent à la société marchande telle qu’elle s’est imposée aujourd’hui mondialement. Mais cette opposition n’est pas récente, et n’est pas uniquement le fait de tribus ou de marginaux qui vivent en dehors du marché, et qui tentent de résister à l’argent envahisseur, ou a des organisations rêvant d’une révolution internationale. Longtemps, les religions qui ont dominé nos cultures occidentales, avant que leur influence ne soit restreinte à la sphère privée, se sont opposées à la montée de cette économie marchande, ou en tout cas se sont évertuées à en limiter l’emprise sur les individus et la société. Elles ont tenté de défendre, et de privilégier, au nom de l’affection des humains entre eux et de l’amour du prochain, la primauté de la communauté, notamment familiale, sur d’autres relations, et le don inconditionnel et universel de la part de celui qui possède, envers celui qui ne possède pas, ou pas assez, c’est-à-dire la charité.

Plus récemment, certains tentent de concilier l’économie de marché avec un interventionnisme plus ou moins important de l’état destiné à réduire ou compenser les trop grandes inégalités générées par cette économie. Un état providence qui, grâce à l’impôt, offre une charité moderne à ceux qui n’ont pas de moyens, travailleurs pauvres, chômeurs, ou retraités.

Enfin, il y a également d’autres idéologies qui prônent plus ou moins le retour à une économie vernaculaire, comme la permaculture, qui vise, non pas à supprimer le marché ni à le compenser, mais à en limiter l’ampleur, en diminuant la dépendance des individus envers la technicité, et envers la concentration des ressources, pour permettre la réémergence progressive d’économies locales vernaculaires, et leur coexistence avec le marché.

Une série de trois articles successifs examineront ces différentes économies du partage, l’économie ancestrale d’abord, ici, puis le communisme, et enfin les différentes tentatives de limitation ou de compensation des déséquilibres générés par l’économie de marché. Ces articles tenteront de faire le point sur les avantages et les inconvénients de chacune, et sur leur applicabilité et leur viabilité éventuelle.

L’économie vernaculaire ancestrale :

Comme je l’ai développé auparavant, lorsque nous étions chasseurs-cueilleurs, nous étions totalement pluri-disciplinaires ; nous étions capables de nous débrouiller seuls dans notre environnement, d’obtenir de manière individuelle notre subsistance. Et si nous vivions tout de même en communauté, en tribu, c’était par affection, parce que nous n’avons jamais été des animaux solitaires, et que nous avons toujours eu besoin de relations sociales. L’économie des humains, dans ce cadre, certes s’inscrivait dans une relation individualiste face à l’environnement (on se contentait de prélever jusqu’à-ce qu’il n’y ait plus rien, avant de se déplacer), mais était vernaculaire entre les individus d’une même famille, d’une même tribu. C’est-à-dire qu’elle se faisait sans argent, sans une quelconque valeur échangeable des fruits de la récolte. Les fruits récoltés n’étaient pas échangés, mais partagés de manière inconditionnelle. Notre affection réciproque, nos relations sociales privilégiées, légitimaient ce partage inconditionnel des biens et des récoltes.

Ceci est principalement du au fait qu’à l’époque, ces tribus étaient de petites communautés, de deux cents individus maximum, dans lesquelles tous les individus vivaient de manière très proche, pour ne pas dire intime, se connaissant et s’appréciant mutuellement. Dans la plupart des tribus qui vivent encore de cette manière actuellement, on observe souvent une vie en maisons communes ; le travail est quasiment toujours effectué de manière commune, en groupe, voire avec l’intégralité de la tribu (notamment pour les préparatifs des cérémonies rituelles). Les individus partagent le même environnement, sont soumis aux mêmes conditions, aux mêmes aléas. Cette condition commune soude de manière très forte les membres de la communauté entre eux, et rend leur affection réciproque d’autant plus intense. Il n’est donc, dans ces conditions de vie, aussi partagées, pas question d’une autre forme de relation économique entre les individus qu’un partage tout aussi intense des tâches, du labeur, et surtout des récoltes.

Dans ces communautés, les individus qui sont incapables de participer aux tâches, enfants, malades, vieillards, femmes enceintes, bénéficient évidement d’une solidarité inconditionnelle pour ce qui est du partage des récoltes, du fait de cette affection réelle de tous les membres de la communauté les uns envers les autres. La communauté elle-même est considérée par ses membres comme une entité intègre à laquelle chacun appartient, oeuvrant pour le bien de tous ; un individu à part entière, dont il s’agit de veiller à la bonne santé de tous les membres, de toutes les cellules individuelles qui constituent, et qui ont constitué, son identité, son intégrité.

On peut faire la comparaison ici, avec les fourmilières ; car de la même manière, chaque fourmilière peut être considérée comme un unique individu, chaque fourmi ayant le rôle d’un organe spécialisé, oeuvrant pour le bien commun de la fourmilière. Mais malgré cela, leur existence s’intègre naturellement dans une niche écologique précise, au sein de la biosphère, et leur fonctionnement interne est équilibré et immuable.

Pourtant, tout comme nous, les fourmis sont spécialisées, et pratiquent l’agriculture et l’élevage. Chez nous aussi, avec l’apparition de l’agro/sylvo/pastoralisme, nos talents respectifs ont évolué jusqu’à devenir des spécialisations. Du coup nous sommes devenus dépendants de nos semblables, non seulement, comme auparavant, en terme affectif, mais également en terme économique. Pire, pour perpétuer ce partage, nous sommes devenus dépendants de cette affection mutuelle. Si le groupe est trop vaste, tous ne vont pas se connaître, s’apprécier autant, partager les mêmes conditions d’existence. La solidarité et le partage économique vont donc se reporter sur des groupes plus particuliers, plus réduits, dans laquelle l’affection réciproque des individus est réelle. Ces différents groupes ne pourront plus cohabiter sur un même territoire, partageant les mêmes ressources. Des conflits vont rapidement apparaître, et au final, les groupes vont se scinder et se séparer géographiquement. C’est comme cela que nous avons petit à petit peuplé la planète en augmentant notre démographie, tout en restant organisés en tribus de populations relativement homogènes.

Les fourmis, elles, font en sorte que la population de leur communauté soit toujours à peu près constante, en contrôlant les naissances. De cette manière, les individus restent toujours liés, solidaires, faisant parfaitement la différence entre des individus appartenant à leur communauté, et des « étrangers », potentiellement nuisibles, grâce à des phéromones propres à chaque fourmilière. En ce qui nous concerne, nous ne contrôlons pas de manière systématique la démographie de nos communautés. Et lorsque nous nous sommes sédentarisés sur des territoires délimités et fixes, le mode d’expansion pratiqué auparavant, et consistant à scinder la communauté en deux distinctes, est devenu impossible, car il aurait fallu également partager le territoire. Des individus qui n’avaient pas forcément d’affection mutuelle ont donc été obligés de continuer à cohabiter, au sein de populations plus vastes. De plus, l’augmentation de la disponibilité, l’amélioration, et la concentration des ressources disponibles, grâce à la gestion agraire du territoire, ont encore accru la concentration des populations, créant notamment des proximités économiques entre individus affectivement distants, et entre communautés, aux territoires plus réduits, et aux frontières moins lointaines. Et c’est ainsi que sont nées l’économie de marché et l’argent.

Il semblerait donc que notre mode de vie ancestral soit condamné d’avance, et que, à part avec une réduction drastique de la population mondiale, et avec un contrôle rigoureux de la démographie des communautés, une économie vernaculaire communautaire soit impossible à conserver.

Le difficile retour à la communauté :

Pourtant, nombreux sont ceux qui regrettent cette économie, et qui proposent toutes sortes de retours possibles à une économie vernaculaire. Je ne rejette en rien le mode de vie tribal, bien sûr ; au contraire, j’en suis assez admiratif ; celui-ci a tout de même été le notre pendant la quasi-totalité de l’existence de notre humanité en tant qu’homo sapiens. Nous ne nous sommes tournés vers l’agriculture que depuis une petite dizaine de milliers d’années. Je ne rejette donc pas, dans le fond, les idéologies « tribalistes », et je ne condamne pas, bien au contraire, les luttes défensives des derniers ressortissants de ce mode de vie ancestral qui essaient coûte que coûte de le conserver. Simplement, je ne peux que constater la trop grande fragilité de ce mode de vie, et sa quasi impossibilité à résister à l’attrait du marché, à la « vénalisation » de son économie. Je ne peux que constater également à quel point un éventuel retour vers ce mode de vie ancestral est difficile et même quasi héroïque, et combien son maintient à long terme me semble voué à l’échec.

Prenons le cas de ces communautés ancestrales qui existent encore et qui résistent ; on s’aperçoit bien vite, que si elles veulent faire perdurer leur mode de vie, ces communautés doivent rester très fermées, très réticentes à toute forme de commerce extérieur à la tribu. Voire même très agressives, très réfractaires à toute forme de contact avec l’extérieur, très guerrières.

Ou alors, elles doivent impérativement utiliser collectivement les bénéfices d’un éventuel commerce, et elles doivent se prémunir de nombreuses techniques et technologies qui risqueraient de nuire à la cohésion du groupe, ou qui risqueraient de créer des inégalités entre les individus du groupe. L’environnement doit être travaillé en commun, les récoltes doivent être partagées équitablement ; mais le commerce extérieur doit également être réalisé collectivement, et les bénéfices être dépensés collectivement. A partir du moment où des échanges non communautaires apparaissent entre une tribu et l’extérieur de celle-ci, des déséquilibres apparaissent, des inégalités s’installent. Si même, simplement, les bénéfices d’un commerce avec l’extérieur sont répartis également entre les membres du groupe, alors ceux-ci sont, de fait, destinés à être dépensés ou investis individuellement, et alors l’économie de marché cohabitera avec l’économie affective, au désavantage de cette dernière. Et l’économie affective ne pourra plus perdurer que dans des cercles familiaux plus ou moins restreints, au sein desquels l’argent pourrait même parfois faire des dégâts.

Même les communautés amishes des Etats-Unis sont intégrées dans l’économie de marché. Leurs communautés ne le sont qu’au sens religieux du terme, au sens identitaire du terme, mais l’économie qui relie leurs familles respectives est une économie de marché. Il n’y a qu’au sein même des familles, que s’entretient une économie communautaire et vernaculaire. Ils utilisent de l’argent, sont des propriétaires fonciers, et ont une pratique agricole moderne, bien qu’ils refusent l’utilisation de la majeure partie des technologies actuelles.

Pourtant, le mode de vie tribal a pu parfois perdurer, même avec l’apparition d’une forme de pré- agriculture, et avec une sédentarisation ; nous l’avons vu, suivant les différentes adaptations agro/sylvo/pastorales vers lesquelles nous avons évolué, une seule, l’agriculture « deltaïque », basée sur le travail de la terre et l’irrigation, sur les céréales et les légumineuses, a réellement permis la constitution de stocks et donc l’apparition de surplus alimentaires, que l’on a pu transporter, négocier ; sur lesquels on a pu spéculer, et qui ont permis l’apparition de hiérarchies de propriétaires fonciers de plus en plus puissantes, de hiérarchies religieuses sensées influencer les aléas du climat pour permettre les récoltes, ainsi que de classes sociales intermédiaires de fonctionnaires et de soldats. En fait, même si l’agriculture sur brûlis, le pastoralisme nomade, ou des formes d’adaptations agro-sylvestres, n’ont pas donné naissance à de grandes civilisations hiérarchisées et urbanisées, elles ont tout de même évolué vers des prémisses de commerce marchand, et de propriété foncière monopolisant certaines ressources, voire même de prémisses de hiérarchisation sociale, ne serait-ce qu’entre les hommes et les femmes, comme en Papouasie, où ce sont exclusivement les hommes qui sont propriétaires de la terre, et les femmes qui la travaillent. Le pastoralisme nomade des steppes d’Asie centrale a ponctuellement donné lieu à l’apparition et à l’essor des hordes hiérarchisées (bien que non urbanisées voire même anti-urbaines) d’Attila, des tatars, ou de Gengis Khan. De même, le système agraire de la culture sur brûlis d’Amazonie a donné naissance à une société hiérarchisée et pré-urbanisée, celle, apparemment, des ancêtres des tribus indigènes Kuikuro, dans la région du haut Xingu environ 600 miles au sud-est de Manaus, et dont le principal vestige bien connu est la terra preta.

Si on tente donc de comprendre ce qui a permis à certaines sociétés tribales de perdurer jusqu’à aujourd’hui, sans être « contaminées » par le marché, on s’aperçoit qu’il s’agit surtout de tribus qui sont restées très fermées, très guerrières. Gengis Khan, à travers son expansion, cherchait lui aussi à permettre aux peuples qu’il rencontrait de retourner à une vie plus tribale ; pour cela, il détruisait les villes qui se trouvaient sur son passage (qui selon lui étaient les causes des inégalités économiques et sociales, le siège des hiérarchies de propriétaires fonciers), pour libérer ainsi les populations en leur permettant de « redevenir » nomades.

Le seul moyen pour permettre le fonctionnement économique tribal, vernaculaire et affectif, que ce soit pour faire perdurer un fonctionnement existant, ou bien pour y « revenir », serait donc de passer par l’interdiction, pour tout individu membre de cette tribu, d’une quelconque participation individuelle à l’économie de marché. La seule participation possible à l’économie de marché devrait être une participation commune. A moins de réglementer très précisément les domaines possibles d’achats individuels, de manière à éviter toute spéculation ultérieure sur les relations entre membres de la tribu, et donc toute création d’inégalités.

Voila qui devient un rien complexe, et qui impose la négation, ou à minima la restriction très stricte, d’une liberté à laquelle nous nous sommes habitués depuis des siècles, en tous cas pour nous occidentaux : celle de consommer. Restriction d’autant plus difficile (y compris pour ceux qui n’y sont confrontés qu’aujourd’hui), que l’offre du marché est devenue immense, tant en quantité, qu’en diversité ou en valeur, et que la tentation est immense. Dans ce contexte, je vois mal comment un retour à une économie non marchande serait possible, en dehors de cercles restreints de personnes volontaires et engagées vers ce processus. Mais même si nous estimons pouvoir personnellement nous engager, résolument, pieusement, dans cette voie, comment pourrions-nous nous assurer pour autant, que nos enfants ne seront pas tentés par la société de consommation, alors que les enfants de ceux qui vivent encore en communautés ancestrales le sont, inexorablement ? Et qu’ils ne retourneront pas vers la facilité de l’économie de marché, vers sa technicité, vers l’immensité de son offre ? Qu’est-ce qui nous certifie qu’ils pourraient désirer comme nous, poursuivre dans une voie aussi pieuse, sans que nous n’ayons à les y contraindre ?

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10 Réponses to “La réussite fragile du partage”

  1. goeland60 Says:

    Vraiment très réussie, cette série d’articles sur l’économie ! Un plaisir à lire.

    Mon opinion par ailleurs sur le sujet est que toutes ces théories économiques ont un point commun : l’anthropocentrisme.

    Et c’est bien là leur point faible (qui les rend totalement inutiles à mes yeux).
    L’argent ne pousse pas sur les arbres (ça nous le savons). Mais surtout, l’argent ne fait pas pousser les arbres !

    Alors qu’est-ce qui fait pousser les arbres ??? Voilà bien LA question, que les économistes de tout bord ne se sont jamais posée…

    L’amour, l’énergie « cosmique », la Vie, quelle que soit le nom que vous lui donnez, voilà ce qui fait pousser les arbres !

    Et cela n’a pas de « prix » ! 🙂

    • Ramite Says:

      Salut goeland,
      merci pour le compliment; et merci pour ta question, qui soulève un point que je n’ai effectivement pas abordé, et qui mériterait une longue réponse.
      Il est vrai que lorsqu’on parle d’économie, les descriptions peuvent paraitre anthropocentristes, car justement il se trouve que l’économie humaine est parfaitement singulière. Je comptais aborder ce sujet plus tard, dans une série d’articles sur la sociologie, mais en fait tu as raison, il manque à ces articles économiques une comparaison avec les autres animaux, et peut-être même avec les autres règnes, qui aurait mérité un article entier.
      Pour ce qui est de faire pousser les arbres, je ne crois pas qu’on puisse réduire cela à une seule force, une seule énergie, vie, amour, etc. Au contraire, je pense qu’il s’agit d’un ensemble de forces, je dirais plutôt d’interactions, et que cet ensemble d’interactions s’exerce à la fois en terme économique (interactions quantifiables entre les individus), sociologique (interactions relationnelles, non quantifiables), et cosmologiques (interaction énergétiques et spatio-temporelles avec l’environnement), avec à chaque fois différentes interactions dans chaque domaine. L’économie n’est pas la seule composante, mais elle en est une, indéniablement. Ce qui te pousse à vivre, c’est à la fois ta liberté, ta curiosité, ta faim, ton désir de reproduction, ton désir de laisser quelquechose après toi, ton désir d’être apprécié, d’être aimé, d’attirer une partie de ce qui t’entoure dans ton propre sens, d’en modeler une partie à ton image. C’est tout cela à la fois, économie comprise, au sens fondamental du terme. L’argent n’est qu’un outil tardivement inventé, pour matérialiser des flux quantifiables, auparavant déjà binarisés et rationalisés par l’invention des techniques mathématiques. De la même manière, l’écriture n’est que la matérialisation du langage, lequel était déjà une binarisation de nos pensées, une simple technique de communication. On peut même comparer cela, cosmologiquement parlant, avec la personnification, puis la déification des interactions environnementales (les esprits de la forêt ou de la montagne), et des flux énergétiques (vent, pluie, rayonnement solaire, etc.). L’argent n’est donc qu’un outil, qu’une technique, et comme toute technique, il a des avantages et des inconvénients, qui doivent (ou qui devraient) être réévalués par tout bon philosophe, et par tout bon économiste.
      Il y a ensuite plusieurs manières de considérer l’économie: on peut la considérer entre les membres d’une même espèce, ou entre différentes espèces. Si on la considère entre membres d’une même espèce (ce que j’ai fait pour l’humain jusqu’à maintenant), on s’aperçoit vite de la singularité de l’espèce humaine: la grande majorité des espèces animales ont des économies totalement individualistes, même lorsqu’ils vivent en groupe, en meute. C’est chacun pour soi, à part, suivant les espèces, au niveau du couple, où là on a toute une palette d’organisations différentes. il n’y a que les insectes sociaux qui ont une autre forme d’économie, chez les animaux, et qui est une forme de planification communiste poussée à l’extrême. L’humain, lui, est individualiste, mais il a inventé des techniques singulières (langage, mathématique, religion) qui lui permettent de contractualiser ses relations entre individus. La question, pour moi, est plutôt de la gestion contractuelle de ces techniques, plutôt que d’un individualisme pûr (qui supposerait la négation du langage, de la mathématique, et de la religion), ou d’un communisme pûr, qui imposerait pour son bon fonctionnement, comme chez les fourmis, les termites, et les abeilles, la négation de la sexualité individuelle, c’est à dire de l’individu même.
      Si on considère maintenant les relations économiques entre espèces, on s’aperçoit qu’elles sont existantes, qu’il y a des échanges quantifiables entre individus. Ces échanges peuvent être volontaires ou involontaires, inconscients; ils peuvent être symbiotiques, parasitaires, ou mutuels. Mais là aussi, ça demanderait un article entier.
      En tous cas, la contractualisation humaine des relations permet un choix, entre toutes les relations possibles, symbiotiques, parasitaires, concurentielles, mutuelles, etc. De la communauté au féodalisme ou au mutuellisme, en passant par tous les intermédiaires, nous avons le choix, puisqu’il s’agit d’un contrat collectif. Dans notre société actuelle, un arbre n’a de prix que parceque l’un d’entre nous se l’est approprié, qu’il en décide d’un prix, et que l’acheteur accepte ce prix; et que du coup il accepte cette propriété. 🙂

  2. goeland60 Says:

    Wow ! Merci pour ta réponse, qui est un véritable article !! Voilà qui est très éclairant ! En particulier tout ce que tu dis sur « ce qui fait pousser les arbres ».

    Cependant j’avoue que je ne perçois pas les choses comme ça 🙂

    Je comprends tout ce que tu dis, véritablement, je suis intellectuellement convaincu par ce que tu dis (car tu as un grand esprit de synthèse et une vision claire des choses (plus que la mienne en tout cas ! 🙂

    Cependant, il manque – pour moi – quelque chose dans tout cela. Quoi ? Je ne sais pas.

    Je trouve ça à nouveau anthropocentriste. Cette célébration de l’être humain à laquelle tu te livres (si si 🙂 me gêne. Finalement, nous sommes, une fois de plus, les plus beaux et les plus intelligents.
    Nous avons tous les défauts, certes, mais aussi toutes les qualités. Nous avons la capacité à choisir. Grâce à notre formidable cerveau, notre conscience à part.

    Les animaux (ou les plantes) sont clairement un cran en dessous, dans cette vision, me semble-t-il. Ils oscillent entre l’individualisme brutal et le communisme aveugle.

    Or, c’est justement là, à mon humble avis (ne vois pas dans ma longue réponse et son ton enflammé 🙂 de l’agressivité à ton égard) du pur anthropocentrisme.

    Les animaux qui chassent en meute ont une organisation sociale complexe et riche, qui n’a rien à voir avec de l’individualisme à mes yeux.
    Quant au communisme des abeilles, je demande d’abord à avoir vécu dans la peau d’une abeille pour pouvoir en parler.

    Et quand bien même. Tous les êtres vivants (y compris certains êtres humains, pas tous) sont en relation d’égal à égal avec leur milieu naturel. Ils font partie d’un tout, ils ne cherchent pas à s’en extraire.

    S’il y a une singularité de l’être humain, c’est bien plutôt dans toutes les illusions dont il se berce. L’être humain (en grande majorité) vit dans un monde parfaitement irréel, artificiel. Dans ses rêves, ses désirs, ses illusions, complètement en dehors de la réalité.

    Certains êtres humains s’aperçoivent de leur tendance à « prendre leurs désirs pour la réalité ». Mais fort peu.

    La mouette sait voler. La sardine sait nager. L’être humain sait penser. Pour penser quoi ?
    Qu’il est le meilleur. Qu’il est différent de tout le reste de la Création.

    Pitié. Arrêtons de penser ! Taisons-nous ! 🙂 J’ai lu beaucoup de philo, encore récemment. Jusqu’au jour que je me suis rendu compte que c’était du bavardage de salon.
    Tous ces philosophes, tous ces économistes, tous ces scientifiques, ne sont que des bureaucrates, qui refont le monde dans leur petite tête. Et ça bavarde, et ça invente des tas de choses qui ne servent qu’à flatter notre ego de la taille de l’univers. 🙂

    Nous sommes tellement intelligents !

    Si on veut vraiment philosopher, on met ses chaussures et on sort se promener. Là le silence se fait. On regarde autour de soi, on médite, sans rien dire. La vérité éclôt en nous, dans le silence.

    Personnellement, je donne tous les livres, pour l’ombre d’un arbre. Toutes les musiques pour le son du vent dans les arbres.

    Pourtant, j’ai lu beaucoup et j’aime la musique. Mais tout cela ce n’est pas la réalité. C’est un univers artificiel dans lequel l’être humain est seul, connecté simplement à lui-même. Et il en crève de cette solitude.

    C’est dans la relation à la nature, au « cosmos », aux autres êtres vivants, que l’être humain peut s’épanouir, trouver sa place, être libre.

    Je ne suis pas en train de prendre le contrepied de l’anthropocentrisme, en disant que l’être humain est une calamité et que tous les autres êtres vivants sont infiniment plus respectable que lui.

    (je reviens d’ailleurs sur ce sujet, en fin de ce commentaire, à propos de la façon dont l’être humain devrait utiliser son cerveau).

    J’essaye simplement de rappeler à mes congénères que sans le « tout » qui les entoure, ils ne sont rien.

    Et que ce « tout », il n’y a rien à en dire (car c’est déjà se situer à l’extérieur de ce tout), il faut simplement y vivre.

    Ce qui faire peur à l’être humain, c’est qu’au sein de ce tout, il se rend compte soudain qu’il est libre. Vraiment libre. Sa liberté n’est plus un mot ou un concept. C’est quelque chose qui s’empare de lui et qui s’exprime à travers lui.

    C’est cela ressentir la vie, au sein du vivant, du « tout ».

    D’ailleurs, j’ai tort d’en parler 🙂

    Mais ça me fait plaisir d’en dire deux mots ici, car je trouve ton blog très chaleureux.

    Qu’est-ce qui fait pousser les arbres, finalement ? L’amour, la pluie aussi 🙂
    Au final, je dirais que c’est la liberté qui fait pousser les arbres, pour moi.
    Vie et liberté sont synonymes pour moi.

    Bien des philosophes l’ont dit – mieux que ça – avant moi. Mais c’est en écoutant le chant du merle le soir que je ressens vraiment ce qu’est la vie.

    Notre civilisation n’a cessé d’éloigner l’être humain de la nature. L’économie ? La politique ? Franchement, qui ça intéresse vraiment ?? 🙂 A part les économistes et les politiciens évidemment… 🙂

    La vraie vie est ailleurs. Vivons là. Célébrons-là en lui permettant de s’exprimer à travers nous.

    On dirait que je me suis laissé un peu emporter par mon sujet ! 🙂

    Ce n’était d’ailleurs pas une réponse à ce que tu étais en train de dire.

    Plutôt une « confession personnelle » en passant.

    Encore une fois, je te prie de m’excuser pour le côté un peu « rentre dedans » de mon ton.

    Le pire, c’est qu’il y a un an j’écrivais de longs articles sur l’économie, le marxisme et tutti quanti. J’en ai écrit des blogs entiers.

    Et brusquement, je ne sais pas exactement comment ça m’est venu (il y a eu des étapes, avant, par la méditation zen, par exemple), j’ai trouvé tout ça totalement dépourvu d’intérêt.

    Je suis donc d’autant plus gonflé de venir maintenant tirer à boulets rouges sur tout ça ! 🙂

    Concernant l’argent : si l’argent avait disparu demain matin à notre réveil, qu’est-ce que ça changerait ?
    La terre continuerait de tourner, les arbres de pousser et les gens de vivre, non ? Et peut-être qu’on se sentirait débarrassés d’un énorme mensonge.

    Pour finir, l’être humain est doté d’un cerveau, mais il doit justement apprendre à s’en servir, ne pas se laisser mener par ses pensées.

    Le cerveau humain est utilisé complètement de travers par notre civilisation. Nous n’avons aucune sagesse, nous sommes déconnectés du monde, nous nous faisons souffrir toute notre vie.

    Si nous apprenons (ou réapprenons) à utiliser notre cerveau différemment, nous découvrirons qu’il a bien d’autres capacités que celles que nous utilisons actuellement !

    (je termine sur une note d’espoir 🙂

    Bien cordialement.
    Goeland

    • Ramite Says:

      Ne t’excuse pas de cette réaction, ni de ce ton avec lequel tu t’exprimes; en proposant aux intervenants du site anarchie verte d’intervenir sur mon blog, c’est exactement le genre de débat intéressant que j’espérais provoquer, et c’est donc avec un grand plaisir et un grand enthousiasme que je t’accueille et te répond. 😉 D’autant que je suis sur beaucoup de points d’accord avec toi.
      Je crois que l’on s’est surtout mal compris. En parlant de singularité de l’humain, je n’ai absolument pas parlé de supériorité due à cette singularité. Différence ne veut pas dire hiérarchie, et je mets évidement les humains sur le même plan que toutes les autres espèces existentes, y compris même la matière, pour la simple raison que la hiérarchisation est une invention de l’esprit humain binarisé, conceptualisé, et rationnel. Et lorsque je dis que nous ne devons nous tourner, ni vers l’individualisme, ni vers le communisme, je ne hiérarchise pas non plus ces fonctionnements sociaux, simplement je constate qu’ils ne correspondent pas à l’humain, ou à l’humain tel qu’il existe aujourd’hui. Que nous possédons des outils acquis qui transforment notre individualisme en féodalisme, et que le communisme est une méthode qui nierait notre individualisme existant. En fait, nous sommes une espèce toute jeune, qui depuis très peu possède un nouvel outil, un nouveau jouet, un esprit rationnaliste avec un langage articulé, et que nous ne savons pas encore suffisamment bien nous en servir. Que cet outil nous déconnecte du monde, et qu’il serait temps d’apprendre à nous en servir correctement, et à ne pas nous en servir exclusivement. Mais il faut nous en servir à la fois sur un plan économique, car nous sommes incapables de nous nourrir seuls, mais aussi sur un plan sociologique et cosmologique. Depuis l’agriculture et la propriété foncière, ceux qui détiennent le pouvoir économique détiennent tous les pouvoirs, et malheureusement, leur argent nous fait vivre. Un rééquilibrage commence donc par l’économie, mais pas seulement par là, et comme tu dis, nous devons réutilliser d’autres capacités.
      Concernant le « tout », je crois qu’il n’est rien d’autre que le résultat de nos interactions, c’est à dire de la confrontation de nos libertés, de nos vies (je suis d’accord aussi que ce sont des synonymes). Nous sommes tous libres, de la plus petite bactérie à la plus grosse baleine, et ce tout est le résultat de la cohabitation de toutes ces vies, et non l’inverse.
      Et en ce qui concerne l’art, je crois qu’ils fait partie de ces autres capacités, une forme d’expression originelle, plus réelle, et non déguisée de généralités et de symboles. Une expression pure de notre individualité et de notre émotionnel instantanné. Mais je ne crois pas que la solution réside dans une négation de notre esprit rationnel, plutôt dans un rééquilibrage de celui-ci avec nos autres capacités, l’art notamment, l’intuition également, et d’autres certainement (pour la méditation, j’ai quand même un petit doute…). Mais l’art ou l’intuition ne règleront pas nos problèmes économiques 😉
      Et pour synthétiser tout ça, une petite citation :
      « Pour qu’un arbre chante, il faut qu’il sente le vent qui passe entre ses branches » Jean Gionno, Que ma joie demeure.

  3. goeland60 Says:

    🙂

    Merci pour ta réponse, très enrichissante à nouveau (en particulier sur ta vision de l’espèce humaine, le fait qu’elle soit encore jeune), et qui montre ta largeur de vue face à un anticivilisationniste un peu farouche comme moi 🙂

    Tu es décidément un coriace, à ce que je vois 🙂 Je ne vais cependant pas céder un pouce de terrain, du moins pas encore 🙂

    Concernant la méditation, j’ai pratiqué la méthode du zen japonais (assis sur une chaise ou un coussin face à un mur, sans autre cérémonie, pendant une trentaine de minutes matin et soir).

    Disons que ça fait très mal aux fesses, certes. Mais c’est aussi très instructif sur le fonctionnement de l’esprit humain.

    Tu sembles réticent à cette technique (peut-être à cause de sa connotation ésotérique), je ne peux que t’inciter à te pencher plus avant sur la question. Personnellement ça m’a énormément apporté.

    Concernant la rationnalité et d’autres aspects de l’esprit humain : tu soulignes à juste titre l’aspect négatif de ma vision de l’être humain. je semble en effet accorder peu de valeur à sa rationnalité.

    Ok. Disons que j’aspire à une vision vraiment neuve de l’esprit humain, je pense qu’il y a beaucoup de portes à ouvrir dans notre cerveau. Et je pense que notre rationnalité (que l’on trouve même dans l’art, à mon avis) oblitère beaucoup de nos possibilités.

    L’art (tel qu’il est pratiqué dans notre civilisation) est à mes yeux une nouvelle fuite du réel, un repli sur soi, une autre façon de ne pas communiquer (de ne pas communier) avec la Vie.

    A qui s’adresse l’artiste ? A lui même. Et à son public. Certes, il peut venir nous parler de façon bouleversante de la nature, de la vie, de la mort, etc. Mais ça reste très superficiel à mes yeux. Car l’oeuvre d’art est – à nouveau – purement anthropocentrique.

    L’être humain chante ou pleure sur la condition humaine. Même si l’artiste nous parle des étoiles, ça reste quand même à mes yeux un « discours » sur le réel.

    Ce n’est que dans le réel que nous pouvons rejoindre les autres. Je dénie totalement la valeur de cet art, des mathématiques ou de la philosophie, tant que l’être humain n’est pas retourné dans la nature, au sein du « tout ».

    Notre art, nos mathématiques, notre philosophie, ne font pas partie du « tout ». Elles se situent volontairement en dehors de la Vie, du vivant, élaborant un univers artificiel, « spectaculaire » (au sens situationniste du terme), qui dénie la Vie, se bornant dans le meilleur des cas à la commenter ou à l’illustrer.

    Ce n’est pas cela Vivre.

    Les êtres humains ne peuvent communiquer entre eux qu’au sein de la nature ( = le vivant et l’inerte, comme tu l’indiques).

    Ce n’est que là, dans cette expérience, au sein du vivant, que nous pouvons communiquer entre nous.
    L’art fait alors partie de la vie. Exemple, les outils traditionnels qui portent en eux cette empreinte artistique, tout en n’étant pas de l’art au sens occidental du terme.
    L’art est une communion entre les êtres humains, et non entre un artiste et un public.
    Au sein de la nature ( = le vivant (les rochers, les nuages, les vagues de l’océan faisant partie du vivant), la vie devient une oeuvre d’art collective.
    Il n’y a plus d’individu et de communauté. Les deux sont unis en autre chose, une forme de vie dont notre pensée « civilisée », cérébrale, n’a absolument aucune idée de ce que cela peut être.

    L’individu et la communauté ne sont que deux formes différentes d’une seule et même chose.

    Nous quittons le territoire de la pensée (qui ne peut appréhender cette expérience) pour entrer dans celui du vécu, pur, dans l’intensité de l’instant présent :
    « être là », au sein du « tout », en en faisant partie de façon totale.

    L’art existe alors, mais il a une toute force. Il est intimement lié à la vie. La vie (re)devient une oeuvre d’art. Un canevas que nous pouvons déchiffrer par des mathématiques nouvelles. Chacune de nos paroles, dans sa simplicité, devient philosophiques.

    Vivre au sein du « tout » (ce qui je le répète n’est pas du tout le cas de notre civilisation, qui se tient en dehors de ce tout et ne participe en aucun cas à sa richesse), vivre au sein de ce « tout » cela veut dire avoir une vision – inexprimable – de ce « tout ».

    Or c’est justement ce qui nous manque, ce dont nous pensons l’être humain incapable.

    Cette conscience intime d’une totalité (qui n’a rien de « mystique » pour moi, puisqu’elle s’ancre dans un vécu très charnel) nous donne une perception du temps, de l’espace, de la vie et de la mort, complètement différente. Nous pouvons alors être en paix. Nous vivons – en quelque sorte – dans la dimension éternelle de notre existence.

    Evidemment, j’ai conscience que tout cela sonne très « ésotérique ». On peut y voir une dimension religieuse, c’est sûr. Au sens de Spinoza, alors. « Dieu, c’est à dire la nature ».

    Personnellement, je crois plus à ça qu’au cours du CAC40 🙂

    Je ne comprends pas du tout ton point de vue quand tu écris par exemple : « Depuis l’agriculture et la propriété foncière, ceux qui détiennent le pouvoir économique détiennent tous les pouvoirs, et malheureusement, leur argent nous fait vivre. »

    J’aimerais que tu m’expliques cette phrase. A mon avis, c’est notre argent qui les fait vivre, à la limite. Mais même cela ne me convainc pas (je ne suis plus anarcho-marxiste).

    L’argent ne fait vivre personne. Sauf bien sûr, dans notre société (ah, mais me diras-tu, je ne sais pas ce que je dis alors 🙂

    Mais notre société n’est pas réelle, elle est totalement virtuelle, depuis des milliers d’années. L’argent n’a jamais existé que dans ce rêve stupide dans lequel nous vivons depuis toutes ces générations.

    Tu connais sans doute ce proverbe améridien (que je cite incomplètement, de mémoire) : « le jour où le dernier arbre aura été abattu, où le dernier poisson aura été pêché, nous comprendrons que l’argent ne peut être mangé ».

    C’est au développement de l’esprit humain dans une toute direction, que je crois.
    Sinon nous disparaîtrons. En ayant échoué. Ou nous serons remplacés par une autre espèce humaine, qui développera ces aptitudes.

    🙂

    • Ramite Says:

      A propos de l’argent, nous en avons tous deux la même critique, sauf que je pense que ce n’est pas l’argent, le problème, mais l’économie de marché dans lequel il s’inscrit; de la même manière qu’il pourrait s’inscrire dans une économie communiste, ou bien dans une économie mutuelliste (auquel cas, pour moi, il ne serait plus un problème). L’argent n’est qu’un outil efficace permettant d’augmenter la taille de la société (bien sûr, on peut discuter sur la nécessité d’avoir de vastes sociétés plutôt que de petits clans, mais là aussi ça pourrait faire l’objet d’un article).
      A propos de la méditation, je crois comprendre de quoi tu parles. en fait, j’ai été anarcho-primitiviste avant d’être ce que je suis. Et si j’ai un esprit logique et théorique (et comme tout doit être équilibré, auquel cas je sombrerais certainement dans la folie), j’ai aussi un revers plus « ésothérique », et notamment, je suis magnétiseur, et je m’exerce à soigner certaines choses de mes mains, avec quelques succès qui me semblent prometteurs, d’ailleurs. J’utilise également parfois le tarot de marseille, pour appuyer certaines de mes décisions. Mais il me semble qu’il y a souvent une confusion, en ce qui concerne l’ésothérique. Mon expérience m’a permis de comprendre que cette sensation du tout, que nous pouvons ressentir dans certains états de « méditation », est en fait une pleine conscience de notre propre tout. Et comme celui-ci nous parait infini (peut-être même qu’il l’est effectivement), en tous cas qu’il dépasse de manière évidente notre « corps », nous avons la sensation d’une communion avec l’extérieur. Alors que cette sensation peut simplement provenir de notre propre projection (infinie?) sur l’extérieur. Qu’elle peut provenir aussi d’une intuition de ce qu’est l’entrelas d’individualités qui nous entourent et qui se projettent sur ce qui les entoure, donc aussi sur nous, autant que nous nous projetons sur elles.
      C’est difficile à expliquer, mais je promet de le faire plus en détail lorsque je parlerai de sociologie, et de cosmologie.
      Pour simplifier, je pense que notre individu est une communauté de cellules, organisées telle une vaste ruche, et que notre conscience n’est qu’une conscience collective. Qu’elle est la connexion elle-même, qui relie nos différentes cellules. Je vois cette connexion dans une ruche, dans une fourmilière, dans un « organisme » comme le notre, probablement même dans une mollécule, mais je ne la vois pas dans une communauté humaine, pas plus que je ne la vois dans l’écosystème planétaire (non, désolé, Gaïa n’existe pas 😦 ), ni dans l’univers tout entier. Et ceci pour une simple raison : nous sommes des individus séxués, donc uniques, libres, différenciés, et volontaires. Mais j’y reviendrai plus en détail. Pour l’heure je sors d’un repas raclette, et la digestion (et le vin) m’enhivrent…
      En tous cas je crois que nos pensées sont très proches, et que nous arriverons à nous entendre. J’ai voulu commencer par parler d’économie, ce qui me semble bien plus intelligible pour nous autres occidentaux de tradition cartésienne et dualiste (pour ne pas dire transcendentale), avant de parler de choses plus ésothériques (même si comme toi, je suis dans un vécu très charnel, très matériel, où âme et matière ne sont qu’une seule et même chose); mais je vois que tu m’obliges à passer directement à l’étape suivante ! 😀
      Alors pour l’instant je finirai mes articles sur l’économie, avec une proposition pour remplacer l’économie de marché, et ensuite nous pourrons débattre à nouveau de méditation et de zen (que je ne connais pas, à vrai dire). Même s’il est vrai que tout est lié, et que quitter l’économie de marché implique de revoir aussi notre conception de nous-même et de notre rapport avec le monde…
      Merci de ce débat, en tout cas, qui prépare mes réflexions pour la suite. A+ 😉

  4. goeland60 Says:

    🙂
    Bonne digestion !

    Voici encore quelques commentaires de ma part, pour prolonger cet échange.

    Je vais faire plus court cette fois ! 🙂 Enfin, je vais essayer… (rires)

    Je pense que nous ne sommes en fait pas d’accord du tout, loin de là, mais cela ne retire rien de ma sympathie à ton égard.

    D’ailleurs, je m’entends toujours mieux avec les personnes avec qui je ne partage pas la façon de voir le monde.

    Je dis bien sûr un peu ça pour te « taquiner », car nous nous comprenons en effet fort bien.

    Mais je nous trouve quand même en désaccord profond sur pas mal de choses.

    Quelques exemples : l’argent ne poserait plus aucun problème dans une économie mutuelliste.
    A mon avis, et pour y avoir pas mal réfléchi, l’argent est incompatible avec une économie mutuelliste.
    Comment deux personnes peuvent-elles mutuellement s’enrichir pécunièrement ?…
    Cela revient précisément à chercher à résoudre la quadrature du cercle.

    Pour qu’une personne gagne de l’argent, il faut qu’une autre en perde. L’économie humaine ne peut pas être « gagnant-gagnant ».

    Le mutuellisme n’est justement pas une « économie » viable, (selon moi). Et c’est tout à son honneur : aucune économie n’est compatible avec la vie. Le mutuellisme est justement la vie. Il ne peut donc être une forme d’économie.

    L’univers est un puits sans fond. Ce n’est pas un système thermodynamique à somme nulle.
    On reçoit plus que ce qu’on donne. D’où vient ce « plus » qu’on reçoit ? Je l’ignore.

    C’est pour ça que je disais que c’est « l’amour » qui fait pousser les arbres. La force qui est à l’oeuvre dans l’univers vient d’ailleurs. J’ai quelques idées là-dessus mais je ne tiens pas à ce qu’on me passe la camisole de force, je vais donc rester discret sur ce sujet (je vais quand même y revenir ci-dessous 🙂 )

    J’adore ce que tu écris sur la connexion entre les cellules et les molécules. En plus c’est magnifiquement écrit (tu as une plume, d’une grande clarté).

    Evidemment, je me rembrunis en lisant que tu ne vois pas cette connexion dans une communauté humaine. 🙂
    L’explication que tu donnes est effectivement solide : nous sommes des êtres sexués, libres et différenciés (je résume).

    Et tu enfonces le clou en disant que tu ne vois pas non plus cette connexion dans l’ecosystème planétaire (Gaia n’existe pas).

    I am shocked ! :-))

    Mon opinion sur ce sujet est que pour percevoir cette connexion il faut être soi-même connecté.

    Mais – me diras-tu peut-être – cela revient à projeter sur le « tout » l’illusion que nous pouvons avoir du « tout ».

    Certes certes. Nous sommes là au coeur du sujet. Quand je dis que « pour percevoir la connexion il faut être soi-même connecté », cela ne veut pas dire qu’il suffit d’imaginer une connexion pour qu’elle existe.

    Ce n’est pas un acte volontaire. C’est plutôt de l’ordre de la réciprocité et de la « simultanéité ».

    Je veux dire par là que la vie est faite uniquement de coincidences : les choses vont vers nous en même temps que nous allons vers elles.

    Ces deux mouvements simultanés sont indispensables.

    Si nous allons vers la vie mais qu’elle ne vient pas vers nous, rien ne se produit.
    Et à l’inverse, si elle vient à nous mais que nous n’allons pas en même temps à sa rencontre, rien ne se produit non plus.

    C’est précisément le mystère du phénomène amoureux : deux personnes (ou plus 🙂 ) tombent amoureuses l’une de l’autre de façon réciproque dans un même mouvement, de l’une vers l’autre.

    Selon moi, rien ne peut exister sans être connecté à l’ensemble.

    Et cet ensemble est lui-même en route vers un autre ensemble, qui vient à sa rencontre, pour se connecter.

    Je vois notre univers comme un être sexué dans son ensemble. Et les univers s’accouplent entre eux (c’est là qu’on vient me passer la camisole).

    L’amour est à la fois ce qui cause cette attirance et ce qui en résulte. Il y a simultanéité. C’est là tout le mystère de ce qui « est ». Il y a en quelque sorte une dimension supplémentaire qui s’ajoute celle de la cause et de l’effet.

    Je pense donc qu’au final nous donnons naissance à chaque instant à l’univers, autant qu’il nous donne naissance. C’est ce que j’appelle la « réalité ».

    En nous comportant de façon réelle, nous entrons dans le monde réel. Il était en quelque sorte latent, et il nous apparaît parce que nous ouvrons les yeux pour le voir.

    Encore faut-il regarder dans la bonne direction, certes ! (rires)

    Tous les gens qui croient que notre monde « économique » est réel vivent effectivement dans cette réalité. Mais pour moi elle est totalement virtuelle.
    Je suis connecté à une autre réalité, en quelque sorte.

    En ce qui me concerne, je n’ai pas un pouvoir de « connexion » très fort. Mais j’ai vu des gens qui avaient ce talent de façon étonnante (la personne qui a été ma prof de yoga et de méditation par exemple, parmi d’autres).
    En vivant auprès de ces personnes, j’ai découvert les mille et une réalités du monde. Et j’ai perçu des connexions que j’ignorais auparavant.

    La question qui se pose à chacun est donc : dans quel monde veux-tu vivre ?

    La réponse est malheureusement souvent assez décevante. Si notre monde est ce qu’il est, c’est parce que la majorité d’entre nous ne l’imaginent pas autrement.

    C’est assez banal de dire ça, il est vrai. Toute cette belle envolée pour aboutir à cette platitude, c’est un peu décevant ! 🙂

    Internet n’est d’ailleurs pas très pratique pour discuter vraiment, on met des heures à écrire des mails interminables bourrés de coquilles (je parle des miens 🙂

    Je lirai avec attention ta réponse éventuelle à mon commentaire de ce soir et je suivrai tes prochaines parutions dans ton blog (je me suis abonné), mais je ferai plus court les prochaines fois, car ce dialogue mériterait d’être mené de vive voix.

    J’espère avoir l’occasion de passer dans ta région dans l’année qui vient. Peut-être aurons-nous la possibilté alors de nous rencontrer, pour parler de tout ça plus à loisir.

    Au plaisir de te lire en tout cas ! Et à bientôt, d’une façon ou d’une autre.

    Restons connectés 😉
    Goeland

    • Ramite Says:

      A l’inverse de notre système économique actuel, qui, non seulement en appauvrit certains pour que d’autres soient riches, mais qui en plus est un système pyramidal, le mutuellisme est un système qui n’enrichit personne, et qui ne s’enrichit pas lui-même. Je nomme économie chaque échange ou service quantifiable qui a lieu dans la nature. Une fleur va offrir son nectar à une abeille, en échange d’un service de fécondation de celle-ci. Les deux s’enrichissent, mais elles ne s’enrichissent que de l’équivalence de leur « travail » respectif. De même, un arbre qui laisse ses feuilles tomber à l’automne le fait pour lui, pour limiter l’évaporation à l’approche du froid, il ne le fait pas en pensant à tous les organismes qui vont pouvoir en profiter pour se nourrir, et qui vont de cela enrichir le sol; il a « travaillé » pour produire ses feuilles, puis il les donne, lorsqu’il ne peut plus les utiliser. Et d’autres « travaillent » à leur reçyclage. Il y a là une économie, puisqu’il y a échange quantifiable, même s’il est désintéressé. Si notre économie a matérialisé des échanges similaires, puis virtualisé ceux-ci, elle n’en reste pas moins une économie naturelle, que l’on peut retrouver dans la nature. Economie ne veut pas dire anthropomorphisme, ni irréalité.
      Pour ce qui est de Gaïa, je vois ça d’avantage comme un plat de spaghettis: Il y a en apparence une certaine homogénéité, mais quand on y regarde de plus près, ce n’est qu’un entrelas d’individus distincts.
      Et si tu passes dans le coin, ce sera avec plaisir 🙂

  5. goeland60 Says:

    J’ai oublié de coche les cases ci-dessous (pour suivre tes prochaines parutions. Voilà qui est fait ! 🙂

  6. goeland60 Says:

     » Je nomme économie chaque échange ou service quantifiable qui a lieu dans la nature.  »

    Là, je vote pour toi pour le prochain Prix Nobel. D’accord à 200% !

    Tu avais raison, nous sommes d’accord, en fait. 🙂

    Ce qui est fascinant, c’est que cet échange global produit quelque chose qui est qualitativement différent de ce qu’il y a au départ.

    Le « tout » est différent de la somme des parties.

    Je pense que quelle que soit l’équation employée (plus complexe qu’une simple somme), il se passe aussi quelque chose qui n’est pas quantifiable ni mesurable.

    L’amour est-il un échange ou un service quantifiable ? Pourtant, le secret de tout cela c’est l’amour.

    Pas l’amour au sens où l’abeille est « amoureuse » de la fleur. Mais entre l’abeille et la fleur il y a une relation « d’amour », ou quel que soit le nom qu’on lui donne.

    Quelque chose qui n’est pas simplement un échange, mais plutôt de l’ordre du don. Ce que l’abeille et la fleur se donnent l’une à l’autre c’est la Vie, finalement.

    Je veux dire par-là qu’il y a une dimension autre que celle de l’échange matériel de bons procédés.

    Cette dimension de la Vie est de l’ordre de l’infini. Quand quelqu’un nous donne quelque chose que nous ne pourrons jamais lui rendre, sous aucune forme.

    Il y a là pour moi quelque chose qui est d’un autre ordre que l’échange.

    Il n’y a pas d’attente, pas de demande de réciprocité.

    Je crois finalement que ce sont les actes gratuits, les dons sans retour, qui sont le secret de la « vraie économie », pour moi.

    C’est le don de la vie à l’autre, qui est le secret, selon moi.

    Les gens le ressentent très bien vis-à-vis de leurs enfants et dans leur relation amoureuse.

    Pourquoi ne considèrent-ils pas la nature, les êtres vivants, l’univers, avec la même tendresse ?

    Bonne journée à toi !

    🙂

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