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La grande réussite du bien marchand

4 janvier 2010

Ou la dépendance économique des individus

« S’il est glorieux de charmer et d’instruire les hommes, il est honorable aussi de les nourrir » Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ?, livre III    

Les individus doivent s’assurer la subsistance ; il en va de leur survie. Pour cela, les animaux, en général, se contentent de prélever dans leur environnement ce qui leur est nécessaire. Certains stockent leur nourriture, pour l’hiver par exemple, mais très peu cultivent des plantes ou des champignons, ou élèvent d’autres animaux, comme nous. Les seules qui ont de telles pratiques, à ma connaissance, sont les fourmis. Les fourmis cultivent de petits champignons, dans des cavités sous terre, et élèvent des pucerons, qu’elles « parquent » sur des plantes choisies pour eux, et qu’elles « traient » tous les jour, pour leur en extraire le miellat. L’agriculture et l’élevage existent donc dans la nature ; ils n’ont à priori rien de contre-nature.    

Mais pour certains, notamment la doctrine de l’anarcho-primitivisme, qui prône un retour de l’humanité au statut de chasseur-cueilleur, l’agriculture serait la principale cause des maux actuels de l’humanité, notamment des inégalités économiques, avec l’apparition de riches et de pauvres, et des inégalités sociales, avec l’apparition de classes sociales et de hiérarchies, et surtout d’un impact environnemental désastreux. D’où viennent donc ces maux, que n’ont pas les fourmis ? Ne sommes nous donc vraiment pas faits pour l’agriculture et l’élevage ? Ou cette évolution est-elle simplement trop récente pour que nous sachions gérer correctement ses conséquences ? Je ne vais pas m’intéresser pour le moment à la question de l’impact environnemental de l’agriculture, ni à son impact sur les organisations sociales, mais seulement à son impact sur les liens et les échanges économiques entre les individus ; aux modifications des relations économiques que le passage du statut de chasseur/pécheur/cueilleur, à celui d’agriculteur/éleveur, a entraîné.     

     

Les origines de l’économie individualiste :     

Lorsque nous étions chasseurs-cueilleurs, nous faisions partie de ces animaux qui prélevaient simplement dans leur environnement ce qui leur était nécessaire, dans un territoire, jusqu’à-ce qu’il n’y ait plus rien de disponible, ou plus suffisamment, avant de se déplacer sur un autre territoire. Nous avions face à notre environnement une relation individualiste. Je n’utilise ce terme sous aucune forme péjorative, bien sûr ; il s’agit seulement de décrire au mieux cet état de fait. Mais nos rapports économiques entre humains étaient quasiment inexistants. Tout juste existaient-ils de manière familiale, les individus dans la force de l’âge offrant les fruits de leurs récoltes à leurs enfants, voire à leurs parents âgés. Les familles sont devenues des groupes, des tribus, certes plus importants que les simples familles, mais suffisamment petits pour que puissent perdurer ce type d’échange « familial » entre membres du même groupe, considéré alors comme une communauté. Les chasseurs-cueilleurs prélevaient de manière individualiste les fruits et le gibier de leur environnement, lesquels étaient immédiatement destinés à être consommés par le préleveur lui-même, voire par des individus de son cercle familial ou de sa communauté.    

Tant que nous sommes restés chasseurs-cueilleurs, ce type d’économie a pu perdurer. Le labeur était peu important, les individus peu nombreux et donc proches, pour ne pas dire intimes, et il n’y avait donc aucun besoin de quantifier les échanges entre individus, ni de les équilibrer. Ainsi, dans les tribus de chasseurs-cueilleurs que l’on connaît aujourd’hui, on peut s’apercevoir que les individus y travaillent en moyenne deux heures par jour dans les pays chauds, et à peine un peu plus dans les pays plus froids, où notamment les besoins de se chauffer et de se vêtir chaudement, s’ajoutent au labeur ; et ce type de structures sociales dépasse rarement les deux cents individus, sur des territoires de plusieurs dizaines de kilomètres carrés, et qui vivent toujours de manière très proche au sein de leur communauté, souvent même dans de grands bâtiments communs.    

        

     

La naissance des systèmes agricoles :     

Le passage à l’agriculture s’est évidemment fait très doucement, les hommes s’étant certainement aperçus qu’à l’endroit où ils avaient jeté les restes de fruits, les plantes, qui donnaient ces fruits, repoussaient toutes seules. En les favorisant, on obtenait alors des fruits à proximité du village, et ainsi on avait moins besoin d’aller chercher plus loin ces fruits, ces plantes, ces graines, qui poussaient désormais sur place ; et finalement plus besoin du tout de déplacer régulièrement le village sur de vastes territoires, comme c’était souvent le cas auparavant. De même avec les animaux capturés vivants dans des pièges, qu’on a gardé pour les laisser se reproduire sur place avant d’enfin les consommer, une fois assurée la régénération de cette ressource.    

Cette évolution a du être très progressive, et il a fallu du temps pour que la sédentarisation soit effective. Suivant les lieux, bien sûr, les techniques ont varié. En forêt tropicale, la vitesse de régénération des adventices a obligé les populations locales à pratiquer une agriculture sur brûlis, où le feu sert à défricher une portion de forêt, pour pouvoir facilement y cultiver des légumes verts et des tubercules. Pour éviter un labeur énorme, cette technique a été développée en rotation : on évite le désherbage en abandonnant aux repousses d’arbres les parcelles cultivées, au bout de deux ans, et on en brûle une autre, pour laisser la première se régénérer totalement avant de la brûler à nouveau. Dans ce système, l’élevage reste un très léger appoint, et ne remplace pas du tout la chasse, à cause de la vie semi-sédentaire qu’elle implique.     

En d’autres endroits, l’élevage a été bien plus prédominant, comme en Europe du nord, où les adventices, une fois la forêt défrichée avec de l’outillage, devenaient la base de pâtures pour de grands et gras troupeaux, qui du coup contenaient la forêt. Dans ces régions, l’agriculture était moins prédominante, la sylviculture étant du coup d’avantage pratiquée, que ce soit au milieu des pâtures, avec des fruitiers et des noix ou noisettes, ou que ce soit avec des forêts de chênes, pour nourrir les troupeaux de porcs ; l’agriculture « universalisée » telle qu’on l’entend aujourd’hui n’est arrivée dans ces régions que bien plus tard, par transmission, avec l’importation de nouvelles méthodes depuis d’autres régions, la charrue notamment, et la domestication pour le trait, du cheval ou du bœuf.    

Dans les régions de steppes, les peuples qui suivaient les grands troupeaux migrateurs s’en sont approprié de petits exemplaires, moutons, chèvres, rennes, buffles, vaches et zébus, chevaux, chameaux ou dromadaires, et sont devenus des éleveurs nomades, vivant alors surtout de produits laitiers frais ou transformés et prélevés sur ces troupeaux, parfois de leur viande, et aussi beaucoup de cueillette. Cette adaptation agraire est également une forme de sédentarisation, ces peuplades s’étant approprié des pâturages et des territoires fixes, bien qu’elles se déplacent plus ou moins, régulièrement, au sein de ceux-ci.    

Et enfin, au bord de grands fleuves marécageux, dans des deltas ou des méandres, des techniques d’irrigation ont permis, par la submersion contrôlée, ou par l’apport de quantités importantes de limons par les crues naturelles, d’éliminer efficacement et régulièrement les adventices, et de développer des formes d’agricultures permanentes, notamment avec l’utilisation importante de céréales, orge, épeautre, et millet dans le croissant fertile, ou maïs en Amériques, riz en Asie du sud-est, mil et sorgho en Afrique sub-saharienne ; mais aussi de nombreuses légumineuses, soja, fèves, lentilles, pois chiches, haricots, etc.. L’élevage, par contre, dans ces environnements, a été peu important, au mieux constitué de quelques volatils, oies, canards, poules ; certaines même de ces peuplades ayant évolué vers le végétarisme, comme en Inde.    

Par contre, seule cette dernière forme d’agriculture, avec les céréales et les légumineuses, a permis le stockage à long terme des aliments, grâce à leurs grandes facultés de conservation, ainsi que leur transport sur de longues distances, rendant possible l’approvisionnement et donc l’émergence des premières agglomérations. C’est donc cette seule forme d’agriculture qui a permis le formidable essor des premières civilisations, et qui ont permis leur expansion, jusqu’à aujourd’hui, où cette adaptation paraît presque universelle.    

Mais en réalité, suivant les climats, les lieux, et les ressources, les adaptations ont donc été assez diverses. Les choix stratégiques sur la gestion de ces ressources furent différents. L’ « invention » de l’agriculture n’a donc pas été brutale et universelle, elle s’est traduite par une palette d’adaptations différentes, correspondant à des situations bio-géographiques différentes.    

Mais si de telles adaptations différentes sont apparues partout sur la planète, c’est parceque ces adaptations eurent toutes la même finalité, celle d’apporter d’avantage de sécurité et de confort. Par les stocks, ou par la présence perpétuelle, à proximité du lieu de vie, de ressources animales ou végétales, les humains ont ainsi amélioré la sécurité et la régularité de leur subsistance ; par une sélection de ressources, ils ont augmenté la disponibilité de celles qui leur convenaient le plus, et les ont améliorées ; par la concentration de leurs ressources, ils ont diminué la taille de leur territoires, et donc réduit la difficulté de les défendre ; et par la sédentarisation, la plupart ont pu améliorer leurs habitats, les protéger, les embellir, etc.. Mais ces stratégies ont eu par contre un inconvénient majeur : elles ont augmenté le labeur nécessaire à la subsistance, jusqu’à le faire doubler pour le même résultat.     

     

C’est également pour cette raison, que le passage vers l’agriculture a été lent et progressif : personne, en effet, ne serait d’accord pour travailler deux fois plus, pour un même résultat, même si cela permet d’augmenter légèrement le confort et la sécurité. Si cela a progressivement été rendu possible, c’est qu’il y a eu une évolution dans les relations économiques des individus.      

     

La première contradiction économique :      

Car si le labeur double au niveau du temps de travail, la technicité du labeur, elle, augmente bien plus. Le nombre de tâches différentes est démultiplié, on passe de trois tâches principales, chasse, cueillette, et pèche, à – outre ces trois-là – le travail du sol, la plantation et l’entretien des plantes, le désherbage, la sélection et la conservation des semences, la conservation des denrées périssables, notamment par la transformation en produits fermentescibles ; l’entretien des bêtes, la création et la réparation de nombreux et divers outils, la création et l’entretien de bâtiments plus grands, ou plus diversifiés (greniers, stabulations, habitations,…), la taille, le greffage, et l’entretien des arbres et des lianes et arbustes, le stockage du bois de chauffage (qu’on ne peut plus se contenter de ramasser, mort, au cours de migrations, mais qu’il faut désormais abattre sur pied, et laisser sécher), de techniques et travaux d’irrigation, et certainement d’autres techniques encore, que j’ai du oublier.    

Et cette augmentation de la technicité a nécessité une évolution dans les rapports économiques ; cette évolution, c’est la spécialisation des individus. Cette spécialisation des individus a permis d’augmenter l’efficacité de leurs tâches respectives, et donc de diminuer le labeur en le répartissant, mais a également eu comme principal défaut, de rendre les individus dépendants les uns des autres.    

En fait, une spécialisation des individus existait déjà, auparavant, entre les hommes et les femmes, puisque nous avons toujours – ou depuis très longtemps en tous cas – eu besoin d’être en couples, pour concevoir, nourrir, protéger nos enfants, et leur transmettre un certain nombre de connaissances pour leur permettre de s’affranchir ensuite de la tutelle de leurs parents, et de devenir autonomes à leur tour. Les hommes s’étaient donc naturellement tournés plutôt vers la chasse et la pêche, et les femmes, plutôt vers la cueillette, et la transformation des aliments. Les hommes, plutôt vers la construction et l’entretien de l’habitat, les femmes plutôt vers l’aménagement et la gestion intérieure de celui-ci. Ainsi, par la spécialisation, les hommes et les femmes ont respectivement amélioré leurs techniques respectives, leurs connaissances, leurs facilités de transmission, etc., en un mot, ils ont amélioré l’efficacité de leurs tâches respectives.    

Mais les deux sexes étaient, de toutes façons – et sont toujours – dépendants de leurs différences originelles. Ces spécialisations ne créaient donc pas encore de contradiction. Les individus d’une même communauté, de même sexe ou non, avaient bien évidement chacun un talent particulier, puisque dans chaque discipline l’un d’entre eux avait forcément l’avantage sur les autres, l’un visant mieux à l’arc, l’autre courant plus vite, et donc étant le plus apte à rattraper une proie, le troisième ayant plus l’œil pour faire tenir durablement une construction ; l’une cuisinant mieux les viandes que les autres, l’autre sachant mieux utiliser les plantes pharmaceutiques, la troisième arrivant mieux que les autres à distinguer tel ou tel champignon au milieu de feuilles mortes, etc.. Mais ces caractères particuliers, ces talents, ne donnaient pas lieu à une spécialisation, d’autant plus que la plupart du temps ils étaient basés sur des qualités physiques, nullement dues à un apprentissage particulier, et que le peu de tâches différentes du groupe permettait à chacun de pouvoir effectuer toutes les tâches, chacun son tour, ou collectivement, et de savoir les effectuer toutes. C’est lorsque de nouvelles tâches sont apparues que les talents sont devenus des spécialisations.    

Au début, nos aïeux ont du rester encore longtemps pluri-disciplinaires, mais, petit à petit, ils se sont spécialisés d’avantage, au sein de leur communauté, jusqu’à devenir tous des « spécialistes ». Ils ont effectué de moins en moins de tâches, jusqu’à n’en avoir plus qu’une, très productive, et à renoncer à toutes les autres. Et lorsque l’individu est devenu un spécialiste, il n’est alors plus du tout autonome. Il est devenu totalement dépendant des autres. Car la communauté, dans laquelle les individus utilisaient collectivement leurs ressources, est devenue une société, dans laquelle les individus spécialisés échangent les fruits de leurs labeurs respectifs, et donc de leurs ressources respectives.     

Et voici la première contradiction économique : la spécialisation des individus augmente l’efficacité, et donc diminue le labeur, mais rend les individus dépendants de l’économie.     

Et les individus sont tant et si bien dépendants de l’économie, qu’ils ne pourraient pas accomplir seuls, toutes les tâches que le mode de vie agro-sylvo-pastoral nécessite, tellement elles sont nombreuses, et tellement le labeur serait énorme. Seuls les papous de Nouvelle-Guinée ont pu développer leur agriculture tout en faisant perdurer un mode de vie communautaire et non spécialisé, grâce au sagoutier, dont la récolte ne demande, pour une semaine de consommation familiale, qu’une demi-journée de travail à un homme seul.     

En tous cas, il s’agit très certainement de ces raisons qui poussent les anarcho-primitivistes à vouloir un retour progressif à l’économie des chasseurs cueilleurs. Ils veulent un retour à l’indépendance originelle de l’individu. Un retour à l’éden, en quelque sorte. Mais il est évident qu’un retour à une telle économie ne serait absolument pas envisageable sans un cataclysme quelconque, causant la disparition des 9/10° de l’humanité, car ce mode de vie nécessite de vastes territoires par communauté, et donc une densité de population très faible, de moins d’une dizaine de personnes par kilomètre carré. Si on ne veut pas attendre un tel cataclysme, ni le provoquer, il nous faut donc concevoir et mettre en place une économie, qui permette de conserver l’indépendance économique des individus, tout en conservant une spécialisation des tâches, de manière à ne pas augmenter leur labeur. Mais pour cela, voyons d’abord comment a évolué notre économie depuis ce changement de mode de vie.     

     

La fondation de l’économie individualiste :      

Comme nous étions individualistes dans nos rapports aux ressources en tant que chasseurs-cueilleurs, nous avons poursuivi ce rapport, en restant individualistes, lorsque nous sommes devenus agriculteurs-éleveurs. Auparavant nous nous appropriions les ressources que nous prélevions dans notre environnement, puisque le fruit ou le gibier, une fois prélevé, était immédiatement destiné à être consommé, par la personne qui le ramassait, ou au mieux par le cercle familial ou communautaire de cette même personne. Et lorsque le fruit et le gibier sont devenus des produits (puisqu’il a fallu une production, un travail, pour le produire), le travailleur, le producteur, lorsqu’il a eu besoin d’échanger, s’est considéré comme étant propriétaire des produits de son travail, des fruits de son labeur. Et il a collectivement été considéré comme tel.     

Peut-être pas au début de l’agriculture, où les échanges ont perduré en tant que dons, dans le cercle communautaire, mais ça l’est devenu à mesure que les communautés se sont agrandies et multipliées. En effet, l’agro-sylvo-pastoralisme a permis, nous l’avons vu, de diminuer le territoire nécessaire par individu. Et d’assurer un certain confort, et une certaine sécurité, qui ont conduit à une croissance des populations. Les communautés ont donc augmenté en taille et en nombre, en diminuant leurs territoires respectifs. De plus, certaines spécialités individuelles peuvent être échangeables avec bien plus qu’une communauté de deux cent personnes : si un boulanger peut vivre en faisant du pain pour quelques dizaines de familles, un spécialiste de la greffe des arbres ne pourra vivre de cette spécialité qu’en travaillant pour les sylviculteurs de plusieurs dizaines de communautés. En Nouvelle-Guinée, les papous étant sédentaires et cultivateurs, c’est une unique ethnie, composée de quelques communautés peu nombreuses, qui fournit les pierres nécessaires à la conception des haches ancestrales, à toute l’île, en les échangeant contre d’autres produits, notamment alimentaires. Et c’est ainsi que les échanges vont progressivement apparaître, d’abord au sein de communautés de plus en plus vastes, puis entre les communautés. Ces échanges vont se formaliser, des valeurs fictives d’équivalence apparaissent, et aboutissent à la création de l’argent.     

Partout, les producteurs vont s’approprier leurs supports de travail, leurs outils de travail ; les nomades vont s’approprier des troupeaux, et les cultivateurs vont s’approprier la terre en se sédentarisant, les éleveurs les pâturages. Mais surtout ils vont s’approprier les produits qu’ils auront fabriqués, pour pouvoir les négocier, en vue d’un échange ; pour pouvoir les vendre. Ainsi, le producteur ne va plus seulement produire, et attendre que son produit soit acheté, il va le vendre ; il va créer le besoin pour le vendre. Il va faire de la publicité. Il devient donc dépendant de ses « clients ». Non seulement pour sa propre subsistance il est dépendant de ses congénères, du fait de sa spécialisation, mais en plus, sa production, son labeur, ou plutôt la valeur échangeable de celui-ci, devient dépendante des autres consommateurs, des clients. S’il ne vend pas ses produits, ses services, il n’obtiendra pas de moyen de subsistance.     

De plus, les supports de travail, et les ressources elles-mêmes, vont pouvoir se vendre. La terre prend de la valeur, de même que le bétail ou les semences. Du coup, de cette propriété, la spéculation va naître : Des commerçants vont lui acheter des stocks, et les revendre plus chers, avec leurs marges prise sur la vente, ou sur le transport. On va, avec la marchandisation des terres et des ressources, créer des inégalités, certains possédant d’avantage de ressources que d’autres. A force de spéculation, des monopoles vont apparaître ; le producteur pouvant offrir le prix le plus bas pour un même produit remportera la vente, et donc aura un avantage monétaire. Au final, certains, qui n’arriveront pas à vendre leurs produits, ou qui n’arriveront pas à les vendre à un prix suffisant pour vivre, ne vont plus pouvoir se payer les autres produits qui leur sont nécessaires. Ils vont devoir vendre leurs outils, leurs ressources, leurs terres ; et il ne leur restera que leur force de travail à négocier sur le marché. Ils vont devenir des ouvriers, travaillant pour des propriétaires, fabricant des produits qui resteront entre les mains de ceux-ci, en échange d’une rémunération qui restera toujours inférieure à la valeur monnayable des produits que le travailleur aura fabriqué pour cela.     

« La civilisation industrielle s’est développée dans le cadre de mythes commodes. Le moteur de la société industrielle moderne, c’est le gain personnel, qu’on juge légitime, et même méritoire, sous le prétexte que les vices de l’un font la prospérité de tous » Noam Chomsky, Manufacturing consent    

Aujourd’hui, même l’argent peut être monnayé ; ceux qui en détiennent de grandes quantités en vendent, sur les « marchés financiers », contre des intérêts, ou avec des marges prises sur les différences de valeur de différentes devises. Cette loi de l’offre et de la demande, le marché, qui a été universellement admis depuis l’agriculture, rend les individus doublement dépendants, à la fois de l’offre, et de la demande. En tant que consommateur, et en tant que travailleur. Et cette dépendance est la cause d’une immense insécurité individuelle. La valeur économique globale de la société augmente, à mesure qu’augmente la spécialisation, et que le labeur est réparti entre les mains de travailleurs de plus en plus spécialisés, mais en même temps, les individus sont, proportionnellement, en état de dépendance et d’insécurité économique croissante.       

 

Greve du lait, dû à l'effondrement des prix

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