Le besoin crée la production, les services remplacent les biens

Ou la résolution de la première contradiction économique

Le besoin crée la production :

Si être exclusivement chasseur-cueilleur revient à renoncer à trop de sécurité et de confort, et qu’être agriculteur, même en pratiquant la permaculture, demande un travail si important qu’il nécessite que le talent soit converti en spécialisation, que nous reste-t-il ? Devons-nous définitivement renoncer à ces avantages ? Et le pouvons-nous seulement ? Sommes-nous au contraire condamnés à la spécialisation de notre travail, et aux inconvénients que celle-ci génère ? Et quand bien même nous y serions condamnés, n’y aurait-il pas un moyen de concilier agriculture et spécialisation, avec une indépendance économique individuelle ? N’existerait-il pas un moyen d’éviter l’inconvénient majeur de la spécialisation qu’est la dépendance économique des individus ?

Bien sûr que si, et c’est ce que je vais tenter d’expliquer ici. Mais rappelons d’abord ce qu’est exactement cette première contradiction économique, que cherchent à éviter les anarcho-primitivistes en voulant éviter toute forme d’agriculture et de sédentarisation, et que cherchent également à éviter les défenseurs de la permaculture, en cherchant à développer une agriculture non spécialisée.

Un individu qui veut consommer des produits tout en étant économiquement indépendant, doit les obtenir de lui-même. Pour cela, il s’approprie des ressources, les défend si besoin, en récolte les fruits, ou bien les cultive, et peut ainsi consommer ces fruits. S’il veut consommer d’avantage, il lui en coûte également d’avantage de labeur, et il doit s’approprier d’avantage de ces ressources. Mais s’il se spécialise dans une tâche dans laquelle il est talentueux, et qu’il s’approprie les ressources spécialisées correspondantes, il peut augmenter sa productivité moyenne, pour un labeur équivalent ; par contre, il ne produit plus alors qu’un seul produit, qu’il doit donc échanger contre d’autres produits qui lui sont nécessaires, avec d’autres spécialistes. D’où l’apparition d’un marché, où les différents spécialistes se rejoignent pour négocier les produits échangeables qu’ils ont respectivement produits.

En fait, le problème réside dans les démarches individuelles de spécialisations, que nous avons respectivement entrepris. Ce qui s’était toujours passé auparavant, c’est que nous voulions consommer des produits, donc nous nous étions appropriés les ressources correspondantes, et nous avions récolté, cultivé ou fabriqué ces produits. Nous voulions consommer, donc nous produisions. C’est donc notre besoin qui créait notre production, qui la précédait. Nous aurions pu avoir comme adage : « je mange, donc je produis ». Mais lorsque nous avons voulu nous spécialiser pour produire plus, nous avons inversé le sens de cet adage, qui est devenu : « je produis, donc je mange ». Nous avons créé une abondance de produits similaires, et cette abondance de produits, nous en avons espéré – voire créé (par l’intermédiaire de la pénurie, du monopole, ou plus simplement de la publicité) – le besoin, auprès de nos congénères. Et ceux-ci ont fait de même de leur côté, avec d’autres produits. Et du coup nous sommes devenus dépendants de notre propre production, et de celle de nos congénères. Auparavant notre besoin créait notre production ; par la suite, nous avons conditionné nos besoins individuels aux productions respectives d’autres spécialistes.

Seulement, cette contradiction économique va plus loin : car comme le besoin créait la production, et que la production s’appuyait sur une appropriation des ressources, alors en fait le besoin s’appuyait indirectement sur une appropriation des ressources. C’était en fait, en tant que consommateur, que nous nous approprions nos ressources respectives, et non pas en tant que producteur. Il n’y avait pas de différence entre ces deux personnalités économiques, tant que nous nous auto produisions notre nourriture ; nous étions à la fois producteur et consommateur ; ces deux fonctions étaient fusionnelles. Mais lorsque nous nous sommes spécialisés, les fonctions de producteur et de consommateur se sont distinguées. Or, les ressources auraient dû rester entre les mains des consommateurs pour lesquels nous nous spécialisions, puisque c’est le besoin qui crée la production. Au lieu de ça, nous nous les sommes appropriées en tant que producteurs. Depuis, les producteurs s’approprient systématiquement des ressources, sur lesquelles ils spéculent pour vendre leur production à des consommateurs.

Nous aurions du faire l’inverse. Etant donné que nous sommes consommateurs avant d’être producteurs, nous aurions du, en tant que consommateurs, regrouper nos ressources similaires respectives, et proposer à un individu particulièrement talentueux pour l’utilisation de cette ressource (l’un d’entre nous ?), de nous produire efficacement et talentueusement ces productions. Les producteurs spécialistes auraient alors pu négocier la valeur de leur travail, de leur savoir faire, ou de leur talent, ou bien encore négocier en fonction de la plus ou moins grande pénibilité de ce travail, mais n’auraient pas pu spéculer sur la base d’une confiscation des ressources ; sur la pénurie et le monopole.

Les services remplacent les biens :

Il nous faut donc revenir au bon sens : c’est le consommateur que nous sommes, qui doit se fournir selon ses besoins, et non le producteur que nous sommes. La spécialisation nous a rendu économiquement schizophrènes. Or cette schizophrénie, cette spécialisation, a des avantages que nous sommes plutôt enclins à accepter, à cause de ses avantages considérables de diminution du labeur. Il ne s’agit donc pas d’éviter cette schizophrénie, mais de bien comprendre quelle personnalité économique doit primer sur l’autre ; quelle personnalité doit décider, et quelle personnalité doit être subordonnée à l’autre. Jusqu’à maintenant, les rôles étaient inversés, le producteur s’appropriait les produits de consommation, ainsi que les ressources nécessaires à la production de celles-ci. Il nous faut désormais comprendre que nous sommes des consommateurs avant tout, et que notre fonction de producteur n’est qu’un simple outil, sur lequel nous devons garder la pleine et entière maîtrise. Le produit appartient donc d’avance à celui qui le consommera, et ce, dès la production ; dès même la prévision de sa production. Il n’y a ainsi plus de biens, seulement des produits, à destination de tel ou tel individu. Et le producteur d’un produit n’étant pas le propriétaire de ce produit, il ne fait que rendre un service (de production) à celui à qui ce produit appartient déjà : le consommateur (si ce dernier ne le produit pas directement par lui-même et pour lui-même, comme dans le cas d’une auto production).

Dés lors qu’on a compris cela, on comprend que les producteurs n’effectuent plus, comme avant, des transactions, à partir de leur travail de création ou de transformation de biens (et avec une plus-value plus ou moins grande, selon la spéculation qu’ils ont pu se permettre), mais qu’ils rendent simplement des services, sans plus-value, en effectuant une tâche. Ce n’est plus la transaction, qui est rémunérée au producteur, mais le service rendu pour l’obtention – pour le compte du consommateur cette fois – de ce produit de fabrication. La transaction est supprimée, puisque le produit n’est plus un bien marchand, il appartient déjà au consommateur avant même sa production. La transaction est remplacée par le service. Le service remplace le bien. Et avec le service, il n’y a pas de plus-value sur le travail.

Le travail sans spéculation :

Il est dès lors bien plus facile d’entrevoir une possibilité d’échange économique mutuel, équitable, entre le producteur et le consommateur (c’est-à-dire entre les individus eux-mêmes), puisqu’un service rendu est tout à fait quantifiable, en quantité et en qualité, permettant ainsi un échange mutuel de services rendus équivalents.

A l’époque où, pour la première fois, certains se sont spécialisés, nos personnalités économiques ont pu rester apparemment fusionnelles, et nous avons pu ne nous apercevoir de rien lorsque la lente séparation de ces personnalités a eu lieu. Ceci est dû à deux phénomènes. Tout d’abord, l’argent n’existait pas encore, et la seule possibilité d’échange était le troc, c’est-à-dire l’échange de biens. Le bien est donc devenu valeur, ou monnaie, en lieu et place du travail. Et ensuite, les individus vivaient de manière très proche, à l’origine en communautés, en clans, et les consommateurs pouvaient facilement évaluer l’équivalence du service rendu, du travail ; une plus-value, une spéculation, aurait été tout de suite aperçue et dénoncée, ce qui l’aurait de fait, immédiatement annulée. Le bien/monnaie et la monnaie/travail étaient confondus, tout autant que l’étaient nos personnalités économiques. Mais avec le développement du commerce, et avec l’apparition de ce que j’ai appelé des « proximités économiques entre individus affectivement distants, et entre communautés » (cf. mon article « La réussite fragile du partage »), la possibilité pour le consommateur de vérifier le caractère équitable d’un échange, va devenir beaucoup plus difficile. Il ne va pas pouvoir vérifier, par exemple lors du troc d’un objet contre un autre, si le labeur a été équivalent, en temps de travail, en effort physique, en conditions météorologiques de travail, etc., entre les deux objets échangés. Et c’est là-dessus que va pouvoir être ajoutée de la plus-value par le producteur, au détriment du consommateur (ou bien de la moins-value : il arrive aussi que le producteur doive diminuer sa marge, voire vendre à perte, si par exemple des concurrents cassent les prix ; dans les deux cas il y a bien souvent un perdant, et l’équité dans la transaction est rare).

Pour contrer cette incertitude, les individus vont prendre l’habitude d’étalonner la valeur plus ou moins grande du labeur, en créant une monnaie, c’est-à-dire une unité symbolisant une quantité donnée de labeur. Puis l’argent va apparaître, matérialisant cette monnaie. Mais cet argent, au lieu de seulement permettre de vérifier l’équivalence du travail, va permettre également de négocier l’obtention des ressources pour le compte du producteur, donc du bien marchand. L’argent va donc s’éloigner de plus en plus de la monnaie/travail, au seul profit du bien/monnaie, et de ce bien/monnaie va apparaître la concentration des ressources, sur laquelle vont ensuite successivement apparaître les premières spéculations basées sur la pénurie et le monopole, puis sur la propriété elle-même, enfin sur l’argent lui-même.

Or si à l’époque, l’évaluation du rapport prix/travail du producteur et du produit était difficile, voire quasiment impossible dès qu’il y avait une certaine distance géographique entre le consommateur et le producteur, aujourd’hui, cela serait tout à fait envisageable, et de manière très simple. L’argent lui-même pourrait nous permettre de revenir à cette simple évaluation. On peut désormais, par exemple, mesurer le temps de travail, à la minute près ; on peut donc évaluer très précisément le temps de travail moyen que nécessite telle ou telle tâche. De même, on sait mesurer assez précisément la quantité d’efforts que nécessite telle ou telle tâche, de même que sa pénibilité, ou le stress qu’elle génère.

Il nous faut donc réajuster la monnaie (ou recréer une nouvelle monnaie) à cette évaluation du rapport prix/travail, et retirer ainsi de cette monnaie les spéculations et autres plus-values. Recréer une monnaie/travail, en mettant fin au seul bien/monnaie qu’elle représente aujourd’hui. Les consommateurs pourront ainsi aisément évaluer le prix d’un service rendu, et l’acquitter en échange d’un service équivalent, rendu en contre partie. De plus, l’utilisation d’une monnaie permet au consommateur de ne pas être sommé de rendre un service d’une valeur équivalente au même producteur, mais de pouvoir rendre une quantité de services d’une valeur équivalente, à n’importe qui utilisant la même monnaie. C’est l’utilité du principe de réciprocité de l’argent. Ce principe est donc très utile, mais à condition qu’il s’applique à une monnaie de type exclusivement monnaie/travail, sinon elle génèrerait de la spéculation. L’argent, qui auparavant était le problème, devient la solution, dès que le fonctionnement de celui-ci a été équilibré.

Le mutuellisme :

Ce système économique, basé sur l’idée qu’une heure de travail doit être équivalente à une heure de travail, a été théorisé (bien qu’assez différemment de la manière dont je le fais ici), par Pierre Joseph Proudhon, dés la première moitié du XIX° siècle, et se nomme le mutuellisme. Dans un tel système économique et un tel fonctionnement monétaire, la spéculation sur le travail n’est plus possible ; si vous demandez à quelqu’un de travailler pour vous, de vous produire un objet dont la valeur est de, par exemple, une heure moyenne de travail, vous ne pourrez pas ensuite le revendre en y ajoutant une marge spéculative, puisque la valeur de ce produit restera toujours d’une heure moyenne de travail. Vous ne pourrez pas le « négocier » pour la valeur d’une heure dix, ou d’une heure vingt, puisque la valeur de la monnaie/travail n’est pas discontinue dans le temps (au contraire, la valeur de certains produits peut même être dévaluée à chaque transaction, proportionnellement à l’âge de ceux-ci, pour être intégrés dans un « marché » de l’occasion).

Ce système, de plus, permet un réel libéralisme économique, à partir du moment où l’économie ne peut pas donner naissance à une quelconque spéculation ; le libéralisme, appliqué à cette économie, ne pourra donner lieu à aucun féodalisme, à aucun despotisme économique. Proudhon va même jusqu’à dire que « si la justice est garantie dans l’échange, la liberté des contrats suffit à assurer l’ordre, et le gouvernement n’a plus de raison d’être » ; ainsi, l’anarchie (c’est-à-dire l’ordre sans le pouvoir) prend toute sa dimension.

Certaines initiatives mises en place depuis, ont été inspirées par cette théorie. C’est le cas, notamment, d’initiatives passées, comme celle du Cincinnati Time Store, créé par Josiah Warren aux Etats-Unis en 1827, de la Banque d’échange, créée par Proudhon lui-même en 1849, ou d’initiatives actuelles, comme les SELs (Systèmes d’Echanges Locaux). Ces initiatives sont toutes des systèmes dans lesquelles les travailleurs commercent par l’échange mutuel de monnaies/travail.

La propriété économique :

Avec ce système économique, il ne peut plus y avoir de notion de propriété privée. En effet, la propriété privée est justement une propriété à partir de laquelle le détenteur peut spéculer, sur la production qu’il pourrait tirer des ressources de cette propriété (en produisant des biens échangeables qu’il pourra négocier ; c’est la plus-value du marchand). Ici, le marché a été destitué. Et à celui-ci, lui a été substitué le mutuellisme ; et à la propriété privée lui est substituée la notion d’une propriété individuelle, utilisable uniquement individuellement par la personnalité réelle de l’individu, c’est-à-dire pour sa propre consommation. Alors que la propriété privée était la propriété du marchand, du négociant, la propriété individuelle devient celle du consommateur.

Et ce dernier organise sa propriété comme il le désire, soit en la travaillant lui-même, de manière autonome, pour sa propre consommation, soit en utilisant les services d’autrui en vue également de sa propre consommation, de spécialistes qui lui faciliteront le travail sans spéculation marchande, et en échange de quels services il devra fournir un service équivalent, à n’importe quel(s) consommateur(s) appartenant à ce même système monétaire. De plus, sa propriété peut être infiniment dispersée, et un individu vivant par exemple en Bretagne, pourrait tout à fait produire ses légumes et ses fruits lui-même sur ses terres bretonnes, tout en étant propriétaire d’une part, ou d’une quotité, de vignes en Bourgogne, d’oliviers en Provence, ou de cacao en République Dominicaine, qui seront travaillées sous forme de services par des spécialistes locaux, et en effectuant en contre partie des services de plomberie chez ses voisins bretons (je ne prend bien sûr pas en compte ici les critères environnementaux dans lesquels doit s’inscrire une telle économie, comme toute économie d’ailleurs, de limitation des transports, par exemple, ou bien de gestion durable des ressources, et sur lesquels je reviendrai plus tard, dans une autre catégorie d’articles).

Du coup, l’espace travaillé par un même producteur est une somme de propriétés individuelles contiguës, ou un assemblage de celles-ci. Elle est travaillée par un même spécialiste pour le compte de plusieurs consommateurs ; c’est une propriété associée, où le producteur est un salarié de cette association. On comprend là, d’ailleurs, la limite d’un SEL, qui est en fait une initiative d’utilisation de monnaie/travail, mais basée sur la propriété privée, donc sur l’investissement privé. Ce qui nous ramène donc à la deuxième contradiction économique, que je vais aborder dans mon tout prochain article économique.

Conclusion :

Tout comme la planification de l’économie, le mutuellisme est donc une économie qui se substitue au marché. Mais à la différence de celle-ci, le mutuellisme n’impose nullement aux individus le despotisme de l’économie commune. Au contraire, il libère l’individu de toute forme de despotisme économique, que ce despotisme provienne d’un unique individu et de sa propriété privée (en biens ou en ressources), ou qu’il provienne de la communauté entière et de sa propriété commune. L’individu y gère individuellement sa consommation, et dispose pour cela du choix de gérer individuellement la production qu’elle nécessite, ou de la gérer collectivement, en utilisant les services de spécialistes, et ce, de manière particulière pour chaque produit. Ce système laisse également la place à l’initiative individuelle du producteur, tant que celui-ci reste au service du consommateur. Le consommateur accepte l’initiative du producteur en utilisant ses services, et le producteur exerce son talent, sa spécialité, selon son initiative, sa méthode, son savoir faire, mais il le fait en se mettant au service du consommateur. Il y a donc un rapport d’égalité entre le producteur et le consommateur, un échange volontaire et mutuel de bons procédés : l’un exerce ses talents créatifs et est rémunéré pour cela, et l’autre obtient son produit à moindre coût, donc à moindre labeur, que s’il l’avait lui-même produit.

Dans cet échange mutuel, rien n’est confisqué, ni à l’un ni à l’autre, par une quelconque spéculation. Et chacun s’enrichit de la liberté économique de l’autre, telle l’abeille qui s’enrichit du nectar que produit la fleur, en même temps que cette dernière profite du service de pollinisation que lui rend l’abeille. Les intérêts sont individuels, mais l’échange est mutuel ; il y a équivalence de ces deux services.

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14 Réponses to “Le besoin crée la production, les services remplacent les biens”

  1. goeland60 Says:

    Hum… 🙂

    Je ne suis pas sûr de bien comprendre. Penses-tu qu’une heure d’un travail soit équivalente à une heure d’un autre travail ?

    Si oui, peux-tu m’indiquer sur quoi se base la comparaison pour qu’on puisse parler d’équivalence ?

    J’ai l’impression que cette équivalence se base sur une même disponibilité des ressources de part et d’autre.
    Par exemple, une personne ramasse des fruits dans un verger pendant une heure. Et une autre personne fabrique un banc en bois pendant le même temps.
    A l’issue de l’heure écoulée, on pourra donc échanger les fruits contre le banc. Et ainsi s’asseoir tous ensemble sur le banc pour manger les fruits.

    Jusque-là je te suis (si c’est ça que tu veux dire).

    Par contre, si la personne qui cueille les fruits le fait dans un bois, sa productivité sera beaucoup plus variable d’un jour à l’autre.

    Le fabricant du banc en bois ne risque-t-il donc pas de préférer échanger ses heures de travail contre celle d’un agriculteur qui exploite le verger, plutôt que de s’adresser à celui qui cueille dans les bois ?

    Mais les fruits du verger seront-ils aussi bons et nourrissants que ceux des bois ?

    Comment mesurer cela ? L’heure de travail n’est-elle pas qu’une unité de mesure purement humaine, qui n’a guère de valeur pour mesurer notre relation à la nature ?

    Libre au fabricant de banc en bois d’échanger son travail contre des fruits du verger ou des bois, certes. Et ça c’est parfait. Mais du coup, la notion « d’heure de travail » a-t-elle encore une utilité et un sens ?

    Si j’ai mis deux heures à ramasser des fruits dans les bois et que j’ai absolument envie – ou besoin – d’un banc en bois (ou d’une échelle pour cueillir mes fruits), est-ce que je ne peux pas me dire que mes deux heures de travail sont équivalentes à l’heure du fabricant de bois ?

    A mon avis, le travail n’est pas mesurable. Sa valeur d’échange reste totalement subjective. Commencer à mesurer le travail (par des heures ou autre chose), n’est-ce pas commencer à mesurer les êtres humains ?

    Autrement dit, les percevoir comme des êtres mesurables objectivement. Alors qu’ils ne le sont que subjectivement.

    ? ? ?

    • Ramite Says:

      « J’ai l’impression que cette équivalence se base sur une même disponibilité des ressources de part et d’autre.

      Dans ce système, il n’y a pas de notion de ressources pour le producteur; les ressources appartiennent aux consommateurs, ce sont eux qui possèdent leurs propres ressources, dont ils demandent l’entretien ou l’utilisation à un spécialiste.

      « si la personne qui cueille les fruits le fait dans un bois, sa productivité sera beaucoup plus variable d’un jour à l’autre.

      Bien évidemment, mais c’est le principe d’une amap: on paye toute l’année autant, pour un même travail, alors que le panier ne sera pas toujours autant rempli selon la saison.

       » Le fabricant du banc en bois ne risque-t-il donc pas de préférer échanger ses heures de travail contre celle d’un agriculteur qui exploite le verger, plutôt que de s’adresser à celui qui cueille dans les bois ?

      Il peut préférer cela, tout comme il peut préférer l’inverse. Certains préfèreront toujours le premier prix, d’autres préfèreront le label rouge ou le bio. Simplement, là, la différence de prix sera due uniquement à ce rapport quantité/qualité, sans une quelconque différence de spéculation (ou de plus-value).

       » L’heure de travail n’est-elle pas qu’une unité de mesure purement humaine, qui n’a guère de valeur pour mesurer notre relation à la nature ?

      En fait, il ne s’agit pas ici de mesurer une quelconque relation à la nature, même en terme de ressources qu’elle peut représenter pour notre consommation; il s’agit uniquement de mesurer notre consommation, en fonction de notre labeur; donc de mesurer quelque chose de purement humain.

       » Commencer à mesurer le travail (par des heures ou autre chose), n’est-ce pas commencer à mesurer les êtres humains ?

      Les heures de travail sont effectivement des données fixes, donc objectives. Mais ce n’est pas le cas de la pénibilité, qui elle, est le résultat d’un consensus, d’un accord collectif, entre les différentes parties, et concernant un même corps de métier. Elle est donc subjective, et permet d’adapter l’objectivité du temps de travail à chaque travail particulier. Et mesurer le labeur humain ne me dérange pas, à partir du moment où nous sommes d’accords sur l’étalonnage de la mesure, et que cette mesure est faite pour apporter justement une notion d’équivalence, que n’apporte pas l’argent actuellement.

       » Si j’ai mis deux heures à ramasser des fruits dans les bois et que j’ai absolument envie – ou besoin – d’un banc en bois (ou d’une échelle pour cueillir mes fruits), est-ce que je ne peux pas me dire que mes deux heures de travail sont équivalentes à l’heure du fabricant de bois ?

      Là, tu te mets toi-même dans une situation où tu dévalorises ton propre travail. Tu acceptes une moins-value sur ton travail, à cause de la « pénurie », et de la concurrence. Mais en fait, ça n’a rien à voir avec mon système. Toi, dans ce cas, tu t’appropries les ressources, tu vas cueillir les fruits sans rien demander à personne, sur tes ressources, puis tu les négocies pour obtenir un échange. Tu attends le besoin, ou bien tu le crées en cassant les prix. Dans un système mutuelliste, tu ne pourrais pas t’approprier des ressources sans rien demander à personne, sauf si c’est pour ta propre consommation. Par contre, si tu vas en cueillir pour d’autres, c’est qu’ils te l’ont auparavant proposé. Qu’ils t’ont proposé d’aller ramasser des fruits dans leur bois, et qu’ils t’ont fourni l’échelle pour cela. Libre à toi, par contre (si pour pouvoir t’acheter le banc, tu veux obtenir rapidement l’argent pour acheter ton banc), de proposer d’avantage tes services, à d’avantage de personnes. Surtout si le banc vaut plusieures heures de travail, et que ramasser des fruits pour une personne ne te prend qu’une demi-heure. La différence vient du fait que tu passeras 8 heures à travailler pour 16 personnes qui veulent des fruits, alors que lui, travaillera 8 heures uniquement pour toi. D’où le besoin de réciprocité de l’argent.

       » J’ai l’impression que cette équivalence se base sur une même disponibilité des ressources de part et d’autre.

      Je crois qu’il y a autre chose qui te tracasses, et que tu essayes de formuler derrière cette phrase: et ça n’est pas à propos d’une équivalence des ressources, mais de l’outillage. Car effectivement, si mettons je suis un consommateur qui désire qu’un producteur me travaille mon hectare pour me produire mes 30 Qtx de blé, son travail ne me coûtera pas la même chose s’il le fait avec un âne, un cheval, un tracteur de 100 chx, ou un tracteur de 250 chx. Si c’est là le dilemne, alors c’est qu’encore une fois, tes questions précèdent mes articles. Car il s’agit de la deuxième contradiction économique: le problème de la rentabilisation de l’investissement. Mais l’investissement est fourni pas le consommateur. Comme pour ton échelle.

  2. goeland60 Says:

    Mes sincères excuses pour les « griffes ». Je suis plutôt un animal à (gros)sabots, avec les deux pieds dans le même sabot bien souvent 🙂

    Le ton parfois lapidaire de mes commentaires n’est dû qu’au moyen de communication utilisé. J’écris toujours au pas de course mes commentaires sur internet, car je ne trouve pas ça pratique (lire sur un écran d’ordinateur est très pénible pour mes yeux, qui ne sont plus de première jeunesse 🙂
    Je suis très différent, beaucoup plus à l’écoute, dans des relations « en chair et en os ».

    Mes sincères excuses pour cela.

    Maintenant quelques réflexions (quand même 🙂 sur le sujet.

    Mes commentaires sont à distinguer de mes opinions.
    Je connaissais les idées que tu exprimes ici, mais je ne les ai jamais lues exprimées avec autant de clarté et avec une approche personnelle aussi convaincante. Ce serait là mon commentaire (mais non mon opinion).

    Ma vision des choses reste en effet très différente de la tienne. Je comprends parfaitement ce que tu dis, je comprends chacun des mots que tu emploies, je les ai lus et relus attentivement, mais ma vision est profondément différente (je ne sais pas d’ailleurs s’il est très intéressant que j’en parle, car je viens plutôt ici pour te lire plutôt que pour débattre).

    Je ne cherche pas à savoir où est la vérité sur la question. Ca m’enrichit de lire tes articles, c’est avant tout l’essentiel, plus que le débat, qui dans le fond ne m’intéresse pas véritablement (pour les raisons que je vais justement préciser ci-dessous, et qui sont directement en rapport avec le sujet).

    Il est fort possible (et même probable) que j’aie tort sur le sujet en cours, car rationnellement je ne vois rien à redire à ton propos. Vraiment.
    Ma vision est simplement différente, au plus intime de ma conviction personnelle.

    Une question pour commencer : dirais-tu que l’économie mutuelliste que tu proposes est « équitable » ?

    Mon opinion (pour éclairer ma question) est qu’un échange ne peut être équitable. La raison en est qu’il n’y a pas pour moi « d’échanges » dans la vie.
    Il n’y a que des « dons » sans retour.
    Lorsque quelqu’un me donne quelque chose, si je lui donne à mon tour quelque chose, on qualifie cela « d’échange ».
    Don + don en retour = échange.

    Pour moi, cela n’a pas de sens. Le don en retour n’a aucune « valeur » relative au don reçu.
    Les dons ne sont pas mesurables les uns aux autres, ils n’y a aucun lien entre eux.
    Ils ont simplement lieu, sans notion de contrepartie. Même si les personnes qui font ces dons en attendent un échange. C’est pour moi une vision de l’esprit.
    Il n’y a pas d’échange. Donc pas d’équité.

    Je vais maintenant employer des mots qui font souvent sourire. Ce « don » en question est celui de la vie. C’est un don d’amour. Car la vie est amour.
    A savoir des dons sans retour, absolus.

    Ce n’est pas que l’on donne sans recevoir. C’est simplement que ce que l’on reçoit n’est pas lié à ce qu’on a donné.

    Sur un autre plan, celui du temps, on retrouve la même vision de ma part. Chaque instant est un instant d’éternité (ça fait sourire aussi à cause du côté mystique, mais pourtant cela n’a rien de mystique pour moi. Au contraire, c’est de l’hyper-réalisme, y’a pas plus concret pour moi que le don d’amour et l’instant d’éternité).
    C’en est tellement concret que ça provoque ces sourires gênés.

    Une minute est composée de soixante secondes sur une montre. Mais c’est simplement un instant d’éternité, composé d’une infinité d’instants d’éternité.
    Quelle importance de dire qu’il s’est écoulé soixante instants d’éternité pendant une minute ?
    Nous vivons dans l’éternité pour l’éternité. Aucune montre ne peut ressentir cela. Personne ne peut vivre cela pour une autre personne.

    C’est cela la seule réalité. Ni échanges, ni « heure de travail », pour moi.

    La vraie nourriture de l’être humain est cette éternité (qui n’a rien de religieuse pour moi), et cette nourriture est parfaitement physique. ce n’est pas un « plus » mystique que chacun peut « ressentir » mentalement ou pas.
    Certaines cultures « primitives » perçoivent cela. C’est justement ce qui fait leur intérêt. Elles ont une toute autre perception de la réalité que la nôtre.
    J’ai compris cela assez récemment, en lisant en particulier, un ouvrage sur le chamanisme paru chez Albin Michel, sous le titre « Anthologie du chamanisme » (auteurs Narby / Huxley).
    A travers la question du chamanisme (qui pour moi n’a été qu’un point de départ dans ma lecture), ce livre (recueil de textes très divers) m’a fait comprendre que les « sauvages » vivent dans une toute autre réalité que la nôtre.
    Et cela est à rattacher, pour moi, à la question du « don » et de « l’instant », dont je n’avais jamais perçu la dimension sociale jusqu’à présent (j’en avais perçu essentiellement l’aspect spirituel).

    Voilà pour ce que je pense.

    Au plaisir de lire la suite de ton travail sur l’économie, en tout cas ! Cela a le double intérêt pour moi de m’éclairer sur les fondements de l’économie (chapeau encore pour ta clarté, tes connaissances et tes idées), tout en me permettant de comprendre en même temps comment je perçois le monde (avec une plus grande clarté également).

    Merci donc pour tout ça.

    Bonne journée à toi !
    A bientôt pour la suite de tes écrits.
    Dominic

    • Ramite Says:

       » Mes sincères excuses pour les « griffes ».

      Si c’est pour le message d’hier que tu dis ça, il y a eu un beugue, 95% de ce que j’avais écrit a été effacé, et il n’est resté que le copié-colé de ton texte, ainsi que deux petites phrases sorties de leur contexte. Et je ne m’en suis pas aperçu tout de suite. C’est donc moi qui m’excuse, et tu ne dois tenir compte que de celui que j’ai réécri ce matin.
      En fait, lorsque je disais dans l’article précédent que je m’attendais plutôt à ce que tu sortes les griffes, c’était parce que je sais que tu es un contributeur du site anarchie verte, et du forum qui va avec (sur lequel je ne vais pas tarder à aller faire un tour, d’ailleurs, si vous voulez bien m’y accepter), et que je me montre souvent sceptique en ce qui concerne l’anarcho-primitivisme. Cet article était pour moi une sorte de conclusion sur cette théorie, sur laquelle je me suis longtemps penché, et plutôt favorablement d’ailleurs. Je m’attendais donc à recevoir des questions, ou des critiques, au minimum que des débats soient engagés. Tout comme en ce qui concerne la permaculture. Ton simple compliment m’a donc agréablement étonné.
      En fait, je ne te trouve pas si rentre dedans que ça, au contraire, tes interventions sont à chaque fois bienvenues. Ta vision des choses est intéressante. Elle correspond en partie à ce vers quoi je me refuse de tendre (communauté, « amour » ou don), mais en même temps tu l’exprimes très bien, et sans te prendre au sérieux. Donc tu m’obliges à réfléchir à des sujets inatendus. Tu as un certain spiritualisme, indéniablement, mais pour autant il ne s’agit pas de pur fantasmagorie mystique.
      Donc, je te le redis, n’hésite pas à écrire quand tu veux, tu es le bienvenu.

      Concernant tes réfléxions, maintenant 🙂 :
      En ce qui me concerne, le don me mets en général mal à l’aise. Je comprend ce que tu dis à propos du don, sans retour; du don inconditonnel. Mais en général, j’ai beaucoup de mal à savoir comment me comporter face à des gens qui se comportent en me donnant. Peut-être est-ce simplement par manque d’habitude, mais j’ai toujours l’impression de leur devoir quelque chose. C’est presque une sorte d’humiliation, parfois; un peu comme ce que doit ressentir un mendiant, la première fois qu’il mendie. Un sentiment d’infériorité. Il me semble que celui qui me donne le fait pour l’auto-congratulation que représente l’acte de donner. C’est peut-être bête, mais je me sens bien mieux, lorsque je demande de l’aide à un ami, si je peux lui proposer une autre aide en retour. Ou bien lorsque l’échange est convenu à l’avance. J’ai eu souvent, également, des expériences de malentendus, envers des personnes qui m’ont « donné », et qui en fait attendaient autre chose en retour, sans l’avoir formulé. C’est sans doute ce qui me pousse à cette recherche d’une valeur équitable d’échange.
      Merci pour les références, pour le livre sur le chamanisme; je me plongerai volontiers dedans un de ces quatre, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup 😉
      Et merci encore pour les compliments.
      (Enchanté, moi c’est Rémy)

  3. goeland60 Says:

    Moi c’est Dominic 🙂 Enchanté également !

    Ce que tu dis sur le don et l’échange m’a beaucoup intéressé. Il faudra qu’on en reparle !

    Cela me ferait plaisir de t’envoyer ce livre sur le chamanisme (je l’ai lu et je ne pense pas le relire, mon exemplaire est donc à ta disposition).

    L’intérêt de ce livre est qu’il consiste en un recueil de textes de toutes les époques (du 16ème siècle à nos jours) et sur toutes les facettes du chamanisme (le côté charlatisme, par exemple, ou bien l’observation ethnologique).

    J’ai lu plusieurs livres d’ethnologie pour essayer de « percer le mystère » de la culture « primitive », mais c’est celui-ci qui, indirectement, m’a « ouvert la porte ».

    Si tu n’as pas envie de le lire en ce moment (tu as déjà une activité impressionnante !!!), sache que je te le mets de côté bien volontiers pour plus tard.
    Par contre si ça te dit que je te l’envoie, n’hésite pas à me le faire savoir.

    A propos de l’anarcho-primitivisme, connais-tu les livres de François Couplan (par exemple « Vivre en pleine nature, guide de la survie douce ») ?
    C’est un livre qui n’a absolument rien d’un traité politique et qui ne parle à aucun moment d’anarcho-primitivisme, puisqu’il traite essentiellement de botanique (comment se nourrir uniquement à base de plantes sauvages).
    Pourtant, bizarrement, ce livre apporte pour moi quelque chose d’essentiel dans le concept de l’anarcho-primitivisme (en le faisant ressentir « de l’intérieur », en quelque sorte).

    L’anarcho-primitivisme est un terme assez peu représentatif, je trouve. Ou disons, qui sonne mal. Le mot « primitivisme » donnant une impression de passéisme, à mes yeux en tout cas.

    Je suis de ceux qui pensent qu’il faut associer les modes de vie ancestraux avec certaines des technologies que l’être humain a découvertes entre temps.
    Ce n’est donc pas du « primitivisme », au sens stricte. Et ça n’a rien de passéiste ou de nostalgique.
    Au contraire, c’est tourné vers l’avenir.

    Plutôt qu’anarcho-primitivisme, je préfère parler d’écologie-libertaire, ou d’éco-anarchisme, par exemple.

    Je suis en train de finir un texte sur ce sujet (une présentation sous forme romanesque et fictionnelle de ce courant de pensée, à travers l’autobiographie d’une éco-anarchiste qui a vécu de 2000 à 2050 :-).

    Je te le ferais lire volontiers quand il sera terminé.

    Bon, j’arrête de monopoliser la parole ! 🙂 Je vais plutôt aller lire ton article au titre mystérieux : « Viva Bolivia ! » ?? 🙂

    Bonne journée à toi ! Avec mes salutations ensoleillées depuis la Bretagne !
    D.

    • Ramite Says:

      Bonne idée !
      J’hésitais à proposer justement qu’on fasse des échanges de livres. Ta proposition est donc bienvenue. Mais dans quel coin de la bretagne te trouves-tu ? Je dois me rendre dans le sud-morbillan vers la mi-mai (au nord de Nantes), alors si tu n’es pas loin…
      Faut aussi que je regarde s’il n’y a pas un concert des ramoneurs de menhirs, en même temps 🙂
      Finalement, je vais avoir beaucoup de choses à faire là-haut.
      Ok pour le terme éco-anarchiste.
      Et merci pour l’ouverture des portes du forum, ce w e j’écrirai ma présentation. 😉

  4. goeland60 Says:

    Volontiers !

    Je suis sur Rennes, le moment venu on trouvera le moyen de se croiser quelque part ! Ca serait avec grand plaisir !

    Mon emploi du temps sur ces prochains mois est encore très flou, mais je te tiendrai au courant.

    Je te mets le bouquin de côté.

    J’attends la suite de tes articles sur l’économie ! Tu m’avais alléché avec le sujet du prochain !

    (Concernant le forum, je n’y suis qu’un humble « posteur ». Le cerbère de ses lieux est quelqu’un de plus qualifié que moi (je joue souvent les électrons libres 🙂

    En tout cas, je trouve que tu serais d’un très grand apport pour les idées de l’anarcho-bidule-truc-chouette, car tu fais partie de ceux qui ont la lucidité et la perspicacité qui permettent de dépasser l’aspect passionnel. Ce serait donc très enrichissant pour ce courant d’idées, qui reçoit actuellement un regain d’intérêt (me semble-t-il).

    Bonne journée à toi !
    Amicalement
    Dominic

  5. goeland60 Says:

    Une semaine sans un nouvel article de Ramite… Je suis devenu accro !

    Au plaisir de lire la suite (et le final) de ta série sur l’économie !

    Bonne journée à toi.
    Dominic

    • Ramite Says:

      Merci pour tous tes compliments;
      j’ai repris le boulot (je bosse dans les vignes), alors j’ai moins le temps. Le prochain article devrait être prêt ce we, mais ça ne sera pas le dernier. Deux articles me permettront de traiter de la deuxième contradiction économique; puis je passerai à la troisième, ensuite un article sur notre relation économique à la nature (que tu m’as inspiré), et enfin je pourrai conclure cette série économique. ouf 😀
      A + 😉

  6. Du principe de propriété « Graine de flibuste Says:

    […] de marché. Qu’est née la prédominance du producteur sur le consommateur, laquelle a entraîné la première contradiction économique, puis la deuxième, comme je l’expliquerai dans mon prochain article économique, par une […]

  7. Brouckaert Yves Says:

    Avec un énorme retard :

    Ramite et Dominic (j’ai osé!)

    Ma plongée dans le passé est lente, mais continue. Et je vais de surprise en surprise.

    Et pourtant, ce ne sont pas vraiment des surprises, puisque vous (et moi ?) tournez toujours autour du même pot.

    L’un avec une abondance d’idées sur des sujets complexes à l’envi; mais que l’on ne peut s’empêcher de lire et de rerelire, car c’est bien nécessaire!
    Et que peut-on opposer à tes raisonnements construits avec des pierres, Ramite, plus je te connais, plus je découvre un monde large et convivial, un monde qui pourrait engendrer les domaines mutuellistes que tu appelles de tes vœux.

    Il suffit de nous découvrir les uns et les autres, d’échanger nos savoirs (ils sont inégaux comme la durée des heures, évoquées supra), nos désirs, notre volonté d’être toujours des hommes et des femmes, quel que soit le fil du temps, et bien sûr « debout » (enfin, le temps strictement nécessaire!). (Simple allusion à la mort, qu’un « passant » avait dite de ma part idéalisée).

    Quant à ton correspondant, le modeste Dominic, ajoutant au fur et à mesure les trouvailles incroyables aux trouvailles inouïes et si simples – apparemment -, je distingue, en pointillé, un monde qui est le tien légèrement différent, mais tellement dissemblable!

    Je vous demande pardon d’intervenir dans ces échanges si riches. Je me sens tout petit.

    Mais j’entrevois qu’un moment viendra où, en pleine lumière, vous vous retrouverez dans les bras l’un de l’autre, lorsque tu auras compris, Ramite, la nature véritable du DON que conjugue avec tant de bonheur Dominic.
    Le don ne t’est pas facile à accepter, Ramite, peut-être parce que tu n’es pas tombé dedans tout petit, mais tout s’apprend, le plus souvent de manière intuitive.
    Le Don ne coûte rien, c’est comme un sourire, il enrichit celui qui le pratique par une sorte de gratification, un « plaisir solitaire » en quelque sorte.

    Mais si le Don devient partie intégrante de notre mode de vie à nous tous, « rencontres de hasard », dans notre utopia, le plaisir solitaire devient plaisir solidaire et universel, et là Dominic te retrouve et d’éco-anarchiste, devient anarchiste, tout simplement, comme toi (?). (rire)

    C’est bien un des mots autour desquels vous tournez incessamment, n’est-ce pas ?

    Je ne crois pas qu’il faille l’allonger de qualificatifs inutiles, car même si la propriété subsistait dans utopia, elle serait naturellement ouverte à tous et ne serait en aucune façon une barrière.

    Pour parler d’autre chose que tu évoquais ci-avant, Ramite, je préconise la spécialisation des savoir-faire. On perdrait beaucoup de temps à initier tout le monde à pouvoir tout faire.

    Déjà, nos petites Salers seraient bien malheureuses d’être traites par tout quiconque, même de bonne volonté, mais qui leur ferait mal, alors qu’en dire si l’ensemble du village devait s’en mêler ? Et puis, bonjour les mammites!

    A chacun ses compétences et son savoir.

    Toi tu nous enseignerais Voltaire et Jean-Jacques,
    Dominic nous raconterait Rousseau.

    Heureux de vous lire! C’est tellement rafraîchissant.

    Yves.

  8. Sébastien Junca. Says:

    LA PROPRIÉTÉ A-T-ELLE LA PRIORITÉ ?

    À l’heure où l’âge de la retraite vient d’être repoussé à 62 ans et où l’universalisation du profit et de la misère semble sur le point d’atteindre son acmé, la question posée en 1840 par Pierre-Joseph Proudhon – Qu’est-ce que la propriété ? reste d’autant plus d’actualité.
    Tout d’abord, ne serait-il pas légitime que les richesses produites par tout un chacun au cours de son existence professionnelle et laborieuse lui assurent, pour ses vieux jours, une juste rétribution ? Les fortunes dégagées par les entreprises, le commerce, les échanges de toutes sortes ne devraient-elles pas être redistribuées comme le clame Proudhon, à ceux-là même qui ont au moins la moitié de leur existence été les artisans et donc les légitimes bénéficiaires de ces profits souvent énormes ? « Quiconque travaille devient propriétaire ; ce fait ne peut être nié dans les principes actuels de l’économie politique et du droit. Et quand je dis propriétaire : je n’entends pas seulement, comme nos économistes hypocrites, propriétaire de ses appointements, de son salaire, de ses gages ; je veux dire propriétaire de la valeur qu’il crée, et dont le maître seul tire le bénéfice . »
    Ne sont-ce pas là les véritables actionnaires, autrement dit ceux qui, par leur action ouvrière ont participé à la transformation de la matière brute ? L’ouvrier, l’employé, le salarié de manière générale n’a-t-il pas droit au même statut que l’inventeur qui perçoit sur chaque produit manufacturé et vendu un juste bénéfice ?
    « Mais la propriété privée des moyens de production autorise le capitaliste à rémunérer le travailleur non sur la production à laquelle il a contribué comme élément du groupe, mais sur la base individuelle de ce qu’il aurait produit s’il avait été privé de la force collective de l’atelier. Le capitaliste empoche la différence et ce surplus engendré par la collectivité est soustrait aux travailleurs. Le propriétaire perçoit une rémunération du fait de sa propriété sans y apporter son propre travail . »
    Sur des salaires le plus souvent injustes au vu du travail fourni et des richesses produites en commun, l’ouvrier est à nouveau mis à contribution. Ceci afin de gaver des caisses de retraite et d’assurance-maladie dont il ne sera jamais assuré de retrouver l’argent qu’il y a contre son gré englouti. Les gains et les dividendes qu’il a générés tout au long de sa vie par son propre travail seraient largement à même d’assurer les dépenses quotidiennes de ses années de retraite amplement méritée. Qui plus est, tout cet argent arbitrairement et injustement ponctionné sous couvert d’une solidarité intergénérationnelle de façade, ne servira, par l’intermédiaire des organismes financiers les plus divers, qu’à alimenter la spéculation et enfler les profits grâce à l’argent et donc au travail de l’ouvrier sous-payé, abusé, exploité, corvéable à merci et souvent remercié. Un ouvrier le plus souvent dépouillé de sa vie, de son temps libre, de sa santé physique et parfois mentale ; de ses rêves, de ses idéaux, de sa liberté et parfois même de sa dignité. Enfin, cet argent habilement extorqué à tous les travailleurs du monde par les professionnels de la spéculation et de la spoliation puis « blanchi » par les différents organismes patentés de l’économie dite libérale, est finalement prêté à des taux scandaleux à ces mêmes travailleurs contraints de s’aliéner leur vie durant pour rembourser au centuple des sommes qui leur revenaient de droit. Enfin, ces dividendes, quand ils ne sont pas ponctionnés par les différents organismes privés ou d’État ; quand ils ne sont pas aussi réinjectés dans l’outil de travail afin d’en accroître toujours plus la productivité et le trésor de guerre, sont arbitrairement reversés à ceux-là seuls qui se sont arrogé un droit de propriété illégitime. Car l’outil de travail lui-même, s’il est né de l’initiative d’une poignée de décideurs, n’en demeure pas moins le fruit du travail de tous. La survie et la croissance de n’importe quel organisme, qu’il soit biologique ou mécanique et industriel, ne sont pas seulement dues à sa seule « matière grise ». Chaque fibre, chaque cellule participe de la cohésion et de la croissance du tout. À partir du moment où le concepteur ou inventeur s’est vu dans l’obligation de s’adjoindre différents collaborateurs afin de faire vivre et développer son entreprise ; cet outil de travail lui-même est devenu implicitement la possession de tous, présents ou absents, parce que fruit du travail et de la participation de chacun. […] (Lire la suite sur http://les-naufrages-de-dieu.over-blog.fr ).

    Sébastien Junca.

  9. Introduction à la théorie de l’homéostasie libertaire « Le blog mutuelliste de Ramite Says:

    […] génèrent tout un tas de petites incompatibilités ou difficultés marginales. Par exemple, une monnaie/travail basée exclusivement sur le temps de travail empêche nombre de métiers d’obtenir une rentabilité suffisante, que ce soit de par la qualité […]

  10. Principes mutuellistes de la libre économie | Le blog mutuelliste de Ramite Says:

    […] les profits générés par les différents producteurs (j’ai déjà parlé de cela dans un article précédent, puisque cette proposition était celle à laquelle j’adhérais alors). Plus tard, il ajouta […]

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