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La productivité qualitative

31 mars 2010

Ou la résolution de la deuxième contradiction économique :

 

Dans un article économique précédent (la rentabilisation de l’investissement), j’ai défini la deuxième contradiction économique, qui peut se résumer ainsi : la rentabilisation individuelle de l’investissement, née de l’échange marchand, aboutit à la concentration du capital, qui permet ainsi de démultiplier la productivité ; mais elle entraîne l’inflation et la croissance, tend à aboutir aux monopoles de certains producteurs, et entraîne également une baisse de la qualité de production, et la paupérisation des classes laborieuses. Comment, alors, bénéficier des avantages de la productivité des outillages, tout en évitant les phénomènes de croissance et d’inflation ? Comment concentrer le capital, sans aboutir au monopole et à l’apparition et l’enracinement d’une élite ? Comment diminuer le labeur sans appauvrir les travailleurs ?

L’erreur capitaliste :

En termes économiques, le capital est l’ensemble de la richesse utilisée pour la production. Or, la notion de capital confond deux choses pourtant tout à fait distinctes, bien que toutes deux utilisables pour la production : les ressources et les outillages. Les ressources, nous venons de le voir dans l’article « Du principe de propriété », sont présentes dans la nature avant même la mise en œuvre de la production, et sont la matière à partir de laquelle peut être extraite, par le travail, un produit consommable. Toute chose existante est donc potentiellement une ressource, à partir du moment où son utilité de consommation est démontrée. Les outillages, eux, sont de purs produits de l’industrie humaine : ils sont totalement manufacturés, façonnés, et cela dans le but de faciliter le travail nécessaire à la fabrication de produits à partir d’une ressource. Il y a donc une différence de nature très nette entre ces deux constituants du capital.

Mais, comme je l’ai évoqué lors de la définition de la deuxième contradiction économique, il y a également, et surtout, une différence de valeur entre eux : les ressources permettent une productivité donnée, alors que les outillages permettent de diminuer le travail nécessaire à l’utilisation de ces ressources. Confondre, dans un calcul économique de rentabilité, ces deux constituants aussi différents, est donc au minimum une terrible négligence, au mieux une formidable erreur. Car en effet, comment confondre dans un même calcul, deux fonctions dont les valeurs sont aussi opposées : la rentabilisation des ressources est proportionnelle à la quantité de celles-ci (puisque la productivité de chacune est à peu près fixe), alors que la rentabilisation des outillages est au contraire inversement proportionnelle à la quantité de ressources travaillées avec un outil (l’utilisation d’outillage permet de diminuer le travail nécessaire à la production).

On comprend donc que ces deux choses différentes que sont les ressources et les outillages doivent être considérés différemment. Or, depuis que s’est imposée l’agriculture de type « deltaïque », et l’économie de marché qu’elle a engendré, les ressources ont été considérées comme des outils, du fait de l’exploitation organisée de celles-ci (mises en cultures, sélection de variétés, protection permanente de ces ressources, etc.) ; et ressources et outillages ont été toutes deux considérées comme une seule et même chose : du capital.

Des ressources et des outils :

Est-il nécessaire, alors, de concentrer le capital ? Un capitaliste, du fait de cette confusion entre ressource et outillage, entre travail et ressource, aurait dit banco ! En effet – et comme il est propriétaire à la fois des ressources et des outillages – plus un producteur possède de ressources, plus il peut profiter de la diminution du travail que peut lui procurer un outillage, et donc, plus il peut augmenter sa richesse et son monopole en spéculant sur cette diminution du travail. Mais nous avons vu les problèmes générés par ce type de concentration du capital, qui va être concentré entre les mains d’une minorité, laquelle va progressivement devenir une élite. Or, dés lors que l’on prend en compte cette dualité du capital, et que l’on considère différemment les ressources et les outillages, on comprend qu’il n’y a pas le même intérêt à concentrer de la même manière ces deux différents constituants du capital.

Etant donné que les ressources permettent une productivité donnée, leur concentration n’a pas d’intérêt productif. Il peut y avoir par contre, dans certains cas, une nécessité de regrouper, d’accoler ces ressources, afin uniquement de faciliter le travail de l’individu spécialiste, qui façonnera les produits de consommation voulus par les détenteurs respectifs de ces ressources, sans avoir besoin de se déplacer de ressource en ressource, mais en les travaillant comme si elles n’en faisaient qu’une. Avec le mutuellisme, les ressources appartiennent aux consommateurs, aux individus pour lesquels le travailleur produit. Les ressources se trouvent donc, non pas concentrées, mais fractionnées, réparties entre les mains de chaque individu. Et même si elles peuvent être mêlées, il n’en demeure pas moins qu’elles sont alors proportionnellement réparties entre eux, donc encore fractionnées.

Il y a, par contre, un intérêt à concentrer les outillages, exactement de la même manière qu’il y a un intérêt à concentrer le travail de ressources similaires entre les mains d’un même spécialiste. Car plus un outillage est utilisé pour une plus grande quantité de ressources, plus sa rentabilisation est évidente. Mais, tout comme un travailleur spécialiste peut travailler sur un regroupement de ressources appartenant à différents consommateurs, un outil peut être utilisé collectivement par différents consommateurs. Si par exemple, 10 personnes, pour leur consommation, nécessitent chacune la production de 2 ares de blé, l’outillage sera le même, et aura la même rentabilité, s’il est investi par un producteur qui possèdera et travaillera 20 ares, et dont il négociera les produits à 10 personnes, que s’il est investi collectivement par ces dix personnes qui l’utiliseront pour travailler chacune leurs 2 ares respectifs, ou qui les feront travailler par un spécialiste.

En tous cas, il y a un intérêt certain à investir d’une manière ou d’une autre dans un outillage concentré. En effet, considérons par exemple des individus ayant uniquement les moyens, isolément, d’investir dans du matériel manuel, avec lequel chacun travaillerait ses 2 ares respectifs en 200 heures de travail par an. Avec un investissement similaire (mais cette fois investi collectivement), 100 personnes pourraient investir dans un âne et dans le matériel que celui-ci peut tracter, avec lequel 200 ares (deux hectares) seraient travaillés en environ autant de temps (donc chacun aurait 100 fois moins de travail). Et de même, 500 personnes pourraient investir dans une paire de bœufs, ou dans un petit tracteur, ainsi que dans le matériel que ceux-ci peuvent tracter, et avec lesquels 10 hectares seraient travaillés dans le même temps (chacun aurait ainsi 500 fois moins de travail).

On voit bien que la concentration des outillages permet donc une formidable diminution du labeur, dont il serait dommage de se priver. Mais cette concentration doit passer par un investissement collectif : les consommateurs investissent collectivement dans de l’outillage, qu’ils utilisent pour leur production, de manière individuelle ou mutualisée, pour en être les seuls bénéficiaires, et éviter ainsi les phénomènes de concentration des ressources, et donc de monopole des producteurs.

 

La décroissance du labeur :

Avec un tel système de propriété individuelle des ressources, les ressources appartiennent donc aux consommateurs, qui « investissent » (je reviendrai sur le problème de l’investissement et de l’accès aux ressources dans un prochain article) dans les ressources dont ils ont respectivement besoin pour leur consommation. Ainsi, ils peuvent obtenir une indépendance en terme de ressources, et donc une indépendance économique individuelle, et ce, même en regroupant leurs ressources (de manière à les faire travailler collectivement par un même spécialiste). Puis, par la collectivisation d’outillages, ils peuvent diminuer le travail nécessaire à la production, sans pour autant créer de phénomènes de concentration des ressources, responsables de la privation des moyens de subsistance d’une partie de la population, inévitablement consommatrice, mais à qui il ne reste bien souvent comme moyen de subsistance que le négoce de leur force de travail.

Au contraire, dans ce système, le labeur nécessaire à chaque production diminue, et donc les consommateurs, c’est-à-dire les individus, ont de moins en moins besoin de travailler pour « s’acheter » ce labeur, pour en obtenir l’équivalent. Comme la valeur horaire du travail reste fixe, tandis qu’à contrario le temps de travail nécessaire à chaque production diminue, le prix de chaque produit diminue donc, rendant l’effort équivalent (à fournir par le consommateur), moins important. Les individus travaillent moins, mais ils peuvent avec ce travail obtenir d’avantage de produits : c’est leur pouvoir d’achat qui augmente. Dans un système marchand, les produits se négocient, donc tout prix est fonction de l’offre et de la demande, et non pas du coût de production. Seuls s’en sortent les producteurs qui arrivent à obtenir des coûts de production suffisamment bas pour pouvoir extraire un bénéfice sur la valeur momentanée des prix du marché (on assiste donc à une concurrence quantitative, où celui qui l’emporte est celui qui, à valeur égale, obtient le plus important bénéfice). Avec le mutuellisme, les prix sont uniquement fonction de la quantité de travail nécessaire à la production, ajoutés aux frais de stockage, de distribution, de production, et de rentabilisation de l’investissement.

Les individus ont donc tout intérêt à collectiviser leur outillage, en regroupant leurs ressources respectives en mutualité, pour obtenir ainsi un outillage performant, et diminuer leur labeur. Ainsi, tous les prix des produits manufacturés vont pouvoir progressivement baisser. Les outillages, qui sont eux aussi des produits manufacturés, vont voir leurs prix baisser également, progressivement, et la baisse des prix des outillages va encore diminuer les besoins de rentabilisation de ceux-ci, et donc contribuer à la baisse générale des prix (déflation).

Dans le cas des ressources, ce phénomène de déflation sera similaire : étant donné que les ressources ne sont pas manufacturées, elles n’ont au départ aucun prix. Elles sont simplement disponibles. Un sol, de la même manière qu’une brise, une pluie, un ensoleillement, ou encore des minerais, des espèces vivantes, des savoirs, des savoir-faire, des techniques, n’appartient à personne, et n’a donc pas de prix en soi. Seul peut nous appartenir l’usufruit de celui-ci, c’est-à-dire, appliqué à l’économie, la façon. Dans un système où la propriété deviendrait usufruitière, le prix d’une ressource ne va donc pas être fonction de l’offre et de la demande, mais être uniquement fonction de la manière dont elle a plus ou moins été façonnée. Le prix d’un territoire, par exemple, va pouvoir être fonction du travail qu’a pu nécessiter sa mise en valeur, sa sécurisation, son défrichage, les plantations et implantations dont il a bénéficié, les constructions et aménagements qui lui ont été attribués, irrigation ou assèchement de celui-ci, terrassement, accès, etc.. Le prix d’une ressource devient fonction du travail qui l’a façonnée, et exclusivement de ce travail.

Ceci implique que la façon de cette ressource, comme dans le cas de n’importe quel produit (dont la matière a été façonnée), va pouvoir être réalisée par un spécialiste, ainsi que mécanisée, outillée. Elle va voir par conséquent son travail en être diminué, et son prix en être diminué également. La déflation va donc s’appliquer non seulement aux produits, mais également aux ressources. Et cette déflation ne va en aucun cas empêcher ni diminuer la mise en valeur des ressources : au contraire, c’est leur mise en valeur elle-même, qui crée cette déflation, en en augmentant les capacités de production, et donc en faisant diminuer les prix des produits de ces ressources. Plus les ressources sont valorisées, plus les consommateurs en bénéficient. Ce système incite donc à la création de valeur, en même temps qu’à la diminution du labeur.

Monopole, et concurrence qualitative :

S’il y a un intérêt à la concentration des outillages, il y aura donc un intérêt pour les individus à regrouper leurs ressources en mutualité, pour ainsi disposer d’un outillage performant. Et donc plus la mutualité sera importante et concentrée, plus on pourra disposer d’outillages performants, et donc, plus les prix seront bas. Au final, les mutualités vastes et concentrées auraient l’avantage sur les autres, par l’obtention de produits à moindres coûts ; on peut donc se demander si certaines mutualités ne verraient pas leur concentration augmenter jusqu’au monopole. Et c’est effectivement le cas. Du coup, ne risquerait-on pas d’avoir des mutualités en recherche de quantité, plutôt que de qualité ?

En fait, comme la mutualité est une coopérative de consommateurs, et non de producteurs, chacun de ces consommateurs peut utiliser ce matériel individuellement, pour une autoproduction, ou pour une production partielle (service à quelques personnes). Il peut donc y avoir divers producteurs sur un même atelier, sur une même mutualité. Comme ils disposeront du même outillage, investi collectivement, leur travail sera équivalent en terme de productivité horaire. Ils produiront différemment, avec des méthodes nécessitant plus ou moins de travail, sur des bases qualitatives différentes, mais sur la base d’une valeur horaire du travail équivalente. Chacun choisira le rapport qualité/travail qu’il voudra, mais sur la base d’une valeur équitable de travail, et avec le même outillage.

On a donc intérêt à concentrer l’outillage, même jusqu’au monopole, puisque ce monopole ne sera jamais celui du producteur, mais celui de l’outillage lui-même. Or cet outillage appartient à chacun, proportionnellement à sa consommation individuelle, donc chacun peut l’utiliser comme il l’entend pour sa part de consommation, aux mêmes frais que n’importe quel membre de la même mutualité. La limite à un regroupement, à une mutualisation, ne sera déterminée que par les limites de capacité de stockage et de distribution des produits, ainsi que de rentabilité de ces mêmes paramètres de stockage et de distribution (et aussi par la bonne entente entre les différents membres de la mutualité). Et chacun peut à tout moment exercer individuellement sa créativité, et utiliser l’outillage collectif pour cela. Si son talent est reconnu par d’autres, et que certains membres veulent s’offrir ses services, le talent d’un individu en deviendra une « initiative individuelle », qui permettra à cet individu de produire pour d’autres, sans spéculation ni monopole, et sur la base de la valeur de travail commune à la même mutualité.

On obtiendrait donc des mutuelles localement monopolisées, sans concurrence entre elles. La concurrence s’exercerait au sein même des mutualités, entre individus producteurs, sans spéculation ni monopole possible de leur part. La concurrence qui s’exercerait entre eux serait uniquement une concurrence qualitative, et non une concurrence quantitative telle que l’induit le système capitaliste et marchand. A quantité de travail égale, et à coût de production égal (donc à prix égal), le producteur qui l’emporterait serait celui qui produirait de la manière la plus qualitative, donc le plus talentueux. Alors que dans le système marchand, celui qui l’emporte est celui qui, à prix de vente égal, arrive à obtenir le plus grand bénéfice ; c’est-à-dire celui qui arrive à produire au plus bas coût.

Un tel système serait un système permettant l’initiative individuelle et la concurrence économique entre les individus, et serait donc un système de liberté économique, c’est-à-dire un système « libéral ». Mais en même temps, il permettrait l’indépendance économique des individus, et l’augmentation de leur pouvoir d’achat par la déflation. Il empêcherait la paupérisation des individus, ainsi que la confiscation des ressources par une quelconque élite économique. Nous aurions ainsi, par la mutualisation des ressources, et la collectivisation des outillages, résolu la deuxième contradiction économique.

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La rentabilisation de l'investissement

26 février 2010

La spécialisation individuelle des tâches a un avantage capital : elle permet de diminuer globalement l’effort de l’individu. C’est très certainement pour cette raison que nos ancêtres se sont progressivement spécialisés. Mais la spécialisation des individus les rend dépendants économiquement les uns des autres. Dans mon article économique précédent, j’ai proposé une méthode pour inscrire la spécialisation dans une économie équitable ; une économie basée sur des échanges mutuels entre individus, ne supprimant donc pas les dépendances économiques entre individus, mais les équilibrant, les rendant justes.

Cette méthode est développée à partir de l’idée selon laquelle la spécialisation des individus, ou plus largement l’échange de produits entre producteurs spécialisés, a une utilité plus grande que le non échange (c’est-à-dire l’autarcie). Les avantages de l’échange sont avant tout une diminution du labeur, ainsi qu’un confort et une sécurité plus importants lorsque la spécialisation permet de développer une production agraire. Mais un individu adepte de l’autarcie aurait pu me rétorquer que ces avantages ne sont somme toute pas assez importants pour accepter l’échange, même mutuel ; et qu’il vaut mieux tout de même préférer l’autarcie, quitte à avoir un peu plus (ou beaucoup plus) de labeur, et un peu moins de confort.

On peut effectivement me rétorquer cela ; seulement, lorsqu’on tente une approche de l’autarcie, on s’aperçoit que non seulement le labeur est effectivement immense, mais qu’en plus, la production autarcique de certaines choses nécessaires à la subsistance, ne sont pas du tout rentables pour une seule personne, ni même pour une seule unité familiale, à partir du moment où l’on s’approprie les ressources ou les outillages nécessaires à cette production. Or, toute l’histoire des humains, y compris celle des chasseurs-cueilleurs, a été le théâtre d’une appropriation (individuelle ou collective) de ressources, ou d’outillages, et d’utilisation de ceux-ci. Et à partir du moment où le marché s’est développé, l’appropriation des ressources est devenue majoritairement privée, c’est-à-dire que le propriétaire de la ressource en est également devenu l’utilisateur (le travailleur), et le bénéficiaire (le consommateur) ; puis, nous l’avons vu, il est ensuite devenu le bénéficiaire d’éventuelles spéculations sur la production que lui ont permis ces ressources et ces outillages, par le négoce des produits de cette utilisation.

Mais, disais-je, même lorsque cette appropriation de ressources et d’outillages est réalisée dans le but d’une production autarcique, on s’aperçoit que certaines productions nécessaires à la subsistance ne sont pas rentables, c’est-à-dire qu’elles réclament un investissement (en ressources ou en outillages) trop grand, ou autrement dit, que l’investissement minimum, par unité de production, permet forcément de produire bien plus qu’il n’en faut pour un individu isolé, ou même pour une famille. Et cet investissement va donc inévitablement générer des échanges.

La poule et la vache :

C’est évidement le cas pour n’importe qui désirant investir dans une autoproduction alimentaire. On comprend très bien qu’une poule soit rentable, même pour un individu seul, car elle va produire tout au plus un œuf par jour, soit environ ce que nécessite un individu seul. Une famille de quatre personnes, de la même manière, pourra s’offrir un « cheptel » de quatre poules, et obtiendra la même production par individu, soit un œuf par jour et par personne. Il y a de nombreux investissements possibles de la sorte : tubercules, légumes annuels, ou bisannuels, plantes aromatiques pérennes, graminées, légumineuses, framboisiers et autres arbustes, petits arbres fruitiers également, lapins, poulets de consommation, etc. A chaque fois, un ou plusieurs exemplaires de chaque type de ressource est utilisable pour une personne seule, ou pour une cellule familiale. Par contre, ça ne sera pas le cas avec des ressources nécessitant un investissement plus important : si par exemple, vous voulez vous auto produire votre lait, et vous approprier pour cela une vache, vous vous apercevrez bien vite que celle-ci produira bien plus qu’il  n’en faut pour vous, ou même pour votre cellule familiale (sauf si cette cellule familiale est une tribu allant jusqu’à abriter vos cousins au septième degré, bien sûr).

En effet, une vache rustique produit au moins 15 ou 20 litres de lait par jour. Une Holstein « poussée » d’aujourd’hui peut produire jusqu’à soixante litres de lait par jour en moyenne. Même si vous prenez une vache rustique, de vieille race, vous allez donc vous retrouver avec 20 litres de lait à consommer par jour. Mettons que vous en buviez un demi litre tel quel, que vous en consommiez un demi-litre sous forme de yaourt, un litre sous forme de fromage (soit tout de même 100grammes de fromage par jour), vous n’en aurez utilisé que deux litres par jour, et ceci pourra constituer la moitié de tous vos apports quotidiens. Il en résulte que 10 à 20 personnes comme vous pourraient profiter de la production laitière de votre vache. Et comme votre vache ne devrait pas rester seule, il vaudrait mieux pour elle que vous en ayez deux ou trois. Votre cellule familiale peut donc être bien vaste.

Une vache, c’est trop, me direz-vous, mais pourquoi alors ne pas se contenter d’une chèvre, à la place ? Et bien, même si je considère une consommation individuelle de deux litres de lait par jour (ce qui est tout de même une consommation énorme !), et comme il faudrait au moins que je possède trois chèvres, sinon elles risqueraient de s’ennuyer à mourir (au sens littéral du terme), je disposerais donc d’un minimum de 10 litres de lait par jour, soit la consommation d’au moins 5 personnes, plutôt de dix personnes. La taille du cercle familial peut être plus réduit, mais ça reste tout de même un cercle important. Si je voulais être vraiment seul, ou bien vivre en couple, en tous cas sans les grands-parents, les frères et sœurs, ou les cousins, je devrais donc me passer de lait.

Pourquoi pas, me diriez-vous ? Après tout, vous pourriez devenir végétalien, et vous contenter de fruits et légumes.

Et bien, vous répondrai-je, ce dilemme de l’investissement n’est pas vrai que pour les personnes non végétaliennes ; car il est transposable sur des produits végétaux, comme par exemple sur un grand arbre fruitier ou un grand noyer, donc aussi pour les végétaliens. Devrais-je absolument me nourrir de 15 kilogrammes de cerises pendant cinq jours (en plus du reste), sous prétexte que c’est moi qui ai planté et entretenu cet arbre, ou ne devrais-je pas plutôt les échanger, en n’en gardant qu’une part raisonnable pour ma propre consommation ?

Mais là encore, certains pourraient me rétorquer que le problème dans ce cas, c’est que je me suis justement approprié cet arbre, en le plantant, en l’entretenant, alors que je pourrais me contenter simplement de cueillir des fruits sur un arbre sauvage, qui n’appartient à personne et qui a poussé tout seul. De n’y prélever qu’une part nécessaire à ma consommation, et de laisser le reste pour d’autres.

          

Pour répondre à cela, il me faut avant tout faire le point sur ce qu’a été l’appropriation des ressources, et sur l’origine de ce qu’est la propriété, et par là de ce qu’est le capital.

L’appropriation des ressources :

Lorsque nos ancêtres sapiens ont quitté le continent africain, et ont colonisé le vaste continent eurasiatique, on a coutume de penser que cette colonisation a eu lieu par l’intermédiaire de sortes de groupes éclaireurs, nomades et mobiles, qui, trouvant le passage de l’isthme de suez, se sont alors retrouvés face à un immense territoire vide d’humains, dans lequel ils se sont lancés à l’aventure, en allant un peu au hasard, au gré de leurs découvertes, tels des électrons libres. Et que la colonisation de ce nouveau continent s’est faite par une sorte de flux migratoire, de nombreux individus se déplaçant alors vers ce nouveau monde.

Je crois que c’est donner beaucoup de crédit à la curiosité humaine. Il y a peut-être eu quelques explorateurs intrépides, quelques communautés aventureuses, mais je ne crois pas que ce soit absolument caractéristique d’une quelconque colonisation d’un nouvel espace, en règle générale. Lorsqu’une tribu, ou même plus simplement une famille, veut tenter l’aventure dans un nouveau monde, il y a de nombreux paramètres à prendre en compte, même pour des chasseurs-cueilleurs. Car déjà à l’époque, nous dépendions de nombreuses ressources ; alimentaires, mais pas seulement. Nous étions également dépendants de l’emplacement de gisements de certaines roches particulières, notamment les silex, ou bien encore de roches salées, dans le cas où on était éloigné de l’océan ; et d’autres ressources encore comme celles-ci, qu’il est assez fastidieux de découvrir, et auprès desquelles les tribus tâchaient plutôt de rester, que de s’éloigner. Même en considérant que ces ressources n’étaient nécessaires qu’en très petites quantités, et qu’une tribu pouvait facilement en emporter avec elle, dans ses déplacements, assez pour que plusieurs générations y trouvent leur compte – le temps éventuellement d’en trouver d’autres – il faut également prendre en compte le fait que les ressources alimentaires elles-mêmes, étaient en général répertoriées par la tribu, et qu’il était vital pour une tribu de se souvenir de l’emplacement de celles-ci, ainsi que de la période de l’année où celles-ci pouvaient être récoltées. La tribu pouvait ainsi se rendre sur place en s’assurant que les kilomètres à parcourir ne seraient pas vaincs.

Tout ceci fait que les tribus avaient plutôt intérêt à rester, ou tout au moins à revenir régulièrement aux mêmes endroits, d’une année sur l’autre. Des archéologues ont ainsi pu vérifier que les tribus européennes de l’époque de Cro-magnon étaient plutôt semi sédentaires, c’est-à-dire qu’elles se déplaçaient sur un même territoire, tout au long de l’année ; sur une sorte de parcours, de ressource en ressource, au gré des saisons et de la fructification de telles ou telles plantes poussant dans un endroit précis, ou du passage migratoire de telle ou telle espèce animale. Les groupes étaient constitués d’une trentaine à une soixantaine d’individus, et évoluaient sur un territoire d’environ trente kilomètres de rayon, autour d’un « camp de base » régulièrement fréquenté.

Et si nous avons progressivement colonisé le monde, ce n’est pas grâce à un esprit de curiosité, mais uniquement du fait de l’accroissement démographique. La croissance démographique exerce une pression sur le territoire de la tribu, qui cherche à l’agrandir , et se heurte donc aux tribus voisines ; si elle l’emporte, elle empiète sur le territoire de leur voisine, laquelle voisine va devoir se heurter à ses autres voisines pour à son tour répondre à la pression démographique, et ainsi de suite ; progressivement, en quelques siècles, ou quelques millénaires, les territoires se déplacent, gagnant du terrain sur des terres encore inhabitées, quitte à devoir accepter une vie plus dure (à cause du froid, par exemple). De plus, lorsqu’une tribu est trop peuplée, elle se divise, pour répondre à la pression de la proximité sociale, divisant pour le coup son territoire ; du coup, c’est le nombre de tribus qui a augmenté, et progressivement a peuplé toute la planète, les territoires respectifs, et les populations respectives, restant tous plus ou moins équivalents. Et ceci, sans qu’il y ait eu réellement de migrations.

Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs n’étaient donc pas – pas plus qu’ils ne le sont aujourd’hui – des nomades sans territoire, des aventuriers sans propriété foncière. Ils évoluaient sur des territoires qu’ils connaissaient et défendaient, de la même manière d’ailleurs que le font nos cousins les grands singes. N’importe quel individu ayant découvert un arbre nourricier, et ayant prévu de revenir sur place pour la saison de la fructification, n’accepterait pas qu’un autre individu soit venu deux jours avant lui, et qu’il ait cueilli tous les fruits à peine mûrs. Notre individu préfèrerait donc venir camper sous cet arbre quelques jours auparavant, défendant ainsi sa future pitance, et s’en accordant ainsi l’exclusivité. De cette manière, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs s’appropriaient leurs ressources. Ils s’auto déclaraient propriétaires de leur territoire, et le défendaient pour faire respecter leur propriété. En le défendant en permanence, ils étaient assurés de leur subsistance à venir.

Par contre, il est également évident que leur propriété n’était pas celle que l’on entend aujourd’hui selon ce terme. Pour nos ancêtres chasseurs/cueilleurs, les arbres, les plantes, grandissaient et se reproduisaient tout seuls ; le gibier ou les champignons également. La nature produisait d’elle-même une diversité d’espèces, comestibles ou non, que les humains s’appropriaient. Ces humains chasseurs/cueilleurs n’étaient que des récolteurs ; et par là, ils n’avaient aucune nécessité à s’octroyer la propriété de la ressource elle-même. Ils n’avaient pas besoin de s’approprier la terre, le sol, puisqu’ils ne le consommaient pas directement ; ils n’avaient pas besoin de s’approprier un arbre, puisque celui-ci poussait tout seul, librement. Ils ne s’appropriaient que les fruits de ces arbres, sur leur territoire, et non les arbres eux-mêmes ; le gibier et les champignons que produisait une forêt de leur territoire, et non la forêt elle-même ; le poisson d’une rivière, non la rivière elle-même ; les plantes et les tubercules d’un sol, non le sol lui-même. Ils s’appropriaient donc uniquement l’usufruit, de leur territoire. Ils occupaient, défendaient, revendiquaient, leur droit à l’exclusivité de l’usufruit sur leur territoire. Mais en aucun cas ils ne revendiquaient la pleine propriété de celui-ci. En aucun cas ils ne considéraient comme possible de revendiquer la nue-propriété d’un territoire (c’est-à-dire la pleine propriété sans l’usufruit), puisqu’ils n’étaient en rien auteurs dans l’existence de ce territoire et des espèces qui y vivaient. Ils ne faisaient que prélever leur pitance au sein de cette nature sauvage, et c’était cette pitance qu’ils revendiquaient. La nue-propriété, pour les chasseurs/cueilleurs, n’existait pas, ou alors était la propriété d’une entité fictive, la Terre mère, à laquelle eux appartenaient (de la même manière que toutes les autres espèces vivantes), et qui elle, était à l’origine de cette vie sauvage.

             

Par contre, ils s’accordaient évidement la pleine propriété d’un outil qu’ils avaient fabriqué. Il est évident que la propriété d’un arc, par exemple, n’est pas limitée à l’usufruit de celui-ci, à son utilisation ; mais que celui qui l’a fabriqué en a également la pleine propriété, c’est-à-dire le droit d’en user et d’en abuser, puisque l’existence même de cet objet est entièrement due à son concepteur et à son fabricant. Les chasseurs-cueilleurs font ainsi tout à fait la différence entre la pleine propriété d’un objet manufacturé, et la propriété usufruitière d’un territoire.

Mais lorsque les chasseurs/cueilleurs vont devenir agriculteurs, ils vont d’une certaine manière se mettre à manufacturer les plantes, les fruits, les animaux d’élevage, qu’ils vont consommer. Et en travaillant la terre pour y cultiver ce qu’ils veulent, ils vont progressivement considérer que la nue-propriété leur revient également, puisque, de préleveurs dans une nature sauvages, ils deviennent producteurs dans une nature manufacturée. Ils vont donc progressivement s’octroyer la pleine propriété de leur territoire. Ils s’étaient toujours comporté en s’appropriant l’usufruit des ressources, mais la pleine propriété des outils. Ils ne s’étaient auparavant pas appropriés les ressources. Avec l’agriculture, la terre et les ressources vont être finalement considérés comme de simples outils, dont ils vont être pleinement propriétaires.

Depuis très longtemps déjà, voire depuis toujours, puisque c’est également le cas des autres grands singes, et de nombreux autres animaux, les humains s’approprient les biens nécessaires à leur subsistance. Sous forme d’usufruit, ou sous forme de pleine propriété. Or, certains biens de consommation nécessitent un échange entre individus, pour rentabiliser l’investissement que celui-ci a nécessité, ne serait-ce que la défense de l’usufruit de ces biens. L’échange est donc inévitable dans l’économie humaine. Si les humains s’approprient collectivement une ressource, ils bénéficient collectivement de l’usufruit de cette ressource, qu’ils partagent. Et si un humain s’approprie individuellement une ressource, il échange les biens de consommation récoltés ou produits, en les négociant contre d’autres biens de consommation. Dans les deux cas, la propriété a toujours été indissociable de l’homme dans sa relation à la subsistance, à la consommation.

La concentration du capital :

Dans le cas d’une appropriation individuelle, si le producteur possède d’avantage de ressources, il pourra échanger d’avantage. Mais cette possibilité d’accroître l’échange, sera uniquement proportionnelle à la quantité de ressources qu’il s’appropriera. S’il possède une poule, il pourra échanger un œuf par jour ; s’il en possède quatre, il pourra en échanger quatre. Et étant donné qu’il devra produire quatre fois plus de nourriture pour ses quatre poules que pour une, le gain lors de l’échange sera uniquement proportionnel à la quantité de travail qu’il aura du fournir.

Par contre, l’outillage utilisé pour la production va générer un autre phénomène, celui de la rentabilisation de l’outil. Si avec un même outil, vous pouvez produire la nourriture pour une ou pour quatre poules, alors vous rentabiliserez quatre fois plus vite votre outil en produisant la nourriture pour quatre poules au lieu d’une. Il sera donc plus rentable pour vous d’avoir le maximum de poules que peut le permettre votre outil.

En termes économiques, le capital, est l’ensemble de la richesse utilisée pour la production : de l’outillage et des ressources, donc. Pour les chasseurs/cueilleurs, le capital est limité aux outils ; pour les agriculteurs, il s’étend aux cultures, aux semences, aux plants ; voire même, nous l’avons vu, au sol lui-même, à la terre elle-même. Et ce capital peut être divisé en deux catégories distinctes : les ressources, dont la rentabilisation est proportionnelle à la quantité de celle-ci, et les outils, dont la rentabilisation est inversement proportionnelle à la quantité de ressources travaillées. Les poules, ici, sont des ressources, de même que peuvent l’être les plantes, les arbres, les forêts, les sols, etc. Les outils, par contre, sont des objets purement manufacturés (encore qu’un cheval peut être considéré comme un outil), et qui permettent de démultiplier la productivité du travail de ces ressources. Ils n’augmentent pas, globalement, la productivité de ces ressources, mais ils permettent d’en travailler un plus grand nombre avec un effort équivalent. Aujourd’hui, un agriculteur français produit de la nourriture pour 2000 personnes en moyenne, alors qu’un esclave romain en produisait pour 5 tout au plus.

Ainsi, lorsque j’étais brasseur amateur, et que je me produisais individuellement mes 40 litres de bière, je passais une journée de 8 heures, uniquement pour le brassage. Lorsque je suis devenu professionnel, j’ai investi dans du matériel plus conséquent, donc dans de l’outillage plus performant, et en 8 heures (le même temps), je brassais 400 litres, soit dix fois plus. Bien évidement, le prix de cet investissement est beaucoup plus important également, et si ce n’était pour commercialiser ma bière, je n’aurais pas pu me payer une telle installation. Même si j’avais pu me la payer, celle-ci n’aurait pas été rentable, si elle n’avait servi qu’à la production de ma consommation annuelle de moins d’une tournée de 400 litres (je suis un pochtron, mais tout de même, je ne bois pas tant que ça !). Un tel investissement n’est rentabilisable qu’avec une utilisation maximisée de cet outillage, ce qui n’aurait pas du tout été le cas dans une utilisation purement individuelle. De même, défendre une forêt entière n’est sans doute pas rentable pour un chasseur/cueilleur, si c’est uniquement pour sa propre consommation. Mieux vaut défendre seulement quelques arbres, et échanger les surplus de fruits contre d’autres.

Dans une économie individualiste, comme c’est le cas actuellement dans la majorité des cas, l’individu spécialisé investi donc lui-même dans cet outillage, de même que dans les ressources nécessaires, et il rentabilise cet investissement en produisant au maximum des capacités de cet investissement. Ainsi, lorsqu’on produit avec des outils performants, le temps de travail par produit diminue. Auparavant, à raison de 40 litres pour 8 heures de travail, le litre m’aurait coûté (sans le prix des frais et des ingrédients, ainsi que la dépréciation des investissements), 1/5° d’heure, soit 12 minutes de travail par litre. Avec cet investissement plus conséquent, il coûte dix fois moins, soit 1,2 minute de travail par litre. L’outillage permet donc de faire baisser les prix. Si les prix baissent, les consommateurs que nous sommes ont moins besoin de travailler pour consommer, donc leur temps de travail peut diminuer, pour une consommation équivalente. Voila tout l’intérêt de l’outillage. Et plus un producteur possède un grand nombre de ressources, plus il pourra rentabiliser un outillage performant, et donc plus les prix pourront être baissés. Cette concentration des ressources et des outillages, entre les mains d’un même producteur, se nomme la concentration du capital ; et elle est induite par la rentabilisation de l’investissement.

La deuxième contradiction économique :

La rentabilisation de l’investissement crée donc une tendance à la concentration du capital. Seulement, cette concentration du capital crée plusieurs inconvénients, dans une économie de marché. Tout d’abord, elle va à l’encontre d’une concurrence qualitative, car elle ne donnera aucun avantage au producteur qui tente de faire de la qualité ; au contraire, elle donnera systématiquement l’avantage au producteur qui disposera du plus grand nombre de ressources, et qui investira dans l’outillage le plus performant, puisque ce producteur pourra obtenir une production horaire bien plus élevée que d’autres, et donc proposer les mêmes produits à un plus faible coût. Ce producteur obtiendra donc l’avantage en ce qui concerne la capacité de réinvestir dans du capital supplémentaire, de concentrer encore d’avantage son capital. En plus de favoriser uniquement la production quantitative, la rentabilisation de l’investissement aboutit donc au monopole.

Ensuite, la tendance à la concentration du capital crée une pression sur les prix des ressources, qui grimpent en flèche, puisque tous les producteurs ont intérêt, et cherchent toujours, à s’en approprier d’avantage. Au final, si les prix baissent lorsque de nouveaux outillages apparaissent, ceux-ci finissent par remonter à cause de la pression financière sur les ressources. Les prix doivent donc être régulièrement ajustés : c’est l’inflation. La pression sur les ressources va jusqu’à créer une augmentation des prix de l’immobilier pour les particuliers, ce qui fait que les consommateurs n’en profitent pas, car même si les prix des produits de consommation baissent, les prix du foncier augmentent proportionnellement, voire encore plus vite. Les consommateurs ne peuvent donc pas diminuer leur temps de travail. C’est ce que Marx a décrit comme étant la paupérisation des classes laborieuses (ou plus exactement la paupérisation absolue, dans ce cas).

De plus, l’investissement étant individuel, il est rarement payé comptant par le producteur, et en général celui-ci doit s’endetter pour investir. Non seulement il est alors encore d’avantage dépendant de sa clientèle pour vivre, mais en plus son endettement est majoré d’un intérêt par le banquier, et la production supplémentaire imposée par cet intérêt crée la croissance : le producteur est obligé de produire d’avantage que pour la simple rentabilisation de cet investissement et pour son revenu. Il y a donc un besoin pour le producteur de créer du surplus, et de l’écouler ; et pour cela, c’est la consommation qui doit augmenter elle aussi, quitte à gaver les consommateurs de superflu et d’inutile.

Voici donc la deuxième contradiction économique : la rentabilisation individuelle de l’investissement, née de l’échange marchand, aboutit à la concentration du capital, qui permet ainsi de démultiplier la productivité ; mais elle entraîne l’inflation et la croissance, tend à aboutir aux monopoles, et entraîne également une baisse de la qualité de production, et la paupérisation des classes laborieuses.