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Mutuellisme et échiquier politique

24 juin 2010

Je vous propose aujourd’hui une synthèse de l’ensemble de l’échiquier politique, et plus particulièrement des différents courants libertaires et anarchistes, afin de mieux y situer le mutuellisme. Cette vision est bien sûr la mienne, et certaines explications peuvent déplaire à certains, convenir à d’autres. Il n’en reste pas moins que cette vision personnelle est le résultat d’un long travail de documentation et de réflexion, et que j’essaye de la proposer de la manière la plus honnête qui soit, sans aucune classification qualitative de ma part.  Ce n’est qu’une description de ce que j’ai compris des différents courants, en me basant sur leurs propres explications.

L’échiquier politique :

En règle générale, on a pris pour habitude de se représenter l’échiquier politique en une seule dimension, allant de l’extrême gauche et de la gauche, à la droite et à l’extrême droite, en passant par le centre. Les choses sont en réalité bien plus complexes, et il conviendrait mieux de répartir les différents courants politiques en deux dimensions, donc à la manière d’un échiquier, voire même en trois dimensions. La première dimension étant la dimension sociale, au sens « civile » du terme ; la deuxième étant la dimension économique ; et la troisième, la dimension écologique. Mais passons pour l’instant sur la troisième dimension, et considérons-en simplement deux, avec les dimensions économiques et sociales.

Une répartition en deux dimensions convient déjà bien mieux, auquel cas, des courants radicalement différents peuvent être assimilés en un même « camp », par exemple le camp de droite, ou bien le camp d’extrême gauche, bien qu’ils défendent des idées radicalement différentes. Par exemple, les trotskistes et les anarcho-syndicalistes sont regroupés avec les communistes, dans la catégorie « extrême gauche », parce que tous défendent un collectivisme économique, malgré qu’ils défendent des positions totalement opposées en ce qui concerne les libertés individuelles, le centralisme politique, etc.. De même, les libéraux, en général classés à droite, sont assimilés aux conservateurs, alors que les libéraux, en plus de défendre les libertés économiques, défendent aussi les libertés civiles, ce qui n’est pas le cas des conservateurs.

Etudions donc chacune de ces dimensions, et ce qu’elles nous permettent de distinguer :

La dimension sociale concerne surtout la question de l’autorité, et de la hiérarchisation sociale. On a, d’un côté, les tendances les plus autoritaristes : absolutismes, et autres systèmes autocratiques où le culte de la personnalité du dirigeant est de rigueur ; et de l’autre, les tendances libertaires, refusant les différentes formes de hiérarchisation, et prônant la démocratie directe, fédérale ou participative, voire même, tout en haut, les tendances individualistes, (parfois, également dénommées acrates), refusant toute forme de gouvernement autre que volontairement consenti, et prônant plutôt la libre association et le confédéralisme. Entre les deux, on retrouve bien évidemment différentes tendances « centristes », passant successivement par les parlementaristes (monarchies parlementaires), puis par les oligarchistes (prônant en général un pouvoir élitiste, et allant des républicains « romains », et du bonapartisme, à certaines démocraties populaires oligarchiques), et enfin par les démocrates (représentativité parlementaire des citoyens).

La dimension économique concerne la question de la collectivisation et du libéralisme. D’un côté se trouvent les tendances totalement collectivistes, c’est-à-dire les communistes, suivis par les collectivistes, puis par des tendances encore moins collectivistes, jusqu’aux tendances les plus libérales, prônant la souveraineté économique absolue, et une séparation totale entre l’état ou les citoyens et l’économie, un non-interventionnisme, et une absence de législation économique.

Si l’on répartit donc les différents courants politiques sur un tel échiquier, avec la dimension sociale en ordonnée (allant des autoritaristes aux libertaires), et la dimension économique en abscisse (allant des collectivistes aux libéraux), on obtient un tableau de ce  type, bien plus représentatif des différents courants, et de leur situation sur l’échiquier politique :

Dans un tel tableau, non seulement les différents courants politiques sont bien mieux répartis, mais on peut également plus facilement en dégager, tout à fait logiquement, de grands ensembles. On y retrouve la gauche, la droite, ainsi que, en bas, l’extrême gauche et l’extrême droite, autoritaires, qui se « rejoignent » dans la catégorie des étatistes. Et on a, en haut, la catégorie des libertariens, où se rejoignent les « libertaires de droite », et les « libéraux de gauche ». Le mutuellisme, pour sa part, est situé parmi les courants libertaires, à la frontière entre la gauche libertaire et le libertarisme.

Les différents courants libertaires :

Voyons maintenant ce qui distingue le mutuellisme des autres courants libertaires. Les différents courants libertaires sont, comme le montre le précédent tableau, tous situés à peu près sur une même dimension, celle de la souveraineté individuelle sociale. On a, tout en haut, les tendances les plus individualistes, auxquelles je m’apparente (si vous désirez avoir une meilleure idée de ce qu’est l’individualisme, je vous invite à lire cet excellent article du blog flegmatique d’Anne Archet, dans laquelle cette notion est on ne peut mieux définie, et où elle oppose sa vision anarcho-individualiste, à l’anarchisme « social-démocrate » de Noam Chomsky) ; et en bas, les tendances les plus « centristes » parmi les libertaires, que sont les démocrates libertaires, prônant une organisation des états en démocraties directes (fédérales ou participatives). Les tendances anarchistes constituent l’intermédiaire, réclamant l’avènement de démocraties directes non étatiques, c’est-à-dire sans aucunes institutions militaires ni régaliennes.

On peut ensuite, sur cette même dimension sociale qui les rassemble, distinguer les différents courants libertaires par leur dimension économique, selon qu’ils sont plus ou moins libéraux, ou plus ou moins collectivistes. De la droite vers la gauche, les différents courants libertaires se distinguent donc par un collectivisme croissant, ceux situés les plus à droite n’étant nullement collectivistes, et ceux situés les plus à gauche l’étant totalement.

Dans une telle répartition des courants libertaires, on a donc, de droite à gauche :

– Les libertariens, qui ne sont en rien collectivistes. Ceux-ci défendent une liberté économique totale, et donc une souveraineté économique individuelle sur tous les plans : les ressources peuvent faire l’objet d’une appropriation individuelle ; la monnaie (ou plus généralement la valeur d’échange des produits et services) est le résultat d’une négociation individuelle ; les outillages sont utilisés individuellement, tout comme les ressources, pour une production individuelle ; et la consommation ressort bien entendu également d’une souveraineté individuelle.

– Les georgistes (de Henry George) et les géolibertariens, sont, tout comme les capitalistes libertaires, pour l’économie de marché, mais défendent une seule forme de collectivisme : celle des ressources, qui ne peuvent pas, selon eux, faire l’objet d’une appropriation individuelle, ou bien en l’échange d’une contrepartie, d’un dédommagement financier, envers ceux qui sont alors privés de cette ressource, du fait de l’appropriation individuelle (c’est ce que l’on appelle la « Land Value Tax »).

– Les mutuellistes, parfois également appelés mutualistes libertaires, non seulement désirent la collectivisation des ressources, mais également et surtout la collectivisation de la monnaie. Par la collectivisation de la monnaie, ils entendent appliquer le principe d’équivalence à la valeur du travail, rendant tout travail équivalent à un autre, la monnaie devenant alors, non plus le résultat d’une négociation individuelle (un résultat de l’équilibre offre/demande), mais plutôt d’une valeur/travail collectivement fixée, empêchant ainsi toute spéculation sur le travail. La production reste individuelle, tout comme les outillages et la consommation, donc c’est une tendance relativement « libérale », mais l’utilisation des ressources est usufruitière, et la valeur d’échange est collectivement fixée. (à noter toutefois que certains mutuellistes se contentent du collectivisme de la monnaie, définissant la valeur des ressources, et donc la possibilité de leur appropriation, simplement en fonction du travail qu’elles nécessitent).

– Les collectivistes libertaires défendent la collectivisation de la production, et par là des ressources et des outillages, et de la monnaie. Mais la consommation reste du ressort de la souveraineté individuelle, la rétribution du travail étant alors proportionnelle au travail fourni par l’individu.

– Enfin, les communistes libertaires sont pour la collectivisation économique générale, appelée planification, c’est-à-dire que même la consommation est collectivisée, la production collective étant répartie entre les individus de manière égalitaire, donc sans besoin d’aucune monnaie (ou alors une monnaie symbolique). Ce système ne laisse bien entendu aucune liberté économique, les individus étant alors sommés de produire collectivement les denrées nécessaires à la consommation collective, chacun obtenant ensuite sa part de consommation.

Le mutuellisme :

Comme tous les courants libertaires, le mutuellisme est constitué de tendances plus ou moins individualistes ou plus ou moins démocrates. La plupart des mutuellistes s’ignorent, d’ailleurs, mais ils peuvent en tous cas être tous caractérisés par leur tendance à se tourner vers une économie plutôt libérale, tout en recherchant à la rendre moins spéculative, voire a-capitaliste, et surtout vers des systèmes monétaires collectifs et basés sur une valeur/travail d’équivalence, comme les SELs (Systèmes d’Echanges Locaux), où une heure de travail s’échange contre une heure de travail. Les mutuellistes se caractérisent également en général par un refus (tant que cela reste possible) d’une démarche révolutionnaire d’affrontement, désirant plutôt un gradualisme, c’est-à-dire une transition économique amorcée par les individus eux-mêmes, une prise en main individuelle et collective de l’économie et de nos inter dépendances.

La troisième dimension :

La troisième dimension est la dimension écologique. Elle s’applique également à tout l’échiquier politique, et permet encore de distinguer différentes tendances parmi ces mêmes courants, selon qu’ils considèrent que l’environnement est destiné à l’usage de l’homme, et que ce dernier peut en faire ce qu’il désire ; ou à l’opposé, qu’ils considèrent au contraire que l’homme appartient à son environnement, et qu’il doit s’y conformer, et en respecter les règles. Evidemment, là aussi, tous les intermédiaires existent entre ces deux extrêmes, et les relations entre humain et environnement peuvent être diversement considérées. Mais je ne m’attarderai pas à décrire dès maintenant ces variantes, car, outre de mériter d’avantage de réflexions de ma part, elles mériteraient aussi un article entier, afin de prendre le temps de clarifier le sens des mots utilisés, car soit ces termes sont encore assez peu clairement définis, soit leur usage commun en est encore trop variable : la plupart des courants ne sont d’ailleurs pas encore parvenus à définir clairement leur rapport à l’environnement et au « cosmos ».

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