Eviter la spécialisation

Auto production, et autarcie :

Une solution, à priori simple, pour éviter l’économie de marché, serait de supprimer l’économie. De supprimer la dépendance économique des individus, en supprimant les échanges. Pour cela, il faut que chaque individu soit économiquement autonome ; que chacun d’entre nous puisse vivre en totale autarcie. Or, si de nombreux animaux sont capables de vivre en autarcie, ce n’est apparemment pas le cas de l’humain actuel. La plupart des mammifères, la grande majorité des insectes, la quasi-totalité des oiseaux, des reptiles ou des poissons, sans parler des champignons ou des plantes, sont capables de se nourrir individuellement. Et nous, en serions-nous capables ? Pourrions-nous individuellement subvenir à la totalité de nos besoins ?

Si nous nous posons la question en ce qui nous concerne aujourd’hui, actuellement, la réponse est clairement non. Nous avons bien trop de techniques, bien trop de besoins, bien trop de tâches à effectuer et de talents à avoir, de connaissances et de savoirs faire à assimiler, pour pouvoir être autonomes sur tous nos besoins. Si par contre, nous regardons notre histoire, et notre préhistoire, en nous posant cette même question, nous pourrions certainement trouver un moment, ou une limite, en deçà de laquelle une vie autarcique aurait pu être envisageable, et au-delà de laquelle elle ne le serait plus. Un niveau maximum de technicité, et un maximum acceptable de besoins qui ne réclameraient pas de spécialisation des individus. Puisqu’à partir du moment où les individus se spécialisent, ils deviennent dépendants de leurs congénères (c’est la première contradiction économique).

La solution résiderait donc dans une diminution de la technicité, et parallèlement de nos besoins. J’ai déjà parlé de l’anarcho-primitivisme, qui prône un retour de l’humain à l’état de chasseur-cueilleur ; et en effet, si socialement, en tant que chasseurs-cueilleurs nous vivions en communautés, économiquement parlant nous aurions pu être capables, dans cette situation, de vivre de manière totalement autarcique, si nous l’avions voulu.

Mais sans aller si loin, peut-on envisager une forme de pré agriculture qui elle non plus ne nécessiterait pas une spécialisation des individus ? Ou bien dont les échanges économiques ne seraient que minoritaires, rendant la dépendance économique des individus tout à fait acceptable, voire même ridiculement insignifiante ?

Chasseurs-cueilleurs et agriculteurs :

Pour envisager cela, il nous faudrait dé- techniciser la production agricole, suffisamment pour que n’importe quel individu puisse posséder l’ensemble du savoir-faire nécessaire, de manière à obtenir une quasi, voire une totale autonomie agricole. Et comme une telle autonomie risquerait de nécessiter un labeur important, il nous faut également trouver des méthodes de production (alimentaires, surtout) efficientes, c’est-à-dire à la fois productives et économes en travail. Si les techniques de chasse/pêche/cueillette sont les plus efficientes et les moins techniques, elles ont par contre l’inconvénient de nécessiter une très faible densité de population (de maximum un habitant par km²), rendant difficile une transition vers une telle technicité sans une sérieuse politique de réduction de la natalité.

L’agriculture, quand à elle, a le mérite de nécessiter une densité de population bien moins faible, rendant plus envisageable une application actuelle et rapide. Or, comme je l’ai déjà développé, l’agriculture, en tous cas sous sa forme « deltaïque », aujourd’hui devenue universelle, et caractérisée par la culture intensive de céréales et de légumineuses, et par l’accumulation de stocks et de surplus échangeables, a été à l’origine de la première contradiction économique.

Seulement, ça n’a pas été toujours le cas, et d’autres méthodes agricoles existent. De plus, comme nous l’avons vu, outre la grande densité de population qu’elle permet, l’agriculture possède un certain nombre d’avantages non négligeables, qui sont de l’ordre de la sécurité et du confort, comme une plus grande régularité alimentaire, une possibilité d’amélioration des produits de consommation, ou une possibilité d’amélioration accrue des habitats et des territoires. Si donc nous pouvions retrouver, ou développer une forme d’agriculture suffisamment efficiente et peu technique, pour nous apporter ces avantages, tout en permettant aux individus de conserver une indépendance économique acceptable, nous serions bien plus gagnants, qu’en redevenant exclusivement des chasseurs/cueilleurs.

La permaculture :

La permaculture, développée dans les années soixante dix par des chercheurs australiens, est un condensé de toutes ces méthodes agricoles efficientes et peu techniques qui ont été mises au point et développées par les humains au cours de l’histoire en différents endroits de la planète, ainsi qu’une amélioration de ces méthodes agricoles, et une application de ces méthodes à des environnements modernes (friches industrielles, banlieues urbaines, balcons, terrasses, etc.). Ce condensé de méthodes agraires qu’est la permaculture vise à établir des systèmes agricoles autonomes, efficaces et productifs. Elle a depuis, été maintes fois mise en application à travers le monde, et pourrait facilement être généralisée. Au départ basée sur une volonté d’émanciper l’agriculture de sa dépendance envers le pétrole et la mécanisation, la permaculture a ensuite développé son éthique, et l’a étendue à une minimisation de tout travail, y compris musculaire, et à une minimisation de la technicité de celui-ci, par une simplification des systèmes de production, liée notamment à une mise en correspondance avec les fonctionnements des écosystèmes naturels.

Cette éthique, cette idéologie, dispose d’une méthodologie qui, par l’installation d’une agriculture à taille humaine, permanente (voire pérennisée), et résiliente (plutôt que par une agriculture à taille sociétale, cherchant la création ponctuelle et maximisée de stocks et l’accumulation discontinue de surplus échangeables), vise à recréer des conditions de systèmes agro/sylvo/pastoraux stables et équilibrés, efficients, destinés à une consommation plutôt « fraîche », ultra relocalisée. Bref, à rendre les individus d’avantage économiquement indépendants.

Mais si la permaculture cherche effectivement à rendre économiquement indépendants les individus, elle n’a pas la prétention de permettre une totale indépendance individuelle, en tous cas pas sans un labeur énorme. Autrement dit, même avec la permaculture, un individu qui voudrait vivre en autarcie aurait besoin d’un labeur bien plus grand que s’il voulait vivre en autarcie en étant chasseur-cueilleur. Elle nous permet de maximiser notre auto production, mais sans toutefois pouvoir parvenir de manière satisfaisante à l’autarcie. Voila pourquoi les « permaculteurs » sont les premiers à avouer qu’une autarcie individuelle n’est pas souhaitable, et qu’il faut plutôt viser à atteindre une autonomie « à l’échelle communautaire ». Par contre, ils espèrent tout de même pouvoir permettre aux individus d’obtenir une autonomie suffisante pour qu’au sein d’un groupe local, d’une communauté, le marché puisse progressivement disparaître, pour être remplacé par le simple don, de périssables surplus. Dans une logique, donc, de rendre les besoins d’échanges « ridiculement insignifiants », suffisamment en tous cas pour pouvoir se permettre de les inscrire dans une logique vernaculaire.

Economie et permaculture :

Le problème, c’est que la permaculture ne remet apparemment pas en cause le fait que le producteur puisse être propriétaire de sa production, et donc également de ses outils de production. Or, si tel est le cas, il pourra en abuser. Rien ne l’en empêchera. Il pourra créer un besoin, spéculer sur les ventes de ses surplus, augmenter sa propriété jusqu’à réduire celle d’autrui, voire se l’approprier. Il pourra acheter le travail d’autrui et s’octroyer une plus-value sur celui-ci. S’il ne le fait pas en monnaie, il le fera en troc, ou en ressources, mais ce sera équivalent. Il pourra augmenter ses ressources jusqu’à créer des monopoles, qui lui permettront de spéculer encore d’avantage, jusqu’au féodalisme. Car même sans l’accumulation de stocks, l’appropriation individuelle des ressources (c’est-à-dire la propriété foncière), entraîne des inégalités sociales, qui mènent tôt ou tard à un féodalisme plus ou moins intense. Certes, sans l’accumulation de stocks, la spéculation est moins rapide, moins visible, mais elle est tout de même possible, tant que le producteur est propriétaire des ressources à partir desquelles il vend ou échange sa production. L’idéal vernaculaire d’échange des surplus, que défend la permaculture, serait donc en contradiction avec la propriété foncière sur laquelle la permaculture pourrait être basée.

En fait, la permaculture n’est pas une méthodologie globale, mais une méthodologie spécialisée sur l’agronomie. En ce qui concerne l’organisation sociale, économique, ou même cosmologique de cette agronomie, elle reste très vague, volontairement sans doute, et se contente de délivrer quelques principes éthiques évidents, tels que « prendre soin des humains », ou « redistribuer les surplus», sans réellement préciser ni comment, ni pour quelles raisons ou dans quels buts (un patricien romain aurait ainsi pu nous rétorquer qu’il « respectait » et « prenait soin » de ses esclaves).

La permaculture nous propose donc une méthodologie excellente en ce qui concerne nos systèmes de production, mais ne nous propose rien, ou alors pas de manière suffisante, en ce qui concerne l’organisation de cette production. Elle nous explique comment être autonomes, de manière efficiente et résiliente, à partir de certaines ressources, mais ne nous dit rien en ce qui concerne l’accès à ces ressources, ou la transmission de celles-ci. Faut-il constamment redistribuer les terres de manière égalitaire ? Faut-il ensuite interdire aux individus de vendre leur force de travail ? Faut-il empêcher toute forme de monétisation des échanges ? (Et est-ce seulement possible ?) Faut-il généraliser la redistribution des surplus, la planifier ? Autant de questions auxquelles la permaculture ne peut évidemment pas répondre ; et pour cause, ce n’est pas son rôle. A nous de décider dans quelle économie, dans quelle type de gestion des ressources économiques, nous désirons l’appliquer.

Voyons donc maintenant le cas contraire, où la permaculture s’inscrirait dans une démarche communiste, où la propriété serait commune, et où l’économie serait planifiée, localement, par les communautés. Nous l’avons vu, l’un des inconvénients majeurs du projet communiste (ou communautaire) est le risque de bureaucratisation de l’économie. Or ce risque de bureaucratisation est justement dû au fonctionnement agro- intensif et industriel de notre société ; à la disponibilité et à la concentration de stocks échangeables. Sur ce point là, la permaculture est un précieux remède, puisqu’elle permet de limiter, voire de supprimer la présence de surplus et de stocks échangeables. Si le communisme supprime le problème de l’appropriation individuelle des ressources, la permaculture supprime celui de l’accumulation de stocks échangeables, donc de bureaucratie. A priori, les deux feraient donc bon ménage, et il ne leur resterait plus que le problème de la planification de l’économie.

En tout cas, avec la permaculture, on dispose à la fois d’un système agraire avec ses avantages de confort et de sécurité, et à la fois d’un système suffisamment efficient pour permettre aux individus d’obtenir une autonomie partielle, ou au moins d’éviter d’être trop spécialisés (et donc de leur permettre de s’affranchir de la dépendance économique du marché). Mais si la méthodologie agraire de la permaculture est à mon sens on ne peut plus souhaitable, et même qu’elle est sans aucun doute la seule méthodologie agronomique de production alimentaire bénéfique et généralisable à court terme, je reste d’avantage sceptique en ce qui concerne la méthodologie vernaculaire de sortie du marché que dispense très souvent la permaculture (de la même manière que je le suis à propos de la survie possible des communautés tribales ancestrales), tout comme je suis sceptique en ce qui concerne l’application de la permaculture dans une économie de marché. De plus, l’efficience ne sera jamais assez grande, le labeur sera toujours trop grand pour permettre l’autonomie, et la tentation de la spécialisation individuelle restera toujours trop grande, poussant petit à petit les individus à se rendre volontairement dépendants d’une économie, en échange d’un labeur un peu moins grand.

Conclusion :

Ainsi, dès lors que nous voudrions retourner à une économie de chasse et cueillette, nous serions tentés par les avantages de l’agriculture, et je suis certain que nous finirions par reprendre petit à petit son utilisation. De la même manière, dès lors que nous voudrions nous contenter d’une économie agraire non spécialisée de type permaculture, nous serions tentés à mon avis par les avantages que peut procurer la spécialisation, et nous finirions d’une manière ou d’une autre par nous spécialiser dans des tâches pour lesquelles nous sommes talentueux.

Si être exclusivement chasseur-cueilleur revient à renoncer à trop de sécurité et de confort, et qu’être agriculteur, même en pratiquant la permaculture, demande un travail si important qu’il nécessite que le talent soit converti en spécialisation, que nous reste-t-il ? Devons-nous définitivement renoncer à ces avantages ? Et le pouvons-nous seulement ? Sommes-nous au contraire condamnés à la spécialisation de notre travail, et aux inconvénients que celle-ci génère ? Et quand bien même nous y serions condamnés, n’y aurait-il pas un moyen de concilier agriculture et spécialisation, avec une indépendance économique individuelle ? N’existerait-il pas un moyen d’éviter l’inconvénient majeur de la spécialisation qu’est la dépendance économique des individus ? C’est ce que je vais tâcher d’expliquer dans mon prochain article économique, pour tenter ainsi de résoudre (enfin! 🙂 ) la première contradiction économique.

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12 Réponses to “Eviter la spécialisation”

  1. goeland60 Says:

    La meilleure synthèse que j’ai jamais lue sur ce sujet.

    Analyse très pertinente et sans parti-pris.

    La suite (et conclusion) est attendue impatiemment !

    A bientôt !
    Goeland

  2. Bobzdar Says:

    Mon intention n’est pas de sortir les griffes mais il y a quelques petites choses qui me dérangent (si on peut le dire comme ça!) …

    En fait, à la lecture de ce texte, j’ai l’impression que la permaculture peut être un élément décisif dans une rupture avec le monde contemporain (il reste à choisir le « type » de permaculture, à quoi le rattacher).
    Je pense que la portée du concept peut dépasser le monde agricole en s’appliquant à l’ensemble d’une société (tu l’a très bien fait remarquer !).

    Mais ce que je trouve dommage c’est que tu diabolises (le mot est un peu fort j’avoue!) l’idée communautaire.
    Pour moi une communauté affinitaire annihile l’idée économique dans sa totalité, a moins que le don et le partage ne constituent des faits économiques :-S.
    Pour moi, dans ce type de société la concurrence doit être totalement éliminée, le monopole aussi…

    Le principe de spécialisation ne résiste pas longtemps non plus.
    J’imagine une communauté où tout le monde travaillerait à l’élaboration d’un vaste jardin permaculturel. Chacun développerait son talent sur chacune des taches qu’elle implique.

    Chacun est capable, personne n’est dépendant.
    Chacun est acteur, personne n’est propriétaire (ou alors tout le monde)…

    Bref, je conçois qu’il y ait non seulement un réel enjeux socio-économique, mais je vois surtout un gage de bienfait écologique! Il faudrait insister là dessus, mais ce n’est peut être pas l’intention de ce texte…
    On a l’impression à la lecture de celui-ci que, développer la permaculture, c’est développer une nouvelle économie de marché.

    C’est dommage. Je pense que ça peut être un élément de l’émancipation de l’homme vis à vis du processus de production industriel et donc du principe même d’économie (créé de toute pièce par la civilisation).

    Bref, Ramite je te félicite pour ce petit texte très complet et très intéressant. J’espère que tu l’as compris, la raison de mon opposition est purement idéologique…
    Mais j’adore le concept! Merci à toi.

    • Ramite Says:

      Salut Bobzdar, et merci pour ce commentaire.
      Je vais essayer de te répondre au mieux.

       » je trouve dommage c’est que tu diabolises (le mot est un peu fort j’avoue!) l’idée communautaire.  »

      Que le mot soit fort, je ne sais pas, c’est à toi de voir ; le terme exact serait certainement : « y être réfractaire »; et effectivement je le suis. J’ai écris deux articles à ce sujet, un sur le communisme, un autre sur la communauté. Je pense réellement que la communauté n’est pas du tout une solution, en tout cas d’un point de vue économique. Je suis tout autant opposé au communisme qu’au capitalisme. Je suis mutuelliste, et c’est dans ce cadre économique que doit s’inscrire pour moi la permaculture.

       » une communauté affinitaire annihile l’idée économique dans sa totalité, a moins que le don et le partage ne constituent des faits économiques. [le] principe même d’économie [a été] créé de toute pièce par la civilisation; dans ce type de société la concurrence doit être totalement éliminée, le monopole aussi. Le principe de spécialisation ne résiste pas longtemps non plus.  »

      Effectivement, le don et le partage sont des faits économiques, c’est à dire des échanges quantifiables entre les individus. Le principe d’économie n’a pas été inventé par la civilisation, mais simplement défini par la science économique pour décrire un fait, tout comme on le fait pour chaque mot, lorsqu’on définit qu’une fenêtre est « une ouverture ménagée dans les murs d’une construction pour donner du jour et de l’air à l’intérieur ». Vouloir anihiler l’économie, c’est vouloir annuler toute forme d’échange, même sous forme de don et de partage. Pourquoi pas, mais je ne pense pas que ce soit ton idée.
      De la même manière, le monopole et la concurrence sont des conséquences naturelles et inévitables de notre nature, dues à notre individualité elle-même. Nous sommes, chacun de nous, une forme de « mini-monopole », inévitablement en concurrence avec les autres, et dont la spécialisation va être une recherche de « niche » (à la fois écologique, sociologique, et économique) qui va nous permettre de nous distinguer des autres, et de développer nos talents.
      Et c’est certainement à cause de cela que les différentes tentatives de communautés échouent; parceque nous ne les prenons pas en compte, voire tentons de les nier.
      Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas supprimer les monopoles et les concurrences, mais les réduire à leur véritable échelle, individuelle, et les équilibrer, les « socialiser » aurait dit Proudhon.
      (Je ne suis pas toujours d’accord avec les conclusions de Proudhon, un siècle et demi nous séparant, mais je suis d’accord avec lui sur la méthode)

       » Je pense que la portée du concept peut dépasser le monde agricole en s’appliquant à l’ensemble d’une société (tu l’a très bien fait remarquer !). Je conçois qu’il y ait non seulement un réel enjeux socio-économique, mais je vois surtout un gage de bienfait écologique! Il faudrait insister là dessus, mais ce n’est peut être pas l’intention de ce texte.  »

      Effectivement, le concept peut être appliqué à l’ensemble d’une société. Mais il ne suffit pas. J’ai mentionné brièvement sa portée écologique, et il y aurait très certainement une portée sociologique à mentionner également (bien que je n’en ai pas encore entendu parler de la part des permaculteurs), ou bien une portée cosmologique, notamment avec le concept de résilience. Mais effectivement, ça n’était pas l’enjeu de ce texte, qui était concentré principalement sur l’économie de la permaculture.

       » On a l’impression à la lecture de celui-ci que, développer la permaculture, c’est développer une nouvelle économie de marché.
      C’est dommage. Je pense que ça peut être un élément de l’émancipation de l’homme vis à vis du processus de production industriel
       »

      Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, peut-être me suis-je mal fait comprendre;
      J’ai simplement dit que la permaculture pouvait être développée dans tout système économique; dans une économie de marché, ou une économie planifiée (ou une économie mutuelliste ! 🙂 ). Et qu’elle était un formidable outil pour limiter l’emprise de la technique sur notre économie, et donc du processus industriel. La permaculture est notamment un formidable outil d’efficience (= maximum de productivité avec un minimum de labeur et d’énergie), et donc un formidable outil de diminution du labeur, ce qui est évidemment très souhaitable en matière d’économie.
      J’ai même précisé qu’elle ferait sans doute meilleur ménage avec une économie planifiée, qu’avec une économie de marché, malgré ma réticence envers cette économie ! Mais il est évident pour moi qu’elle serait encore mieux dans une économie mutuelliste – dont je n’avais pas encore commencé la définition à ce moment là.

      • Ramite Says:

        En fait, la permaculture est une excellente technique de substitution aux techniques actuelles de production, de distribution, voire de consommation (technologiques, oléo-dépendantes, mécanisées, centralisées, ponctualisées, accumulées et concentrées, uniformisées), et qui va bien sûr à l’inverse des techniques actuelles. Mais la permaculture ne prévoit pas pour l’instant un quelconque système économique, de substitution au système économique actuel : seulement une substitution de ses techniques. Elle ne s’intéresse pas aux échanges eux-mêmes, aux acteurs de la production eux-mêmes, aux consommateurs eux-mêmes ; ni à leurs statuts, ni à leurs relations économiques.

  3. Bobzdar Says:

    Je suis content d’avoir rencontré quelqu’un d’aussi compétent en matière de permaculture. Je pense avoir beaucoup de choses à apprendre de toi!
    Qui plus est, tu m’a l’air d’être un fin économiste!

    Ce que je voulais faire ici ne doit pas être pris pour une critique de la permaculture.

    Ce que je veux dire, c’est que nous (toi, moi, les hommes) avons toujours tendance à mettre de grands mots sur des choses qui n’ont pas lieu d’en avoir.
    Certes, « des échanges quantifiables entre les individus » peuvent être assimilés à des actes économiques selon la définition que le domaine de l’économie propose.
    Mais une nouvelle fois, je pense qu’il s’agit d’une notion purement anthropocentrique.

    En fait, j’ai bien du mal à comprendre l’économie (et surtout le marché actuel) tant les impératifs qu’elle suggère sont en opposition avec les valeurs que je prône.

    Je ne pense pas que l’on doive attacher une quelconque valeur à un don envers un congénère. Je pense qu’il devrait s’agir d’une action « naturelle » qui justement n’a pas à être quantifiée.
    Un don résulte dans une certaine mesure du besoin d’autrui.
    Et pour moi, ne pas partager dans une situation de manque est une grave erreur.

    Les hommes doivent tendre vers une collaboration mutuelle qui puisse assurer, à toute personne en détresse, l’assistance de ses semblables.

    Quand tu dis : « Le principe d’économie n’a pas été inventé par la civilisation, mais simplement défini par la science économique pour décrire un fait ».
    Je te réponds : Qu’est-ce qui a inventé la science économique…?

    De façon générale, je ne veux pas annihiler l’économie (dans le sens d’échange entre les individus), je veux annihiler la quantification qu’elle implique.
    Je ne conçois pas que l’on puisse être redevable.
    Surtout dans une communauté affinitaire ou mutuelliste, comme tu veux (encore de grands mots pour ne rien dire).
    Je pense que chacun à une mission: les bien être des autres.
    Être redevable implique d’avoir reçu.
    Et l’égoïsme actuel, avec la quantification des échanges, prend sa source ici. Les individus attendent de recevoir pour donner (ou bien alors on accorde des prêts… bancaires… avec de gros intérêts pour surtout ne pas oublier d’en retirer un bénéfice).

    C’est ce qui fait que je suis opposé à la notion de monnaie et du pouvoir qu’elle procure nécessairement avec l’accumulation (il suffit de constater les faits au quotidien).

    Bref, je ne pense pas qu’il faille de science pour analyser les rapports humains. C’est courir le risque de voir la spontanéité et le naturel disparaitre, comme pour tout le reste.

    Mais je suis conscient que la permaculture puisse être une excellente alternative à l’agriculture industrielle (bien que je ne dispose pas encore des connaissances pouvant attester de son efficacité pour limiter l’appauvrissement local des sols).

    J’attends d’en savoir un peu plus pour me pencher sérieusement sur la notion plus qu’intéressante de « forêt comestible »!
    Encore merci à toi…

    • Ramite Says:

      Merci bien, bobzdar, pour cette réponse pertinente et enrichissante. sincèrement.

      Je comprend tout à fait ton rejet de la quantification et de l’argent, puisque moi aussi j’ai auparavant pensé comme toi.
      Et je trouve ta vision du don très pertinente;
      Mais maintenant je crois d’avantage au contrat social. Et effectivement, dans un petit groupe d’individus, dans une petite société, un contrat social n’a pas besoin d’être matérialisé, ni même formel, tant les individus se côtoient et se connaissent, voire s’apprécient.
      Mais, de la même manière que je suis bien content, lorsque je vais à l’autre bout du monde, de savoir que si je passe en voiture à un feu vert, je n’ai normalement pas de risque que quelcun passe en face au rouge et me cartonne; de la même manière, je suis bien content de pouvoir échanger des produits avec ces habitants que je ne connais pas, sur la base d’une monnaie dont la valeur du travail qu’elle représente serait commune, par contrat. Le tout est justement d’arriver à équilibrer les rapports de force par ce contrat, et non d’offrir systématiquement l’avantage à une minorité comme celui-ci le fait actuellement.

      Je comprend également tout à fait ton rejet de la science, de la raison; mais encore une fois, je suis plutôt de ceux qui veulent l’équilibrer, avec les autres formes de compréhension que peuvent être, par exemple, l’intuition, ou la sensibilité; plutôt que de l’anihiler. Elles peuvent être complémentaires; le problème, pour moi, réside d’avantage dans une « monoculture » cérébrale, que dans une culture spécifique, parmi d’autres. (comme quoi la permaculture peut même être appliquée à notre fonctionnement cérébral 😀 )

      Merci en tous cas de ta contribution, et n’hésite pas à l’avenir à intervenir quand tu veux. 😉

  4. goeland60 Says:

    J’ai justement une question qui me taraude à propos du contrat social :

    une société peut-elle reposer sur un contrat social, ou bien cela ne peut-il plutôt concerner que des échanges d’individu à individu ?

    Quand une société est régie dans son ensemble par un contrat social celui-ci n’est-il pas simplement l’émanation de l’avis de la majorité ?

    De quel façon tient-on compte de l’avis de la minorité dans un contrat social ? Si ce n’est en proposant à la minorité de quitter cette société ou de se soumettre à son contrat ?

    Autrement dit, le contrat social – même s’il est vertueux en lui-même – n’aboutit-il pas à la loi du plus fort ?

    Tu devines que mon opinion est défavorable au contrat social autrement qu’entre des individus, mais n’y a-t-il pas dans mon raisonnement une faille quelque part ???

    • Ramite Says:

      Salut Goéland,
      En fait il y a deux « niveaux » de compréhension du contrat social :
      – un premier niveau explique simplement le fonctionnement social, et explique que toute loi n’est une loi que tant qu’elle est acceptée par ceux à qui elle s’applique (y compris sous l’effet de la contrainte, ou de la manipulation). Ainsi, un roi n’est roi, que tant que ses sujets se considèrent comme tels et le considèrent comme étant le roi. Donc toute société repose sur un contrat social.
      – un deuxième niveau propose, tant qu’à faire, et puisque de toutes façons l’autorité n’est autorité que tant qu’elle est acceptée, qu’elle soit choisie. Cela implique normalement qu’elle ne s’applique qu’à ceux qui l’ont choisie, et qu’elle ne s’applique plus, dés lors qu’ils la remettent en cause.
      De deux choses l’une, alors : soit on crée un système dans lequel la majorité l’emporte (on assiste alors à la dictature de la majorité, et à la coercition des minorités, quand bien même la majorité représenterait 90%), soit le cadre auquel elle s’applique est libre, la mobilité permise, et les choix ne s’appliquent alors qu’à l’unanimité, et donc qu’à ceux qui s’entendent et se regroupent pour cela, en communes libres, ou en syndicats, associations, etc.. On pourrait donc imaginer pouvoir adhérer à un système monétaire ou a un autre, voire même à un code de la route ou à un autre (mais ça nécessiterait différents réseaux de routes), ou bien à un territoire ou à un autre, ou à un réseau de territoires plutôt qu’un autre, suivant la manière dont il est géré, et les gens qui le gèrent, etc..

  5. goeland60 Says:

    Merci ! Ca m’éclaire (vraiment) !

    Quel plaisir, une fois de plus, de pouvoir échanger avec toi.

  6. Yves Brouckaert Says:

    Ramite,

    finalement, quel que soit le blogue que je survole, il me renvoie vers toi.

    Je n’avais pas lu cet article, pourtant, je croyais avoir lu tous tes articles. Comme toujours, tes arguments sont clairs, bien définis et on ne peut que les approuver.

    Surtout les commentaires sont riches. Tes échanges avec Bobzdar sont exrêmement riches.

    Et c’est vrai qu’avec des mots simples on peut tout exprimer, même s’il faut faire usage d’un concept abrupt ou cérébral à l’extrême, la manière tranquille dont tu t’y prends permet à chacun de rencontrer ta pensée et d’y mettre en parallèle ce que l’on ne partage pas complètement, comme toujours.

    Pour ce qui est de l’échange avec Goéland, il demande une relecture approfondie, mais au fond, vous touchez là au fond du problème.

    On a reparlé du Don, de l’échange, société dans laquelle on pourrait sous conditions abolir la monnaie.
    Mais déjà, dans cette petite phrase, il y a le mot société qui pose problème. On en reparlera, si tu veux bien.

    J’avais été entraîné de Vert et Noir vers Kristen à propos de la grelinette, où j’ai lu plusieurs articles intéressants, et où un lien m’avait entraîné ailleurs.

    Tu avais donné ton avis sur ce sujet. Et la question que je me pose en fait c’est la manière dont tu rends compatible l’usage de cet instrument et ton « dogme » de ne pas retourner la terre pour qu’elle garde sa structure.

    Titiller la terre en profondeur avec la grelinette, n’est pas compatible avec ce dogme, à mon avis.

    Il vaudrait mieux alors planter des plantes qui pénètrent profondément, soulevant le sol en profondeur, mais délicatement. Au pritemps venu, tu coupes la partie aérienne et tu es reparti.

    Dans le cadre, de ce billet de Kristen, puisqu’il s’agissait notamment d’incorporer de l’engrais vert dans la couche supérieure du sol, j’avais immédiatement pensé à l’utilisation de disques soudés sur un moyeu plein (pour assurer la pénétration).

    Mais qu’en est-il de la permaculture dans cette démarche, puisque le principe de celle-ci, est de « laisser faire », de planter directement au plantoir, et de semer et planter en surface les autres légumes.
    N’y a-t-il pas là une contradiction ?

    Les légumineuses en se rabattant sur le sol l’hiver, pourrissent sans problème en surface et puis l’essentiel de l’azote qu’elles ont fixé s’y trouve déjà via les racines.

    Autre question, si tu en as, comment parviens-tu à lutter contre les Rhyzomes du Liseron des Haies, du chiendent ?

    Amicalement,

    Yves.

  7. Yves Brouckaert Says:

    Ramite,

    j’ai relu plus attentivement ton texte, effectivement bien charpenté et intéressant par tous les points d’où on l’aborde.

    Comme ma mémoire est sélective, je n’aborderai que peu les différentes idées que tu as mises en avant.
    Pour ce qui me concerne, maintenant, ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est la mise en oeuvre d’un jardin (celui de mon fils, de sorte à ce qu’il récolte tout le nécessaire à faire la soupe, quelques pommes de terre, haricots, etc.

    Il faudra que je relise tes textes et tes applications au jardin.

    Tu parles à un moment donné d’une structure qui permettrait à l’aune d’une région de rationaliser les différentes productions des différentes communautés, de manière à pouvoir améliorer la portée des échanges. J’ai constaté aussi que tu prononces dans cette problématique le mot « Don » et aussi celui de « communisme ». Deux mots qui me semblent hautement antinomiques !
    Même si l’on parle de communisme, dans le bon sens du terme, (en est-il ? ), cela signifiera tôt ou tard l’émergence d’une autorité. Or tu sais comme j’y suis allergique.
    Tu parlais plutôt de « communautés » autarciques ou tant s’en faut, mais tu craignais les effets pervers de la spécialisation au sein même de la communauté.
    Je ne partage pas tellement ta crainte à ce propos, il faudra évidemment disposer d’un instituteur, voire plus, d’un spécialiste en phytopharmacie, etc………… et de spécialistes en permaculture. A propos, celle-ci permet-elle de spécialiser les cultures ? Mais ces différents spécialistes peuvent être partagés sur plusieurs communautés affinitaires.

    Sur un autre plan, tu parles d’utiliser, en ville, les friches industrielles, pour jardiner. Dans ma région en tout cas, lorsqu’un terrain de la sorte doit être assaini, il s’agit le plus souvent d’en retirer un (rare) à quatre mètres de profondeur.
    Il faut une noria de camions pendant des mois pour évacuer ce qui doit l’être. Enfin, la SPAQUE exagère-t-elle un peu ?

    Tu parles un peu de chasseurs-ceuilleurs, je ne dissuaderais quiconque de s’engager dans cette voie, mais il s’agira de petits groupes qui auront du mal à trouver la Forêt nécessaire.
    Je proposerais d’intégrer les deux modes de vie : il me semble que cela doit être possible d’héberger nos chasseurs-ceuilleurs durant les frimas ou dans des situations exceptionnelles; cela permettrait de pratiquer justement le DON.

    Et puis, « changement de pâture réjouit les veaux ! », ils auront maintes anecdotes à nous conter (ne pas oublier le spécialiste en jeux de cartes !).

    Bien; Il s’agira de préciser l’étendue des contacts qu’aura notre communauté avec d’autres, quelle sera ou pourra être l’étendue des communautés affinitaires.

    A propos, qu’entends-tu par « idéal vernaculaire » ?
    Mon Lexis dit qu’il s’agit d’un esclave « né dans la maison ».

    Amicalement,

    Yves

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