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Mes adieux au primitivisme

30 décembre 2012

Quatrième et dernier volet de ma série consacrée à la transition néolithique.

Cet article fait suite à ma série de trois articles consacrée à la transition néolithique et au primitivisme, et en constitue une conclusion. Avant de poursuivre ma série d’articles consacrée à l’homéostasie libertaire, et en cette période de fin d’année, je souhaite en effet, à travers cet article, tourner la page du primitivisme, et ainsi me préparer à pouvoir mieux affronter les nouvelles réflexions qui m’attendent.

Si j’ai rédigé cette série d’articles, c’est parce qu’il y a quelques années maintenant, je m’étais tout d’abord intéressé à cette idéologie qu’est le primitivisme, avant de m’apercevoir que cette idéologie comportait de nombreuses lacunes. Cette étude personnelle représentait donc une forme de remise question du primitivisme, avec pour finalité un bilan de cette idéologie. Les débats qui l’ont suivie, ainsi que mes lectures postérieures, et notamment ma lecture toute récente du deuxième essai de Jared Diamond, « De l’inégalité parmi les sociétés », m’amènent aujourd’hui à la rédaction de cette conclusion.

Cette étude n’avait nullement la prétention de constituer une sorte de thèse scientifique pouvant faire acte dans l’histoire de la compréhension de la transition néolithique ; je n’ai bien entendu ni les connaissances pour cela, ni la formation requise, et je n’ai pas non plus utilisé les méthodes d’analyse nécessaires à la constitution d’une telle thèse. Ainsi parfois je n’ai pas suffisamment nuancé mon propos, ou pas suffisamment indiqué le caractère purement spéculatif de certaines de mes propositions. Néanmoins, par la suite, j’ai pu avoir la confirmation, par mes lectures ou mes auditions, de la plupart de ces suppositions et de ces propositions spéculatives que j’avais faites. Il se trouve donc au final que plus j’entends parler de la transition néolithique, et plus je m’aperçois que les théories que j’avais avancées se révèlent proches de ce que l’on en sait à l’heure actuelle avec les travaux de recherche de nos historiens, préhistoriens et archéologues (et d’autres scientifiques également) sur le sujet.

En revanche, cette étude m’a permis, non seulement de mettre en doute l’idéologie primitiviste pour m’orienter au départ plutôt vers ce que l’on appelle « l’anti-civ » (une idéologie anti-civilisationnelle, mais qui n’est pas nécessairement opposée à l’agriculture), mais également ensuite de dépasser cette idéologie anti-civ, pour la rapprocher plus simplement d’une critique du capitalisme en tant que puissance autoritaire d’Etat-industrie. De plus, j’ai désormais acquis la conviction qu’en réalité la complexification des sociétés n’est que très simplement et tout naturellement proportionnelle à la variation de la disponibilité énergétique : on assiste à une complexification des sociétés lorsqu’il y a croissance de cette disponibilité, et à une dé-complexification lorsqu’il y a décroissance de cette disponibilité, ou bien même stagnation de celle-ci. L’essor et la décadence des civilisations ne seraient donc conditionnés que par une science exacte, celle de la disponibilité énergétique, et les civilisations ne seraient que d’impétueuses et éphémères excroissances économiques.

« Nos ancêtres étaient tellement cons qu’ils ont inventé l’agriculture » :

Après ces nombreuses réflexions et débats autour du primitivisme, je peux finalement résumer cette idéologie à une seule phrase que voici : « Nos ancêtres étaient tellement cons qu’ils ont inventé l’agriculture ». Dans cette unique phrase, volontairement réductrice, sont incluses à la fois la thèse et l’antithèse de cette idéologie. Car en effet, l’idéologie primitiviste consiste spécifiquement à sacraliser les primitifs collecteurs, en leur opposant les agriculteurs civilisés.Il s’agit d’un mythe commode, celui du gentil sauvage et du méchant civilisé, celui du sauvage en pleine capacité physique et mentale, et du civilisé malade et psychologiquement déséquilibré ; celui, enfin, du sauvage intelligent et pacifique, et celui du civilisé stupide et brutal. Mais cette même affirmation revient à considérer que ces primitifs, soit disant si intelligents de prime abord, seraient tout de même responsables de la pire des inventions qui soient, celle de l’agriculture. S’ils étaient si intelligents et si emplis de bonnes intentions, comment auraient-ils pu ne pas s’apercevoir des effets négatifs de leur invention, pour finalement y renoncer aussitôt ? Au final, l’idéologie primitiviste contient en elle-même un non-sens ; elle est elle-même son propre oxymore.

Et en premier lieu, il est très facile de se rendre compte de la faiblesse de ce mythe. Pour plusieurs raisons. Premièrement, comme je l’ai démontré, tous les agriculteurs ne sont pas civilisés. Jared Diamond confirme d’ailleurs cela à plusieurs reprises, notamment dans le chapitre 14 de son deuxième essai. Mieux, certains collecteurs sont parfois organisés en tribus (plusieurs centaines d’individus) plutôt qu’en bandes (plusieurs douzaines d’individus), voire même en début de chefferies (plusieurs milliers d’individus), lorsqu’ils vivent dans des environnements leur offrant une grande concentration de ressources. Ce n’est donc pas l’agriculture elle-même qui est la cause de la complexification sociale, mais la concentration des ressources (même s’il est bien évident que l’agriculture a justement pour but et pour effet d’augmenter la concentration des ressources). De même, certains agriculteurs ne vivent pas en états, ni même en chefferies, mais en tribus, dans des sociétés égalitaires. La distinction entre les sociétés égalitaires des collecteurs et les civilisations hiérarchisées des agriculteurs n’est donc pas très nette, elle comporte un large spectre de sociétés intermédiaires de par leur complexification sociale, où se côtoient agriculteurs et collecteurs.

Deuxièmement, mon intuition selon laquelle les collecteurs, malgré leur plus grande intelligence individuelle moyenne (sans doute en raison de leur polyvalence plutôt que d’un métier spécialisé) sont beaucoup moins pacifiques que les agriculteurs, est également confirmée par Jared Diamond dans ce même chapitre. Selon lui, les collecteurs qui vivent en bandes vivraient en état de « guerre permanente », où tous les individus sont des guerriers, et des assassins aguerris ou potentiels, tandis que la possibilité qu’une société soit élargie à la tribu, à la chefferie ou à l’état, tiendrait justement de la capacité des membres ou des élites de cette même société à assurer la paix entre des membres qui n’ont pas forcément de liens familiaux : dans les chefferies et les états, les guerres sont extérieures à la société, et elles sont le fait de spécialistes, de professionnels de la guerre, qui par leur action maintiennent la paix au sein de la société, pour le bénéfice des autres membres. La conception d’une opposition binaire entre gentils sauvages et méchants civilisés est donc bel et bien un mythe.

Scene-of-Cannibalism

Enfin, les collecteurs sont tout autant soumis que les agriculteurs à des maladies ou à des problèmes psychologiques. Les collecteurs sont depuis toujours soumis à des épidémies ou à des traumatismes ; ils n’en ont pas moins que les agriculteurs, simplement ils n’ont pas les mêmes. Très souvent, les agriculteurs ont des maladies supplémentaires, notamment des maladies épidémiques transmises par les animaux d’élevage, mais il y a aussi d’autres maladies auxquelles les collecteurs sont soumis et face auxquelles la sédentarisation permet d’apporter des solutions. Au final, les agriculteurs ne sont pas plus malades que les collecteurs, ils ont simplement des maladies différentes. Par contre, si certaines des maladies des collecteurs sont souvent résolues par les agriculteurs, dans tous les cas elles ne sont pas plus dévastatrices pour les uns que pour les autres, mais en revanche les maladies acquises par les agriculteurs font des ravages chez les collecteurs, car ceux-ci ne sont pas du tout immunisés aux maladies transmises par l’élevage. Voila la raison d’une vision erronée de « l’agriculteur constamment malade » face à des collecteurs bien portants ; en réalité les deux vivent assez similairement avec leurs maladies respectives, à la différence que les agriculteurs sont en outre porteurs de germes qui sont dangereux pour les populations de collecteurs qu’ils seraient amenés à rencontrer, ce qui n’est pas réciproque : par leurs maladies ils ne sont pas plus en danger, mais ils sont plus dangereux.

Le « mythe Yakari » :

Cette dernière raison est sans doute la principale cause d’erreurs de la part des primitivistes : en effet, le mythe du gentil sauvage face au méchant civilisé vient majoritairement de l’histoire de la confrontation entre les migrants européens débarquant en Amérique du nord et les populations indigènes précolombiennes, où nombreux sont les récits où les amérindiens sont décrits comme des êtres pacifiques qui vivent en harmonie avec leur environnement. Or ces récits, souvent déformés (ou plus simplement arbitrairement privilégiés) par la culpabilité tout à fait compréhensible des occidentaux face à l’histoire du génocide des indigènes d’Amérique du nord, participent d’une vision sélective et instantanée, à un moment où le mode de vie de ces indigènes ne correspondait pas à leur mode de vie habituel.

En effet, les premiers arrivants occidentaux ont amené avec eux leurs germes, et ceux-ci ont été dévastateurs pour les populations indigènes d’Amérique du nord et de Méso-Amérique. Ces germes, introduits d’abord en Méso-Amérique, se sont ensuite répandus sur le continent nord-américain bien plus rapidement que ne l’ont fait les explorateurs et les colons. Ils ont décimé au moins 50% des populations, et parfois même jusqu’à 80% de certaines d’entre elles. Lorsque les explorateurs et les premiers colons se sont aventurés en Amérique du nord, ils y ont découvert des territoires d’abondance, couverts de grandes forêts sauvages regorgeant de gibier, de plaines où migraient d’immenses et opulents troupeaux de bisons, le tout parsemé de petites communautés indigènes qui jouissaient de cet éden, sans besoin vital de se défendre de leurs voisins ni de protéger leurs territoires et leurs ressources.

En réalité, un ou deux siècles plus tôt, la population était bien plus élevée, les forêts bien moins vastes et le gibier plus rare, la population des communautés bien plus importante. Les champs couvraient une partie bien plus importante du territoire, les guerres étaient plus courantes et plus meurtrières, les sociétés de classe plus nombreuses, et l’esclavage bien plus courant ; et certaines civilisations s’étaient complètement effondrées ou avaient largement décliné dans leur complexité. L’exemple le plus frappant est bien entendu celui de la Civilisation du Mississippi, qui fut réduite à néant, et dont les colons et explorateurs occidentaux ne rencontrèrent que de petites tribus à faible population (une population inférieure à la dizaine d’habitants au km², contre 200 hab/km² avant le XVII°s), bien qu’elles conservaient leur ancienne organisation sociale hiérarchisée.

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Finalement, l’exemple des indigènes d’Amérique du nord n’est pas un bon exemple, puisqu’il ne peut pas être généralisé dans le temps et dans l’espace. Pour savoir comment vivaient les amérindiens dans leur environnement d’origine, il faudrait se référer à leur mode vie qui avait lieu avant la découverte de l’Amérique par les occidentaux, mais là, seule l’archéologie peut nous renseigner à ce sujet, et les indices sont donc faibles et la vision partielle. De plus, même les indiens des plaines, qui sont des collecteurs, et qui sont les indiens qui représentent dans l’imaginaire occidental le stéréotype du « peau-rouge » – celui-là même qui est utilisé par les primitivistes pour proposer une qualité intrinsèquement pacifique, intelligente et harmonieusement insérée dans son environnement du « sauvage » collecteur – même cet exemple n’est pas totalement honnête : certains de ces indiens des plaines (notamment les Apaches) ne vivaient pas uniquement de leur harmonie avec l’environnement, ils vivaient également et surtout de vols et de pillages chez leurs voisins, en particulier leurs voisins agriculteurs Pueblos. De même, les collecteurs des régions sub-arctiques faisaient souvent le commerce d’esclaves avec leurs voisins du sud, en échangeant des prisonniers provenant de tribus rivales de collecteurs (avec lesquels ils étaient perpétuellement en conflit pour le contrôle des territoires de chasse et de pèche) contre des ressources qui leur étaient nécessaires.

L’exemple des indigènes nord-américains n’est donc pas le bon, et la même réflexion peut s’appliquer à ceux d’Amérique du sud. Pour faire une véritable comparaison entre collecteurs et agriculteurs, il faut pouvoir prendre un exemple où l’archéologie ne soit pas requise, et où les populations étudiées aient été mises en contact depuis toujours avec les populations d’agriculteurs, qui leur ont transmis leurs maladies au fur et à mesure, leur conférant tout autant qu’eux l’immunité requise. L’exemple de la Nouvelle-Guinée est dans ce cas bien plus pertinent, puisque situé à une latitude et une proximité avec le vieux continent qui a facilité les contacts avec les agriculteurs et la transmission de leurs germes et de leurs immunités. En Nouvelle-Guinée, des agriculteurs et des collecteurs se côtoient depuis des millénaires, et les contacts avec d’autres cultures ont également été réguliers. La population est depuis longtemps à son maximum, et il n’y a que depuis très récemment, depuis la colonisation occidentale et l’importation des technologies modernes, que les rapports entre les peuples autochtones se trouvent bouleversés. Les récits d’explorateurs et les études anthropologiques et ethnologiques les concernant sont plus récentes et donc bien plus objectives et plus complètes que celles concernant les peuples précolombiens.

Cet exemple est donc bien plus proche de la réalité, et bien plus pertinent. Et c’est notamment ce qu’a fait Jared Diamond, en passant plusieurs années à étudier les modes de vie des néo-guinéens et leur environnement. Or, par ces études, rassemblées notamment dans son deuxième essai (sous la trame de « la question de Yali »), Jared Diamond confirme donc la plupart de mes intuitions, et ma proposition selon laquelle l’agriculture n’est pas une erreur en soi, et qu’elle n’est pas directement à l’origine des maux actuels de nos civilisations, encore moins intégralement responsable de ces maux. Et, même s’il ne l’affirme pas en ces termes, le « mythe Yakari » est, pour lui aussi, bel et bien un mythe. Les collecteurs et les agriculteurs sont des populations tout à fait comparables, et l’agriculture a, comme toute autre technique, ses avantages et ses inconvénients, qui ne la rendent ni bonne ni mauvaise en soi, mais simplement plus ou moins bien adaptée à une situation ou une autre, et plus ou moins accessible, selon les caractéristiques biogéographiques des biotopes dans lesquels évoluent les différentes populations.

La science historique et l’évolution des sociétés :

L’étude historique de l’évolution des sociétés réalisée de manière objective et scientifique, et débarrassée de tout préjugé culturel, tel que le fait Jared Diamond, permet donc d’obtenir la confirmation que l’agriculture n’est pas un mal en soi, et qu’elle offre des avantages et des inconvénients qui sont tout à fait équivalents aux avantages et aux inconvénients des sociétés de collecteurs.

Ainsi, s’il est évident que les premières dominent aujourd’hui les secondes, ce n’est néanmoins pas le fait d’une propension systématique à l’agressivité dont disposeraient les individus qui la constituent, mais tout simplement le fait d’une supériorité technique acquise selon des critères biogéographiques totalement fortuits. De même, si des collecteurs et des agriculteurs de Nouvelle-Guinée ont pu cohabiter sur des territoires voisins pendant des siècles sans que l’un ne puisse évincer l’autre, ce n’est pas du fait d’un avantage systématique offert par les pratiques agricoles, auquel cas ces populations auraient depuis longtemps disparues, mais bel et bien d’un rapport de coût/efficacité différent de ces deux différents modes de vie, selon les environnements où ils sont appliqués : dans les plaines forestières et marécageuses des asmats (au sud-ouest de la Nouvelle-Guinée), la collecte donne l’avantage logistique à ceux qui la pratiquent, alors que dans les montagnes escarpées de la grande vallée centrale, les cultures de bananes, de canne à sucre ou de patates douces, et l’élevage de porcs ou de poulets offrent un avantage logistique bien plus important.

Herman Cortes

Mais si le développement et l’expansion des peuples agricoles au détriment des peuples collecteurs n’est pas le fait d’une agressivité intrinsèque spécifique aux agriculteurs, il n’est pas non plus le fait d’un avantage technique absolu et systématique. L’essor de l’agriculture et de l’élevage, l’innovation que ceux-ci ont représenté, est le résultat d’une adaptation à un environnement qui, par un hasard bio-géographique, a permis à ceux qui y résidaient de développer ces techniques, en contenant déjà des espèces qui répondaient de manière fortuite aux critères nécessaires à la domestication. D’autres populations n’ont pas eu cette chance, car les environnements où ils évoluaient ne contenaient aucune de ces espèces, ou alors des espèces plus difficiles à domestiquer, ou en moins grand nombre. Ceux qui ont développé ces techniques ont alors pu s’étendre en emportant ces techniques avec eux dans d’autres environnements qui y étaient propices, mais qui ne contenaient pas eux-même ces possibilités de développement pour les populations qui s’y trouvaient (ou des possibilités moindres), et ainsi de les y supplanter, en y apportant non seulement leur savoir-faire, mais également leurs plantes et/ou animaux domestiqués. En revanche, par ce même hasard biogéographique, dans une poignée d’autres environnements, ni l’essor ni l’expansion de l’agriculture n’ont jamais été possibles.

La deuxième partie du deuxième essai de Jared Diamond, « l’essor et l’extension de la production alimentaire », est entièrement consacrée à ce sujet, des chapitres 4 à 10 : Jared y décrit avec précision comment certains environnements étaient propices à cette innovation qu’a été la domestication de plantes ou d’animaux, et quelles en étaient les raisons, ainsi que les raisons qui ont permis ensuite l’extension de ces modes de production en certains endroits, et pas en d’autres. Il en ressort que les peuples qui sont restés des collecteurs ne sont pas ceux qui ont refusé toute technique par principe ou par choix, car ceux-là ont été tôt ou tard évincés par des voisins qui avaient moins d’éthique, mais ceux qui se trouvaient dans des environnements qui, malgré le développement de ces techniques agricoles, offraient tout de même plus d’avantages à la pratique de la collecte qu’à celle de l’agriculture ou de l’élevage. C’est donc dû, au final, à des critères strictement biogéographiques, et à la disposition hasardeuse de ceux-ci et des populations concernées.

En revanche, l’idéologie primitiviste offre une vision biaisée de l’évolution des sociétés ; une vision qui n’est pas tout à fait débarrassée des préjugés et de la vision judéo-chrétienne de l’évolution de celles-ci : celle, une fois de plus, d’un péché originel, d’une faute ancestrale culpabilisante qui serait la cause de la perte de l’éden. L’éden trouve ici sa représentation dans la soit-disant perfection du mode de vie des collecteurs, tant dans l’organisation socio-économique que dans le lien à l’environnement, et le péché originel trouve sa représentation dans l’invention de l’agriculture, assimilée alors à une transgression de la condition de l’humanité par rapport à l’ordre naturel des choses (ou contre « l’ordre divin », assimilé dans les visions les plus jusqu’au-boutistes à la personnification de Gaïa).

De plus, l’idéologie primitiviste est elle aussi une idéologie hiérarchisée et binaire, où sont distinctement opposés le bien et le mal, sous les formes respectives de l’agriculture et de la collecte, l’une étant une condition malsaine et une propension malfaisante, l’autre un paradis originel menacé d’extinction. Une idéologie simpliste et culpabilisante, dont le salut nous serait offert dans la piété et le renoncement à la tentation de l’accumulation, accumulation dont l’origine se trouverait dans l’agriculture et l’élevage. Dans cette vision, l’invention et la perpétuation des pratiques agricoles seraient le fait de personnalités aux vertus mauvaises, égoïstes parce qu’elles cherchent d’avantage que les autres à accumuler, et belliqueuses parce qu’elles tendent systématiquement à vouloir accroître d’avantage que les autres leurs territoires et leurs possessions, en exploitant autant l’environnement que leurs propres congénères. Et les collecteurs seraient des êtres vertueux, qui refuseraient volontairement l’accumulation, l’expansion et la coercition, et qui vivraient en harmonie avec leurs congénères et leur environnement.

Or, comme je l’avais pressenti, et comme de nombreux spécialistes le confirment (à l’instar de Jared Diamond), les sociétés de collecteurs sont loin d’être parfaites, tant socialement qu’économiquement, et ne vivent pas plus que les autres en harmonie avec leur environnement (puisque certaines d’entre elles, au même titre que certaines sociétés d’agriculteurs, sont responsables d’altérations de l’environnement et d’éradications d’espèces). L’invention de l’élevage et de l’agriculture n’est que l’obtention d’un savoir-faire parmi d’autres, au même titre que le feu ou la pierre taillée, et est tout à fait comparable à de nombreuses autres acquisitions de facultés nouvelles comme il y en a eu tout au long de l’histoire de la vie sur Terre, non seulement de la part de l’humanité, mais également de la part de nombreuses autres espèces.

e, tant que tu vivras. Elle produira pour toi des buissons et de l'ivraie, et tu mangeras de l'herbe des champs.C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, - jusqu'à ce que tu retournes à la terre d'où tu as été tiré : car poussière tu fus, et poussière tu redeviendras ! » (Genèse, chapitre 3)

« […] maudite est la terre à cause de toi: c’est avec effort que tu en tireras ta nourriture, tant que tu vivras. Elle produira pour toi des buissons et de l’ivraie, et tu mangeras de l’herbe des champs. C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, – jusqu’à ce que tu retournes à la terre d’où tu as été tiré : car poussière tu fus, et poussière tu redeviendras ! » (Genèse, chapitre 3)

Le primitivisme n’est donc, en quelque sorte, rien de plus qu’une adaptation moderne du mythe judéo-chrétien du péché originel, et ne correspond pas à la réalité scientifique de l’histoire de l’évolution des sociétés. En réalité et objectivement, l’histoire de l’évolution des sociétés s’apparente tout à fait à l’évolution de la vie elle-même, ponctuée tout autant de compétitions que de coopérations, de coévolutions que de révolutions : la prolifération momentanée de l’espèce humaine n’est rien de plus que la prolifération d’une espèce comme une autre, qui a acquis momentanément un avantage évolutif majeur, grâce à l’acquisition d’une faculté ou d’une technicité nouvelle.

De telles proliférations ont très souvent eu lieu dans l’histoire de la biosphère, et sans doute parfois avec bien plus de vigueur, à chaque fois qu’une nouvelle faculté avantageuse a été acquise par quelques individus, et jusqu’à-ce que la compétition générée par cet avantage puisse entraîner une nouvelle mise en concurrence, et donc un nouveau rééquilibrage des relations écosystémiques. On imagine ainsi tout à fait ce qu’a pu être par exemple l’apparition chez quelques individus de la faculté de pratiquer la photosynthèse, et l’avantage évolutif incontestable que cela a pu représenter alors. Il a sans doute fallu du temps avant que l’écosystème ne se rééquilibre, et cela a sans doute généré une immense extinction des espèces précédemment dominantes sur la planète en même temps qu’un bouleversement climatique. Idem avec l’apparition des gymnospermes, ou bien celle des mammifères (qui ont largement supplanté les reptiles en se substituant aux dinosaures).

Les exemples seraient sans doute très nombreux. A chaque fois, les espèces supplantées se retrouvaient soit exterminées, soit cantonnées à des niches écologiques plus restreintes. Il en va de même pour l’espèce humaine, dans cette transition néolithique qui a apporté la connaissance des techniques agricoles à l’espèce toute entière : les collecteurs se retrouvent aujourd’hui largement minoritaires, et sont situés dans les quelques rares environnements qui leur offrent plus d’avantages que la pratique de l’élevage ou de l’agriculture : les toundras et taïgas des climats polaires d’Amérique du nord, les zones désertiques d’Afrique Australe ou d’Australie, et les forêts marécageuses de l’Amazonie, du bassin du Congo ou de la Nouvelle-Guinée. On peut même spéculer qu’il ait pu en être de même pour la pierre taillée, pour le feu, puis pour toutes les techniques associées au « grand bond en avant », qui entraînèrent successivement une large suprématie de l’humain sur les autres grands singes, puis la suprématie totale de l’homo sapiens sur les autres espèces humaines.

La logistique et l’énergie :

Les primitifs collecteurs ont donc les mêmes problèmes que nous, ou que d’autres animaux ; ils ont les mêmes tares, les mêmes facultés innées de sympathie ou d’agressivité, d’intelligence individuelle ou de conformisme. Et si les collecteurs sont en moyenne individuellement à la fois plus intelligents et plus agressifs, et les agriculteurs plus pacifiques et plus sots, ce n’est dû qu’à une adaptation individuelle postérieure, due à des conditions d’existence différentes, qui fait que les individus sont alors élevés en ce sens par leurs aînés, et que ceux qui ont ces facultés particulières bénéficient alors d’un avantage social et évolutif, par la sélection sociale et la sélection naturelle : les collecteurs sont d’avantage favorisés lorsqu’ils sont polyvalents et qu’ils sont de bons guerriers, et les civilisés sont d’avantage favorisés lorsqu’ils sont spécialisés et sociables.

Mais cette sélection différente est la conséquence de l’organisation socio-technique, et non sa cause ; et le niveau de coercition sociale, d’inégalité économique, ou de capacité d’altération environnementale d’une société est donc proportionnel, non pas à la propension plus ou moins grande à l’agressivité ou à la sottise des individus qui la constituent, mais bel et bien à la complexification socio-économique de la société, et donc à la variation de sa capacité logistique et de sa disponibilité énergétique.

Cette complexification socio-économique de la société est la conséquence de nombreux facteurs externes : Jared Diamond recense au moins 7 de ces facteurs qui, tous réunis, nous ont finalement amenés à la complexification économique actuelle de la société. Le premier est la concentration des ressources alimentaires : plus il y a de calories assimilables par les humains par unité de surface, et plus il y aura d’humains sur cette unité de surface. Et plus la concentration des humains est grande, plus cette promiscuité engendre une complexification sociale et économique, avec la plupart du temps une augmentation de la stratification sociale et donc de la coercition et de la capacité de nuisance environnementale. Il est bien entendu évident que l’agriculture, en ce sens, permet d’augmenter grandement par unité de surface la densité de plantes comestibles et de gibier facilement disponible, et qu’elle est donc un avantage sur la collecte, lorsqu’elle est envisageable, c’est-à-dire dans la majorité des cas.

L’apparition, via l’agriculture, de la sédentarité et de la complexification sociale, a ajouté deux autres facteurs à ce premier : premièrement, la sédentarité, en permettant aux individus de rester sur place, va entraîner la conservation des inventions (le nomadisme nécessite malheureusement très souvent de les abandonner après leur conception, à cause de la difficulté de les transporter), et donc va faciliter leur reproduction et leur amélioration. Et deuxièmement, la complexification sociale va quand à elle engendrer la spécialisation économique (et également sociale, dans une moindre mesure), qui a permis de décupler encore les capacités d’innovation et de perfectionnement, en augmentant la disponibilité des individus candidats à la pratique de l’innovation. Ceci est dû notamment à l’augmentation de la productivité alimentaire par récolteur (et pas forcément par unité de surface), ce qui permet de libérer de la main d’œuvre.

Le quatrième facteur est l’ensemble des facteurs logistiques qui ont plus ou moins favorisé la diffusion des savoirs, des savoirs-faire ou des technologies et techniques d’une société à l’autre. Ainsi l’orientation des axes de diffusion au sein des continents a joué sur les différences technologiques entre continents : les axes orientés selon la latitude (est/ouest) ont favorisé ces diffusions, alors que les axes orientés selon la longitude (nord/sud) ont freiné ces diffusions.

Axes de diffusion des technologies et savoirs

Axes de diffusion des technologies et savoirs

A mon avis, Jared sous-estime par contre le rôle des transports dans cette diffusion : il mentionne l’importance des animaux de bât et de traction, et son pendant technologique qu’est la roue, mais il ne mentionne pas l’importance du trafic batelier, qu’il soit fluvial ou maritime : pourtant j’ai déjà parlé de l’importance des fleuves Indus, Tigre et Euphrate, ainsi que du Nil, et on pourrait également y ajouter les fleuves jaune et bleu de Chine, et même, dans une moindre mesure, le Mékong, le Gange, le fleuve Niger, le Mississippi et le Saint-Laurent, le Danube et la Volga. Là aussi, leur importance a été plus ou moins grande selon que leur cours était orienté est/ouest plutôt que nord/sud ; idem pour les mers, puisqu’on se rend facilement compte du rôle qu’ont joué les orientations est/ouest de la Méditerranée ou du Golfe Persique, et même du rôle des orientations est/ouest des archipels d’Indonésie, de Mélanésie, de Micronésie et de Polynésie dans la diffusion culturelle et technologique, alors que ça n’a pas été le cas, en tout cas pas du tout dans les mêmes proportions, pour les mers de Chine, pour les côtes Américaines ou africaines, et encore moins pour celles de l’Australie.

Le cinquième facteur est le phénomène des germes que l’élevage a apporté à ceux qui le pratiquaient. Ce facteur a été un phénomène d’amplification, en décuplant indirectement et involontairement les capacités logistiques des peuples éleveurs lors de leurs expansions.

Le sixième facteur est l’invention de l’écriture : par l’écriture, c’est la logistique économique et sociale d’une société qui va être grandement augmentée, car les savoirs et les biens et technologies vont pouvoir être beaucoup plus facilement échangés et/ou transmis dans le temps et dans l’espace. D’autres facteurs plus récents peuvent être inclus dans ce phénomène de logistique sociale : l’imprimerie, la radiodiffusion puis la télévision, la télégraphie puis la téléphonie, et enfin l’immense et complet réseau de circulation de l’information qu’est aujourd’hui l’internet. Ces inventions vont augmenter la capacité de circulation des informations, la communication va s’en trouver accélérée, et la complexité socio-économique va pouvoir s’en trouver décuplée.

A ce sixième facteur peut être ajouté un ultime facteur, celui de la diversité culturelle d’une zone de diffusion des informations et des technologies : cette diversité, ajoutée à une facilité de diffusion (par exemple une orientation est/ouest, ou bien des capacités modernes de transport), favorise la compétition et la concurrence entre les différents peuples, et donc l’innovation technologique.

Mais il se trouve en fait que ces sept facteurs peuvent être regroupés : en effet, certains d’entre eux sont des possibilités directes d’augmenter la disponibilité de calories par unité de surface, et donc d’augmenter le nombre d’humains sur cette unité de surface. D’autres, en revanche, comme la plupart des innovations technologiques, consistent plutôt en des possibilités d’augmenter l’efficacité énergétique, et donc de mieux utiliser l’énergie disponible, ou bien d’en économiser, et donc de rendre disponible cette énergie pour d’autres actions. Ainsi, tuer des ennemis avec des armes en fer est plus efficace que de les tuer avec des pierres taillées, donc cela permet d’utiliser moins d’énergie pour cette même action. De même, transporter des marchandises sur un char à bœufs, ou à plus forte raison sur un camion propulsé par des ressources fossiles, permet d’économiser bien plus d’énergie que de tout transporter à dos d’homme.

Mais finalement, même l’agriculture et la sédentarité sont en quelque sorte des méthodes pour économiser de l’énergie par rapport à la cueillette, en rendant plus facilement disponibles dans le temps (stocks, animaux conservés vivants) et dans l’espace (concentrations de plantes comestibles sur le territoire) les calories nécessaires, et donc d’avoir une meilleure efficacité énergétique dans la production alimentaire. Il s’agit donc exclusivement, à chaque fois, de disponibilité énergétique et de capacité de logistique, toutes deux étant des facteurs d’efficacité énergétique. L’ensemble de l’histoire de l’évolution des sociétés humaines est ainsi liée à leur plus ou moins grande efficacité énergétique. Tout n’est que le résultat d’une transformation de matière en une autre forme de matière par une utilisation d’énergie, au même titre que la photosynthèse, par exemple, n’est que la transformation de matière en une autre forme de matière grâce à l’utilisation de l’énergie solaire. Et la production de biomasse qui en résulte est alors strictement proportionnelle à la quantité d’énergie solaire reçue par unité de surface.

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De même, le phénomène de complexification socio-économique des sociétés humaines est strictement proportionnel à la potentielle efficacité énergétique de celles-ci, c’est-à-dire à la disponibilité énergétique. Et bien entendu, la stratification sociale, le niveau de coercition interne, et la capacité d’altération environnementale d’une société, sont également intimement liées à sa complexification sociale, et donc à cette disponibilité énergétique. Et elles sont bel et bien la conséquence de cela, et non la cause.

L’étude historique et anthropologique des sociétés humaines et de leur évolution est donc bel et bien une science, et même une science exacte, comme le propose Jared dans la conclusion de son deuxième essai. Et l’essor ou la décadence des civilisations, leur effondrement, leur défaite ou leur expansion, seraient donc scientifiquement liés à la disponibilité énergétique de celles-ci. Les capacités de circulation des biens, des personnes et des informations au sein d’une société, son efficacité énergétique, sa capacité de production alimentaire, tant en quantité qu’en qualité, et sa disponibilité énergétique, en déterminent son étendue, sa structure et son organisation interne. Le caractère plus ou moins centralisé des ressources qui lui sont vitales détermine sa plus ou moins grande centralisation. Et le caractère plus ou moins renouvelable de ces ressources, ou les capacités d’approvisionnement plus ou moins importantes et plus ou moins durables de cette société, en déterminent sa plus ou moins grande capacité de perpétuation dans le temps.

Le « cogito » écologiste :

L’idéologie primitiviste, comme je l’ai mentionné et expliqué dans cet article, est une idéologie simpliste et binaire, qui départage le monde entre bien et mal, et une idéologie culpabilisante, qui place l’origine de nos maux au sein même de nos individualités et de nos personnalités, dans nos comportements. Cette idéologie nous propose comme solution la piété, et le renoncement à l’accumulation, à commencer par le renoncement aux techniques et aux technologies qui la génèrent, lesquelles trouvent leur origine temporelle dans l’invention de l’agriculture.

Cette attaque de ma part envers le primitivisme peut paraître assez vindicative, voire agressive, mais en réalité, ce reproche que je fais au primitivisme est le même que celui que je fais à l’ensemble de l’extrême gauche. L’ensemble de l’extrême gauche est baignée de cette tendance idéologique culpabilisante et binaire. L’extrême gauche toute entière a tendance à être teintée de cette idéologie qui considère, comme l’a fait la religion monothéiste avant elle, que pour améliorer les choses, nous devons individuellement renoncer aux tentations de l’accumulation et de la domination, et que nous devons individuellement et collectivement lutter contre ces tendances naturelles à l’accumulation et à la domination qui sont les nôtres. Que c’est là que se trouve notre salut. Il s’agit ni plus ni moins d’une sorte de catéchisme anti-capitaliste et anti-autoritaire.

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Mais finalement le primitivisme est de loin la plus logique de ces idéologies d’extrême gauche, d’abord parce qu’elle ajoute, aux propositions radicales économiques et sociales de l’extrême gauche, une réflexion écologiste à cette idéologie commune de l’extrême gauche ; et ensuite parce qu’elle apporte une contre-proposition écologiste radicale au défi écologiste (au lieu de considérer simplement et naïvement, sans aucune démonstration, qu’une société communiste et libre serait forcément plus écologiste que la société actuelle, comme le font généralement les communistes anarchistes), au même titre que le communisme anarchiste apporte une contre-proposition radicale au capitalisme et à l’autorité. Mais aussi et surtout, parce qu’en donnant à l’accumulation primitive une origine temporelle et réelle, celle de l’invention de l’agriculture, à laquelle elle oppose l’exemple concret et potentiellement exemplaire de la vie tribale, elle concrétise largement l’idéologie gauchiste extrême. L’idéologie primitiviste est donc de loin la plus complète, la plus concrète, et la plus logique des idéologies d’extrême gauche.

A l’inverse, l’idéologie d’extrême gauche « classique », communiste anarchiste, n’a pas ou très peu de réflexion spécifiquement écologiste, n’a pas d’exemple existant ou ayant précédemment existé sur lequel s’appuyer et pour servir d’exemple, et n’a qu’une vision floue de ce concept sur lequel repose pourtant l’ensemble de son idéologie économique qui est celui de l’accumulation primitive. Ils voient alors ce concept comme un phénomène systémique, comme une conséquence de comportements, et non comme un phénomène concret, obtenu volontairement grâce à des décisions politiques. Ce reproche que je fais ici à l’idéologie primitiviste ne témoigne donc pas du tout d’une forme de combat personnel, d’une agressivité particulière à l’égard de cette idéologie, encore moins d’une quelconque haine, ni envers cette idéologie elle-même, ni envers ses détracteurs ; au contraire, elle témoigne plutôt de l’affection que je lui porte, et de l’intérêt qu’elle a pu représenter dans l’évolution de mes idées.

Car cette idéologie a été pour moi une sorte de « cogito » cartésien, appliqué à la réflexion écologiste : une manière de pousser au plus loin la réflexion, de douter de tout, de rejeter l’ensemble de ce qui a construit nos civilisations, pour finalement pouvoir repartir sur de meilleures bases, n’en acceptant que de particulièrement solides et certaines. C’est à cela que m’ont servi ces passionnantes réflexions et ces très enrichissants débats avec les primitivistes. Grâce à cette idéologie et à son erreur fondamentale, et grâce au fait que cette erreur fondamentale puisse être très concrètement réfutable, puisqu’elle repose sur des phénomènes historiques réels, j’ai pu saisir de manière tout aussi concrète où se situait l’erreur fréquente de l’extrême gauche à propos du phénomène d’accumulation primitive, laquelle ne s’appuie que sur des constructions abstraites et des a priori théoriques. J’ai pu comprendre que ce phénomène n’était pas dû à un processus comportemental, mais à un phénomène physique, historique et fortuit, plus ou moins accéléré par les décisions politiques.

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Mais je pense également désormais que ce processus pourrait tout à fait, en tirant justement parti de l’immense diversité des comportements individuels, culturels et environnementaux, être compensé par d’autres processus – à plus forte raison dans un monde fini – et que l’évolution des sociétés humaines a de grandes chances de tendre à l’avenir vers une diminution de la stratification sociale, des inégalités économiques, et des capacités de nuisance environnementale, au profit d’une société plus égalitaire, plus libre, et plus durable.

Je ne peux donc que souhaiter à mes amis primitivistes un bon cogito, espérant que ce qui fût pour moi une excellente transition puisse l’être aussi pour eux. La page du primitivisme et de l’anti-civ se retrouve ainsi pour moi définitivement tournée, et je ne peux que conseiller à tout le monde de lire (ou de relire) ce deuxième essai de Jared Diamond, cette œuvre magistrale et très enrichissante qu’est « De l’inégalité parmi les sociétés ».

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Le troisième chimpanzé 3/3

27 mars 2010

Et voici, enfin, la dernière partie de ce résumé de l’oeuvre de Jared Diamond:

Jared Diamond – Le troisième chimpanzé 5° partie et épilogue

Le troisième chimpanzé 2/3

10 mars 2010

Comme promis, voici la suite du résumé de la toute première oeuvre de Jared Diamond : « Le troisième chimpanzé ».

Bonne lecture; et n’hesitez pas à y apporter vos contributions, ou vos réactions.

Jared Diamond – Le troisieme chimpanzé 3° et 4° parties

Le troisième chimpanzé 1/3

12 février 2010

Je ne cite pas souvent mes sources. Vous l’aurez sans doute remarqué. J’ai beaucoup de mal à prendre le temps de rechercher l’origine de ce qui m’a permis de développer telle ou telle idée. Tout d’abord, bien souvent, mes sources sont radiophoniques, j’écoute beaucoup France Inter et France Culture, voire télévisuelles, puisqu’il m’arrive aussi de regarder des documentaires scientifiques, archéologiques, etc., de france 5 ou Arte ; donc ce n’est pas évident de renvoyer mes lecteurs vers ce type de sources ; et de plus, bien souvent, même lorsqu’une idée ou une connaissance que je formule provient d’un livre ou d’un article que j’ai lu, il m’est tout de même difficile de, simplement, me rappeler qu’il s’agit bien de cette source, plutôt que d’une autre.

Alors plutôt que de devoir effectuer nombre de recherches en même temps que je mets par écrit mes idées, ce qui me ferait perdre beaucoup de temps, je préfère ne pas le faire, sauf si cette source m’est vraiment à portée de main.

Seulement, comme je ne suis pas un génie (non non 😀 ), toutes mes idées sont forcément appuyées par ce que d’autres ont fait avant moi. Simplement, je préfère citer séparément mes principales sources, ce qui me permet par la même occasion de les citer de manière plus complête.

Voilà pourquoi aujourd’hui je commence une nouvelle catégorie, la catégorie « ressources », qui va me permettre d’explorer en détail la pensée d’un auteur qui m’a beaucoup influencé, ou de vous offrir un lien vers un film, ou une émission de radio extrêmement intéressante à mes yeux.

Le troisième chimpanzé:

La première de ces ressources que je vous livre est le résumé de l’oeuvre de Jared Diamond, Le troisième chimpanzé, qui est son tout premier essai. Je l’avais déjà lu, et maintenant je le relis pour en faire un résumé au format word, dont voici les première et deuxième parties :

Jared Diamond – Le troisième chimpanzé 1° et 2° parties

Les autres parties suivront. Cet essai de Jared Diamond est certainement le plus important, car il est en fait une sorte de condensé de toute sa pensée, dont il a ensuite précisé et développé certains points particuliers dans ses essais suivants.

Bonne lecture 🙂